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La corde au cou

2025

Genre : Film noir

(Dead Man's Wire). Avec : Bill Skarsgård (Tony Kiritsis), Dacre Montgomery (Richard 'Dick' Hall), Colman Domingo (Fred Temple), Myha'la Herrold (Linda Page), Al Pacino (M. L. Hall), Cary Elwes (L'inspecteur Michael Grabl), Todd Gable (Commissaire Gallagher), Neil Mulac (Patrick Mullaney). 1h45.

Le 8 février 1977, l’animateur radio Fred Temple offre sa musique cool aux "secrétaires pomponnées" aux "laveurs de carreaux lessivés" se déplaçant à Indianapolis par cette matinée froide. Bien plus nerveux est Tony Kiritsis : il casse sa clé de contact dans son véhicule et termine à pied la route qui le conduit aux locaux de la Meridian Mortgage Company, une société d’emprunt qu’il soupçonne de l’avoir arnaqué.

Le grand patron de la Meridian Mortgage Company, M. L. Hall, est parti en Floride. Tony Kiritsis prend en otage le fils de celui-ci, Richard Hall. Il entoure son cou d'un fil de fer relié à un fusil tenu à bout portant et relié à son propre cou. Si l'un des deux hommes tombe, le tir se déclenche.

Tony fait sortir Richard dans la rue sous la menace du fusil relié à sa nuque et oblige un policier à leur laisser sa voiture. Les deux hommes, poursuivis par la police, se rendent ensuite dans l’appartement de Tony Kiritsis. Michael Grabl, un inspecteur qui connaît bien Tony, tente en vain de la raisonner car celui-ci a tout préparé chez lui et installé des explosifs en cas d'assaut policier. Linda Page, jeune et ambitieuse journaliste télé, qui se trouvait là par hasard ce matin-là, voit l’opportunité de faire avancer sa carrière.

Tony refuse la médiation de la police à laquelle il préfère celle de l'animateur radio, Fred Temple, à la programmation soul impeccable (Roberta Flack, Dyke & the Blazers, Donna Summer…) et à la philosophie pacifique.

Tony pose ses conditions pour une libération : obtenir une immunité judiciaire, le recouvrement de ses dettes, une rançon supplémentaire de 5 millions de dollars et des excuses personnalisées de M. L. Hall. L’entreprise qui devait construire un centre commercial sur le terrain qu’il avait acheté en contractant un crédit hypothécaire a renoncé au projet. Le courtier aurait exercé des pressions afin de pousser Tony vers la banqueroute et de récupérer le bien.

Tony tente d'établir un lien sympathique avec Richard, lui laisse téléphoner à sa femme et surveille les alentours de la maison. Il rejette une première présentation d'excuses et exige une rédaction de ses exigences par son avocat. A la nuit tombée, Tony fait dormir Richard dans la baignoire.

Le lendemain, Tony et Richard espèrent des excuses de M. L. Hall mais celui-qui refuse toute concession qui pourrait lui porter préjudice même si cela met son fils en danger. Cet échange concerne aussi le staff de la police conduit par le Commissaire Gallagher. Patrick Mullaney, l'agent du FBI, construit le profil psychologique de Tony qui repose sur un besoin de reconnaissance. Il recommande de lui accorder tout ce qu'il souhaite quitte à le tuer lors de la signature s'il se montre un tant soi peu menaçant.

L'avocat et le propre frère de Tony vérifient les documents demandés par Tony et celui-ci les signe tout en libérant Richard. Il est immédiatement arrêté.

Quelques mois plus tard, le verdict est rendu. Tony est acquitté car considéré comme fou. L'Amérique approuve et Tony se réjouit. Fred raconte que Tony et Richard ne se sont revus qu'une fois une dizaine d'années après le procès, dans la boulangerie aux muffin sans sucre. ils ne se sont pas parlé. L'entreprise avait fait faillite et Richard replongé dans l'alcool. Tony ne devait faire que deux ans en hôpital psychiatrique mais refusant le traitement de suivi, il y est resté huit ans de plus.

Générique sur les vraies images des reportages télévisés de l'affaire.

Gus van Sant a d'abord été une icône du cinéma indépendant avec la tétralogie Mala noche (1985), Drugstore Cowboy (1989), My Own private Idaho (1991) Even cowgirls get the blues (1993) ; un auteur au sein du cinéma commercial avec Prête à tout (1995), Will Hunting (1997) et A la recherche de Forrester (2000); un cinéaste expérimental avec ses courts métrages et Psycho (1998); puis le grand cinéaste du sentiment d'immanence de la jeunesses avec Elephant (2003) dont La palme d'or de Cannes en permet la sortie en salle de Gerry (2002) puis la réalisation de Last days (2005) et Paranoid Park (2007).

Après ces chefs-d'oeuvre Gus Van Sant semble ensuite s'être un peu perdu, hésitant entre d'une part des plaidoyer trop simplistes pour les causes hommesexuelle avec Harvey Milk (2008), écologiques avec Promised land (2012) ou la résilience apres un handicap avec Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot (2018) et, d'autre part, le mélodrame avec Restless (2011) et Nos souvenirs (2015)

Sept ans après son dernier opus, il opère avec La corde au cou (2025) un mixte de ces deux dernières tendancs à la fois une violente charge anticaputaliste où seul un fou peu s'attaquer au syteme et un film de genre, un film noir.

Une histoire vraie héroïsée

Gus Van Sant s'appuie de nouveau sur une histoire vraie, celle de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt qui, à Indianapolis en 1977, kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Le film farouchement anticapitaliste, faisant l'éloge d'une certaine télévision comme quatrième pouvoir, est un échec aux Etats-Unis mais est mieux reçu en France.

Les images tournées par le caméraman de Linda Page, avec leur esthétique rétro, sont intégrées au montage ainsi que des photograhies en noir et blanc. Elles crédibilisent la véracité de la prise d'otage qui dure 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale (plus occupée à faire la promotion de John Wayne aux People's choice awards). Le film se termine avec le morceau critique de Gil Scott-Heron, The Revolution Will Not Be Televised (« la révolution ne sera pas télévisée »). En effet dans le générique de fin, ce sont les images réelles de l’affaire qui sont proposées. On y découvre un Tony Kiritsis petit avec une calvitie dejà avancée derrière un imposant Richard Hall bien moins fragile que l'interprète du film a qui son père a légué un héritage encombrant et névrotique.

C'est le cinéma qui héroïse Tony, masquant au passage des faits peu glorieux (l'enlèvement d'une niècequelques années auparavant pour une dette non réglée). Seul un fou peut venir à bout du capitalisme. La corde au cou évoque immanquablement Un après-midi de chien (Sidney Lumet, 1975), lui-même adapté d'un fait divers intervenu trois ans plus tôt.

Cette rage est en phase aussi avec le meurtre contemporain, en décembre 2024, du PDG d'United Healthcare, Brian Thompson, et surtout l'admiration populaire suscitée par son auteur Luigi Mangione. Dès l'ouverture le présentateur évoque la figure du Joker, devenue à travers le film de Todd Philips une autre incarnation de la colère populaire.

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