Voir : Films et cinéastes africains
Yeelen (1987) de Souleymane Cissé
Un homme qui crie (2010) de Mahamat-Saleh Haroun

L'expression "cinéma africain" désigne les films et la production cinématographique associés aux pays d'Afrique du Nord, d'Afrique noire francophone et d'Afrique noire non francophone.

Même si une industrie du cinéma existe depuis le début du XXe siècle en Afrique du Sud et que des expériences locales ont été tentées en Tunisie dès les années 1920, les cinémas africains sont relativement jeunes puisqu'ils ont commencé à être produits à partir de la décolonisation et des indépendances (années 1950 et surtout 1960).

L'Afrique vue par Jean Rouch, Pier Paolo Pasolini et l'occident.

C'est par l'ethnologue cinéaste Jean Rouch que l'on commence à connaître l'Afrique au cinéma. De 1946 à 1951, Jean Rouch mène trois expéditions dont la première est désormais légendaire. Avec ses amis Ponty et Sauvy, il descendit en pirogue, de la source à la mer, les 4 184 kilomètres du fleuve Niger, un exploit que nul n'avait jamais tenté avant lui. De ce voyage, il revint avec un premier film, Au pays des mages noirs. De son deuxième voyage vers les Songhay, en 1948, Rouch ramena trois autres films dont Initiation à la danse des possédés, enregistré avec sa célèbre caméra Bell & Howell à ressort et le renfort de ses amis nigériens Damouré Zika et Lam Ibrahim Dia. En 1950, se rendant en voisin au pays dogon, il tourne Cimetières dans la falaise sur les indications et un texte de son professeur, Marcel Griaule. Ces premiers courts métrage au Niger, au Soudan et au Ghana, sont une approche documentaire de faits sociaux précis. Jean Rouch réalise son premier coup d'éclat avec Les Maîtres fous (1954), qui met en scène les rites de possession au Niger, dans la secte des Haoukas. Rouch y invente, sous les auspices de Vertov et Flaherty, ce qu'il nomme la "ciné-transe", une manière de filmer caméra à l'épaule en participant aux événements filmés, une manière d'affirmer surtout que le cinéma est avant toute chose une affaire de regard, de subjectivité partagée, d'empathie et d'engagement. Ses collègues ethnographes, qui récusent cette subjectivité, et certains jeunes intellectuels africains, qui lui reprochent de regarder les Africains "comme des insectes" n'apprécient guère.

Jean Rouch innove avec Moi, un noir (1958), La pyramide humaine (1959), La Chasse au lion à l'arc (1965), Jaguar (1967), Petit à petit (1970), Cocorico ! monsieur Poulet (1974) en introduisant des éléments de fiction dans le contexte documentaire. Ces films font la part belle à l'idée d'anthropologie partagée, qui le conduit à improviser et à mettre en scène, avec le concours de ses personnages, les récits en question. Gilles Deleuze, en fera ainsi dans L'Image-temps un cinéaste majeur des puissances du faux.

Pasolini choisit un pays socialiste et anglophone, la Tanzanie, pour y tourner Carnets de notes pour une Orestie africaine. Il y déclare "La raison essentielle et profonde de situer l'Orestie dans l'Afrique d'aujourd'hui est que je reconnais des analogies entre la situation de l'Orestie et l'Afrique d'aujourd'hui surtout du point de vue de la transformation des Erinyes en Euménides. Il me semble que la civilisation tribale africaine ressemble à la civilisation archaïque grecque. Lorsque Oreste découvre la démocratie et qu'il la répand chez lui, on peut penser à la démocratisation de l'Afrique".

Dans le film, il projette ses rushes dans un cinéma de Rome pour des étudiants africains auxquels il demande si le film convient à l'Afrique de 1970, ou s'il serait plus juste de le situer dans une époque antérieure, celle de l'Afrique de 1960 à l'époque où les Etats africains ont conquis l'indépendance. Un premier étudiant répond consciencieusement qu'il faudrait le situer dans les années 60 car, aujourd'hui, l'Afrique se modernise et ressemble à l'Europe. "L'Afrique n'est pas une nation, c'est un continent, s'insurge tranquillement un étudiant éthiopien. Il ne faut pas généraliser en parlant de l'Afrique. Elle va de la Méditerranée jusqu'à l'extrême pointe, de l'océan atlantique à l'océan indien. Le mot Afrique ne veut rien dire". Un étudiant francophone reproche à Pasolini d'insister sur le tribalisme qui a toujours permis au colonisateur de justifier de tous ses méfaits. Il vaudrait encore mieux parler de race que de tribus et mieux de nations. Quand on parle de la France, on ne parle pas des bretons. Si, le tribalisme existe, insiste pourtant Pasolini. La réalité des nations, celle du Nigeria ou du Congo est fausse, créée par les patrons européens. A la remarque d'un étudiant qui lui fait remarquer que la démocratie n'existe pas encore en Afrique, il répond que c'est comme dans la tragédie où le tribunal instauré par Athéna n'est encore que formel, c'est aux hommes réels de le faire fonctionner. Les étudiants restent sceptiques face à une réelle possibilité de démocratie aujourd'hui. Le temps des illusions, celui des années 50-60 est passé.

Le cinéma contemporain qui ausculte l'Afrique au quotidien fait le même constat d'une difficulté à instaurer un développement durable ainsi dans Afriques : Comment ça va avec la douleur ? (Raymond Depardon, 1996), ABC Africa (Abbas Kiarostami, 2001), Hotel Rwanda (Terry George, 2004), Le dernier roi d'Écosse (Kevin Macdonald, 2006), Le jour où Dieu est parti en voyage (Philippe Van Leeuw, 2009), La quadrature du cercle (Philippe Worms, 2009).

L'Afrique reste un grand réservoir de romanesque comme le prouvent Coup de torchon (Bertrand Tavernier, 1981), Greystoke, la légende de Tarzan (Hugh Hudson, 1984), Out of Africa (Sydney Pollack, 1985), Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon (J. Lee Thompson, 1986), Chocolat (Claire Denis, 1988) Chasseur blanc, coeur noir (Clint Eastwood, 1990), Amistad (Steven Spielberg, 1997), Lord of War (Andrew Niccol, 2005), The Constant Gardener (Fernando Meirelles, 2005), Invictus (Clint Eastwood, 2009), White Material (Claire Denis, 2010).

Le FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou) crée au Burkina Faso en 1969 favorise aussi l'idée qu'il existe bien un cinéma africain avec des caractéristiques communes.

Le cinéma d'Afrique du Nord : Algérie, Maroc, Tunisie Egypte

En dépit d'une industrie pérenne, rares sont les cinéastes dont la renommée a dépassé les frontières de ces pays excepté Youssef Chahine.

Le cinéma d'Afrique noire francophone

En ce qui concerne l'Afrique noire francophone, le pionnier en est le Sénégalais (béninois de naissance) Paulin Soumanou Vieyra, également premier historien des cinémas africains. D'abord écrivain, son compatriote Ousmane Sembène, donne l'exemple d'une production africaine engagée et n'hésite pas à utiliser les langues vernaculaires ainsi dans Moolaadé (2006).

Les Maliens Souleymane Cissé (Yeelen 1987) et Abderrahmane Sissako : La vie sur terre (1998), En attendant le bonheur (2001) et Bamako (2006) et le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Darratt saison sèche , Un homem quic rie. Les autres pays actifs sont le Niger (avec Oumarou Ganda), la Côte d'Ivoire, le Cameroun, et le Burkina Faso avec Idrissa Ouedraogo et la création dès 1969 du FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou).

Dans la grande majorité des cas, les cinémas africains les plus intéressants restent dépendants des aides extérieures puisque, à l'exception de l'Afrique du Nord, les conditions économiques sont rarement réunies pour qu'une vraie industrie puisse exister. Beaucoup de réalisateurs africains conduisent leur carrière depuis l'étranger, résidant en France, en Belgique ou ailleurs

Lors des Festivals de Cannes seules deux récompenses ont été attribuées à des films africains : les prix du jury 1987 et 2010 pour Yeelen et Un homme qui crie.

Le cinéma d'Afrique noire non francophone

La production des pays anglophones est quantitativement la plus importante, essentiellement à travers l'Afrique du Sud et le Nigéria, même si la qualité n'est pas toujours au rendez-vous et que les industries en place ne sont pas dans la logique cinéma d'auteur» des pays africains francophones, lesquels ont bénéficié de plus de reconnaissance au sein des réseaux du cinéma indépendant à travers le monde. Après la chute de l'apartheid en Afrique du Sud et l'explosion du film vidéo au Nigéria, c'est également la réception des cinémas africains à travers le monde qui est en train de changer.

Des cinémas sont également apparus et se sont développés en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau un cinéma lusophone, assez proche des cinémas d'Amérique latine et notamment de Cuba, mais l'histoire mouvementée de ces pays n'a pas facilité l'essor d'une industrie cinématographique. Ces dernières années, avec l'émergence de la vidéo, et en particulier de la vidéo numérique (qui permet des tournages plus légers et économiques), on assiste dans un certain nombre de pays à l'émergence de cinéastes vivant et travaillant dans leur pays d'origine.

C'est notamment le cas au Nigéria. Le cinéma nigérian est considéré comme le troisième mondial selon la quantité de films produits selon The Sunday Telegraph. Les films produits par l'industrie cinématographique nationale (connue sous le nom de Nollywood) sont tournés en quinze jours et coûtent en moyenne 11 000 euros. En l'absence d'un réseau de salle de cinéma, les films sont ensuite distribués directement en vidéo (3 euros le DVD).