Le nouvel Hollywood

Peter Biskind

Le Cherche Midi (29 août 2002) Collection : Documents. 513 pagesau format 16 x 24 cm. 12 euros.

En 1967, deux films provoquent un séisme : Bonnie and Clyde (Arthur Penn) et Le lauréat (Mike Nichols). D'autres suivirent dans la foulée : Macadam Cowboy (John Schlesinger), 2001, Rosmary's baby en 1968 ; La horde sauvage et Easy Rider en 1969; M.A.S.H. en 1970; French connection (William Friedkin), Ce plaisir qu'on dit charnel (Mike Nichols), La dernière séance (Peter Bogdanovich) et John McCabe (Robert Altman) en 1971 et, enfin, Le Parrain en 1972.

Enfanté par une nouvelle génération de réalisateurs, le Nouvel Hollywood était né. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma américain, ils dérobaient le pouvoir aux sacro-saints studios. Les années 70 furent en effet la décennie des réalisateurs. Ceux-ci jouirent alors d'un plus grand pouvoir, de plus de prestige et de prospérité que jamais.

Les grands metteurs en scènes traditionnels de l'époque des studios comme John Ford ou Howard Hawks, ne se considéraient pas autrement que comme des salariés surpayés pour produire des divertissements, des fabricants d'histoires qui dépendaient étroitement de leurs patrons et qui exultaient lorsqu'ils pouvaient, souvent en douce, imprimer leur patte à leurs réalisations.

Les metteurs en scène du nouvel Hollywood revêtirent eux sans complexe la défroque de l'artiste et firent passer avant tout l'intégrité de leur style. On peut discerner deux grandes vagues parmi ces figures qui durant les années 70 s'emparent du pouvoir. La première est celle des metteurs en scène nés dans les années 30. Elle inclut Peter Bogdanovitch, Francis Coppola, Warren Beatty, Stanley Kubrick, Dennis Hopper, Mike Nichols, Woody Allen, Bob Fosse, Robert Benton, Arthur Penn, John Cassavetes, Alan Pakula, Paul Mazurkski, Bob Rafelson, Hal Ashby, William Friedkin, Robert Altman et Richard Lester.

La seconde fut celle du baby boom, celle qui fréquenta les écoles de cinéma. Elle se compose de personnalités comme Martin Scorsese, Steven Spielberg, George Lucas, John Milius, Paul Schrader, Brian de Palma, Michael Cimino et Terrence Malick.

Ces créateurs créèrent un ensemble d'œuvres qui comprend, en plus des titres mentionnés précédemment, La dernière corvée, Nashville, Faces, Shampoo, Orange mécanique, Reds, La barbe à papa, L'exorciste, Le parrain 2, Mean streets, La balade sauvage, Conversation secrète, Taxi driver, Raging Bull, Apocalypse Now, Les dents de la mer, Cabaret, Klute, American graffiti, Les moissons du ciel, Blue collar, Que le spectacle commence, Annie Hall, Manhattan, Carrie, Les hommes du président, Retour et La guerre des étoiles.

Cette révolution facilita enfin l'accès à Hollywood et aux studios de distribution à des cinéastes britanniques comme John Schlesinger (Macadam cowboy), John Boorman (Délivrance), Ken Russel (Love) et Nicolas Roeg (ne vous retournez pas), ou issus d'autres pays d'Europe comme Milos Forman avec Taking off et Vol au dessus d'un nid de coucou, Roman Polanski (Rosmary's baby et Chinatown) Bernardo Bertolucci (Le dernier tango à Paris et 1900, Louis Malle qui réalisa La petite et Atlantic city et enfin Sergio Leone. Même évolution pour des vétérans comme Don Siegel, Sam Peckinpah et John Huston qui soudainement trouvère la liberté de réaliser certains de leurs chef-d'œuvre, des films comme l'Inspecteur Harry, les chiens de paille, pat Garrett et Billy the Kid ou encore Fat city. Cela mit en valeur des réalisateurs indépendants comme Sidney Pollack et Sidney Lumet qui réalisent respectivement On achève bien les chevaux et Serpico et qui permirent à un auteur tel que Clint Eastwood de devenir lui-aussi metteur en scène

Le nouveau pouvoir des réalisateurs était largement fondé sur la notion de "cinéma d'auteur" propagée par les critiques français à la fin des années 50 dont la "politique des auteurs" soutenait que le metteur en scène était à un film ce que le poète était à un poème et que les contributions des scénaristes, des producteurs ou des acteurs étaient marginales. Le porte drapeau américain de cette théorie fut Andrew Sarris qui la développa dans les colonnes du Village Voice. Il effectuait, comme ses homologues français, des classements et des hiérarchies chez les metteurs en scènes célèbres.

Ces jeunes réalisateurs firent travailler une nouvelle génération d'acteurs Jack Nicholson, Robert de Niro, Dustin Hoffman, Al Pacino, Gene Hackman, Richard Dreyfuss, James Caan, Robert Duvall, Harvey Keitel et Elliott Gould. Quant aux femmes, Barbara Streisant, Jane Fonda, Faye Dunaway, Jill Clayburgh, Ellen Burnstyn, Diane Cannon, Diane Keaton. La plupart de secs nouveaux visages furent formés à la méthode de Lee Starsberg çà l'Actor studio ou bien reçurent l'enseignement de célèbres professeurs new-yorkais : stela Adler, Sanfoird Meisneir ou uta hagen. Ainsi une bonne dose de l'énergie qui anima le Nouvel Hollywood vint en grande partie de New York.

 

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