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Le son off émane
d'une source invisible située dans un autre temps et/ou un autre lieu
que l'action montrée dans l'image (musique de film, voix-off du narrateur
racontant l'action au passé).
On peut distinguer les voix off qui commentent un récit dont ils ne font pas partie des voix-off qui proviennent d'un personnage du récit qui commente sa vie en même temps qu'il la vit ou à postériori. La voix off peut aussi provenir de différents personnages du film
La voix off commentaire
"Le 3 septembre 1973, à 18h, 28 minutes et 32 secondes, une mouche bleue de la famille des Calliphoridae, capable de produire 14.670 battements d'aile à la minute se posait rue Saint-Vincent, à Montmartre." C'est ainsi que la voix d'André Dussolier ouvre Le fabuleux destin d'Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001).
Tout aussi détachée était la voix du commentateur de Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975). La voix off joue là contre son personnage principal. Alors que celui-ci, du fait de ses premières fréquentations, a annihilé tout romantisme et n'est plus victime que de bouffées de sentimentalisme ou de violence impulsive, la voix-off vient annoncer très à l'avance les événements importants de l'intrigue, lui déniant une possible réussite. Dès l'amorce de ses amours avec sa cousine , la voix off annonce que tout cela finira mal. De même, on apprend que le fils de Barry va mourir alors qu'il joue avec lui et, toujours aussi distanciée, la voix off semble arrêter l'image de Barry, amputé, montant dans la diligence pour dire qu'il ne connaitra plus le succès en Europe.La voix off est ainsi celle distanciée et nonchalante d'un roman du XVIIIe alors que le personnage est beaucoup plus expressionniste.
La voix off commente le récit dans L'ultime razzia (Stanley Kubrick, 1957), Querelle (Rainer Werner Fassbinder, 1982), Magnolia (Paul Thomas Anderson, 2000).
La voix off signature est celle de Sacha Guitry dans ses génériques d'ouverture ou celle d'Orson Welles à la fin de La splendeur des Amberson (Orson Welles, 1942).
Dans Le Plaisir (Max Ophuls, 1952) c'est la voix off de Guy de Maupassant qui introduit les trois histoires inspirées de trois de ses nouvelles. Dans Anatahan (Josef von Sternberg, 1953) toute l'action est commentée par la voix de Sternberg, choeur antique qui couvre les voix japonaises des personnages, pas même sous-titrées.
Dans les années 70, Marguerite Duras fait un usage intensif de la voix notamment dans La femme du Gange (1974) et India Song (1975)
Dans La guerre est déclarée (Valérie Donzelli, 2011) deux voix off, féminine et masculine, se relaient pour dynamiser avec empathie un récit tragique.
La voix off personnage
La voix-off peut permettre au personnage d'assumer une certaine distance de l'action cinématographique et une complicité avec le public, une distance intime et méditative. Dans Le roman d'un tricheur (Sacha Guitry, 1936) le décalage subtil entre l'action et le commentaire de l'auteur produit un fort effet d'ironie ; Dans Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950), c'est Joe Gillis lui-même, flottant dans une piscine qui entreprend de raconter comment il en est arrivé là. Dans les prologues d'Arizona Junior (Joel Coen) ou de 9 mois ferme (Albert Dupontel, 2013), le personnage raconte de façon décontractée son parcours de voleur récidiviste, ou d'acharné du travail.
Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) avec la voix hors champ de la mère au début puis off lorsqu'elle domine l'esprit de son fils. Dans Providence (Alain Resnais, 1976) l'écrivain prend le pouvoir sur le film.
Terrence Malick fait souvent usage plus empathique de la voix off dans La balade sauvage, celle de Holly (Sissy Spacek), et dans Les moissons du ciel, celle de l'enfant Linda (Linda Manz).
La lecture d'une lettre ou d'un journal intime est celle de Lettre d'une inconnue (Max Ophuls, 1948) ou de Sur la route de Madison (Clint Eastwood, 1995)
Voix off multiples
Dans Les ensorcelés (Vincente Minnelli), le récit de la carrière du producteur de films Jonathan Shields (Kirk Douglas) est tenu dans trois flash-backs par trois personnages dont il a été le découvreur, mais que tôt ou tard il a trahis, et qui se refusent à participer à son prochain film alors qu’il est dans une mauvaise passe financière et qu’il les appelle à l’aide. C’est d’abord le réalisateur à succès Fred Amiel (Barry Sullivan), dont la voix off lance le premier flash-back : « Il y a 18 ans exactement, il était debout à côté de moi, lors de cet enterrement… Comment j’aurais pu savoir qui c’était… ». Puis c’est la star Georgia Lorrison (Lana Turner) qui commence directement en voix off : « La première fois que j’ai vu Jonathan Shields… ». Enfin, le scénariste James Lee Bartlow, dit Jim (Dick Powell), rappelle en voix off qu’il n’en était qu’à ses débuts quand son chemin a croisé celui de Jonathan Shields : « Je travaillais alors sur mon second roman… », un projet qui semblait être au point mort, vu le nombre de fois où dans ce troisième flash-back, le romancier s’installe devant sa machine à écrire, avec la voix off qui répète, apparemment impuissante : « Je me remis au travail… »
Dans Virgin Suicides (Sofia Coppola), la voix off se partage entre le point de vue de plusieurs personnages, un groupe de collégiens, tous plus ou moins amoureux ou fascinés par les sœurs Libsons. La voix off emploie d'ailleurs le pronom "nous".
La Ligne rouge (Terrence Malick, 1998), la voix off est masculine et plurielle. D'abord celle de Witt puis celle de Staros, chrétien, qui ne veut pas trahir ses hommes, elle glisse sur Welsh et Storm ("Vous êtes dans une boîte, une boîte mobile. Ils vous veulent morts ou dans leur mensonge") puis devient presque indiscernable sur la barge qui éloigne les soldats de Guadalcanal.


Films avec voix off :
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| Les échos du passé | Mascha Schilinski | Allemagne | 2025 |
| Une vie cachée | Terence Malick | U. S. A. | 2019 |
| Transit | Christian Petzold | Allemagne | 2018 |
| La guerre est déclarée | Valérie Donzelli | France | 2011 |
| Le fabuleux destin d'Amélie Poulain | Jean-Pierre Jeunet | France | 2001 |
| Magnolia | Paul Thomas Anderson | U. S. A. | 2000 |
| La ligne rouge | Terence Malick | U. S. A. | 1998 |
| Sur la route de Madison | Clint Eastwood | U. S. A. | 1995 |
| Arizona Junior | JoelCoen | U. S. A. | 1987 |
| Querelle | Rainer Werner Fassbinder | France | 1982 |
| Les moissons du ciel | Terrence Malick | U. S. A. | 1978 |
| Providence | Alain Resnais | France | 1976 |
| Barry Lyndon | Stanley Kubrick | U. S. A. | 1975 |
| La balade sauvage | Terrence Malick | U. S. A. | 1974 |
| Barry Lyndon | Stanley Kubrick | U. S. A. | 1957 |
| India song | Marguerite Duras | France | 1975 |
| La femme du Gange | Marguerite Duras | France | 1974 |
| Psychose | Alfred Hitchcock | U. S. A. | 1960 |
| La chasse | Erick Lochen | Norvège | 1959 |
| L'ultime razzia | Stanley Kubrick | U. S. A. | 1957 |
| Anatahan | Josef von Sternberg | Japon | 1953 |
| Le Plaisir | Max Ophuls | France | 1952 |
| Sunset Boulevard | Billy Wilder | U. S. A. | 1950 |
| Lettre d'une inconnue | Max Ophuls | U. S. A. | 1948 |
| La splendeur des Amberson | Orson Welles | U. S. A. | 1942 |
| Le roman d'un tricheur | Sacha Guitry | France | 1936 |
| Trois soeurs au coeur pur | Mikio Naruse | Japon | 1935 |
Source : Michel Chion : Le son au cinéma, ed. Cahiers du cinéma, 1985 voir aussi le glossaire sur son site.