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Metropolis

1927

Voir : Photogrammes

Scénario : Thea von Harbou. Avec : Brigitte Helm (Maria et le robot), Alfred Abel (Joh Fredersen), Gustav Fröhlich (Freder). 2h30.

Depuis mars 2010, la version complète de Metropolis est disponible, les ajouts par rapport à la version de 2001 (près de 25 % du film) sont signalés ici entre parenthèses (voir : l'histoire de la restauration).


I Prélude
Carton : "Le médiateur entre le cerveau et les mains doit être le cœur". L'aiguille atteint le chiffre dix sur la grande horloge des heures de travail de Metropolis. La relève des équipes. Un troupeau d'ouvriers croise l'autre. Par des immenses ascenseurs, les ouvriers fatigués s'en vont au plus profond de la terre rejoindre la cité ouvrière.

Un complexe de théâtres, bibliothèques et stades, c'est "le club des fils". Dans le fabuleux jardin, Freder le fils de Fredersen n'a qu'à choisir une maîtresse. Un jour, aux portes du jardin éternel, apparaît Maria, entourée d'une troupe d'enfants misérables. Elle leur désigne leurs "frères", ces jeunes oisifs. On la chasse.

En tentant de la rejoindre, Freder découvre la ville du bas et son asservissement. Un ouvrier s'effondre sur une machine et provoque une explosion qui cause des décès et des blessés. Freder, légèrement blessé, a, dans une vision, la révélation que la machine est le monstre Moloch avalant son contingent d'ouvriers.

Bouleversé, il court chez son père et implore sa pitié. C'est Josephat, son homme de confiance, que réprimande Fredersen car il ignorait jusqu'alors l'accident de la salle des machines. Fredersen estime que les ouvriers qui ont fait la cité sont à leur place en bas. Freder lui objecte que les ouvriers pourraient se révolter.

Et Justement, Grot, le premier contremaître, arrive avec deux plans de sabotage. Fredersen, excédé envers Josephat auquel il reproche de n'être décidément au courant de rien, le renvoie. Freder suit Josephat effondré à l'idée de rejoindre la cité ouvrière (et l'invite à habiter chez lui et lui demande son adresse, la maison 7 du bloc 99). Dans le même temps Fredersen engage le fluet pour suivre son fils.

Retournant dans l'usine souterraine, Freder voit un ouvrier s'effondrer sur une machine-horloge et lui propose de prendre sa place. Il lui donne l'adresse de Josephat pour qu'il l'y attende avec ce dernier. Il emprunte ses vêtements et revêt donc le bonnet matricule 11811. Freder découvre alors le calvaire que représente une seule journée de travail. (Le fluet a repéré l'endroit où le chauffeur de Freder s'est garé. L'ouvrier s'y engouffre et donne l'adresse de Freder. Mais découvrant dans les poches de celui-ci une grosse somme d'argent il préfère se rendre à Yoshiwara, quartier des plaisirs et de la nuit.

Fredersen se rend chez Rotwang, un savant à demi-fou qui vit dans une curieuse chaumière au cœur de Metropolis mais oubliée de tous. Rotwang a aimé autrefois Hel qui le quitta pour suivre Fredersen qu'elle épousa et mourut en donnant naissance à leur fils Freder. Rotwang a créé un robot à la ressemblance de Hel. Pour Fredersen, un tel robot, reproduit à des milliers d'exemplaires, pourrait remplacer ses ouvriers. Il questionne Rotwang qui lui déclare que les plans trouvés dans les poches des victimes sont ceux des catacombes. Rotwang y conduit le maître de Metropolis. Là sans être vus, ils assistent à une réunion secrète des ouvriers. Maria harangue la foule des travailleurs et leur raconte la légende de Babel : des milliers d'ouvriers avaient construit Babel en ignorant tout du rêve de ses concepteurs. Maria dit : "Le cœur doit entre le médiateur entre le cerveau et les mains". Freder se trouve parmi les ouvriers. Maria voit en lui le médiateur qu'elle appelle de ses vœux. Elle l'embrasse et lui donne rendez-vous à la cathédrale. Fredersen demande à Rotwang de donner à son robot les traits de Maria. Maria ne peut se rendre au rendez-vous car Rotwang l'a traquée et piégée dans sa maison.

II Intermède

Freder à la cathédrale voit s'animer les statues des sept péchés et celle de la mort. Il dit à la mort de s'éloigner de lui. Rotwang a enfermé Maria chez lui. Freder part à sa recherche. Ayant entendu ses cris, il pénètre dans la maison de Rotwang et se retrouve bientôt enfermé à son tour. Rotwang procède à la transformation du robot en une créature ressemblant trait pour trait à Maria. Libéré par Rotwang, Freder voit son père tenir dans ses bras le robot qu'il croit être la vraie Maria. Sous le choc, il s'écroule en proie à un vertige et a des hallucinations. La fièvre l'oblige à garder le lit. Dans son délire il voit la mort manier la faux, tandis qu'au cabaret de Yoshiwara, Rotwang présente son robot.

III Furioso

La fausse Maria danse un hallucinant ballet érotique. Les hommes se battent pour elle. Plus tard, dans les catacombes, elle prêche aux ouvriers la révolte et la destruction "Mort aux machines !". Fredersen veut que les ouvriers se livrent à la violence afin d'avoir un prétexte pour user à son tour de violence contre eux. En réalité le robot n'obéit pas la volonté de Fredersen mais à celle de Rotwang qui a trompé pour se venger le maître de Metropolis. Bientôt le robot n'obéit qu'à ses propres volontés. Les ouvriers refusent de croire Freder quand il leur dit que celle qui les harangue n'est pas la vraie Maria et veulent même le lyncher. Un homme cherche à le protéger et se fait poignarder. Le contremaître Grot prévient les ouvriers que s'ils détruisent la machine centrale, la ville souterraine sera la proie des eaux ; cela ne les arrête pas. La vraie Maria qui a pu s'échapper de la maison de Rotwang s'emploie à secourir les enfants, Freder la retrouve enfin. Avec elle et Grot, il sauvera de nombreuses vies. Fredersen a appris avec désolation que son fils se trouvait dans la ville souterraine. Grot retourne la foule contre la fausse Maria. Ils vont la chercher à Yoshiwara et la brûlent sur un bûcher. Au dernier moment avant que les flemmes ne la consument tout à fait, elle reprend l'apparence d'un robot de métal. Rotwang, de plus en plus fou, confond maintenant Hel et Maria. Il pourchasse cette dernière et l'emporte sur les toits de la cathédrale après s'être battu avec Freder. Rotwang fait une chute mortelle. Fredersen, accablé, s'est agenouillé. Maria, saine et sauve, tombe dans les bras de Freder. Sur le parvis, les ouvriers font face à Fredersen. Maria invite Freder à aller se placer entre Grot et son père : soit le médiateur lui dit-elle. Grot et Fredersen se serrent la main, un nouveau pacte social est né.

Rotwang a fabriqué son robot féminin non pas dans une intention strictement scientifique mais directement passionnelle et même obsessionnelle. Rotwang préfigure le prince hindou qui veut commémorer son amour perdu par un tombeau dans Le tigre du Bengale. Sa relation avec Fredersen contient une forte dose d'agressivité, d'esprit de revanche, de machination et de désespoir qui la relie sur un plan dramatique à toute l'œuvre Lang. Comme dans ses autres films (Furie, J'ai le droit de vivre..), Lang aborde le social à travers une tragédie individuelle et privée

Restent comme seuls éléments artificiels dans l'intrigue la rédemption de Fredersen, le dénouement socialement utopique et le fait que le conflit Fredersen-Rotwang demeure, même une fois admis son caractère passionnel, trop en marge du message social.

Métropolis est un sommet du film expressionniste dont il cumule au moins cinq aspects : la présence de la mort, l'absence de la nature, le thème du double, la folie qui s'empare à un moment ou à un autre de tous les personnages, les relations de fascination quasiment d'hypnose qu'entretiennent entre eux les personnages.

La mort est symbolisée par Hel qui, dans les mythologies nordiques, est la déesse de la mort et du monde souterrain. Hel est une morte absente mais qui pèse sur Jo Fredersen, son fils Freder et son ancien amant Rotwang. La vision de Moloch dévorant les hommes ou la statue de la mort dans l'église lors du rendez-vous manqué avec Maria en sont deux autres incarnations.

L'absence de la nature est bien sur manifeste dans le monde d'en bas, voué au travail robotisé. Le monde d'en haut est recouvert d'immeubles et le stade puis la caricature de paradis terrestre dans lequel se promène Freder sont aussi oppressant dans leur élitisme et leur artificialité que l'enfer du monde d'en bas.

Le thème du double s'exprime au travers des deux Maria. Celui de la folie qui à moment ou à un autre saisit tous les personnages exprime leur sensibilité qui semble détruire toute chance d'atteindre à une vision raisonnable de l'univers.

La plupart des personnages vivent, vis à vis les uns des autres dans une relation d'emprise hypnotique et de fascination. Rotwang fasciné par Hel, Maria fascinée par Rotwang, Freder fasciné par Maria, la foule des ouvriers fascinée par la fausse Maria.

Jean-Luc Lacuve le 05/05/2005

La restauration de Métropolis
(Source : Voyage à Métropolis (2010, 0h50) de Artem Demenok)


Métropolis, est film le plus cher jamais produit par la UFA. Il est tourné de mai 1925 à août 1926 pour un budget initial qui passe de 80 000 reichsmarks 3,5 millions. Fritz Lang filme avec plusieurs caméras et exige le plus souvent trois prises pour chaque scène. Selon le dossier de presse, ce seront 620 kilomètres de négatif et 13 000 kilomètres de positif qui seront impressionnés.

Janvier 1927 : le UFA Pavillon sur la Neulodendorf platz, l'unique salle où est projetté Métropolis à Berlin
(photo, Alex Stocker)

Frais de distribution inclus, le film coûta ainsi 5 millions de marks... et n'en rapporta que 75 000 à Berlin en 1927. La version originale est retirée des écrans, raccourcie et charcutée... sur la base de la version américaine.

Le 19 décembre 1925 avait été en effet signé l'accord entre la Paramount, La MGM et la UFA. Moyennant 4 millions de dollars, La UFA accepte de consacrer 75 % de sa programmation en salle à des films de la Paramount et de la MGM. Les deux distributeurs américains s'engagent de leur côté à diffuser dix films UFA par saison. Avant sa première allemande en janvier 1927, Métropolis arrive aux Etats-Unis où il est entièrement remanié et amputé de plusieurs scènes par la Paramount.

A l'été 1927, la version allemande est remontée sur le même modèle et réduite de trente minutes. Les scènes coupées sont détruites. Le négatif original allemand est perdu. Les négatifs conservés en Allemagne sont des copies dont les meilleures se retrouveront à Londres, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Argentine. Sur les 620 kilomètres de négatif ne reste donc plus qu'un seul négatif original, la version remontée par la Paramount et qui ne correspond pas au montage initial. Les huit bobines du négatif original de cette version Paramount serviront, en 2001, de base à la fondation Murnau pour restaurer le film. Les trente minutes manquantes resteront introuvables jusqu'à la découverte en 2008 d'une très mauvaise copie 16mm à Buenos Aires qui restitue enfin le montage initial et toutes les images, mêmes très dégradées.

Versions de 1961, 1972 et 1987 à partir de copies allemandes mutilées

Peu après la fin de la guerre, l'ancien bunker abritant les archives cinématographiques du Reich à Babelsberg est occupé par l'armée rouge qui envoie des films à Moscou. Les Russes, frustrés de n'avoir jamais vu le film à sa sortie malgré le triomphe du précédent, Les Nibelungen, le restaurent le premier en 1961.

version russe de Wladimir Dmitriew en 1961
version de Wolfgang Klaue en 1972

En 1971, une restauration est effectuée en RDA sous la direction de Wolfgang Klaue. Cinq bobines sont rapatriées du Gosfilmofond de Moscou en Allemagne, et avec la version anglaise et les archives à Prague, une projection est organisée à Bucarest en 1972...sans grand succès.

En 1980, Wolfgang Klaue, en visite à l'institue du cinéma suédois découvre dans une grosse malle des visas de censure allemands dont celui de Metropolis datant de novembre 1926. C'est une découverte importante pour connaitre l'exact déroulé des plans du montage initial et pour avoir les cartons de dialogues originaux qui devaient auparavant être retraduits de l'anglais. Wolfgang Klaue transmet ce document à Enno Palatas désormais en charge de la nouvelle restauration au musée du cinéma de Munich et qui donnera sa version en octobre 1987 à Moscou.

Palatas bénéficiera aussi de l'exhumation par la cinémathèque française en 1983 de trois volumineux albums conservés par Henri Langlois de 831 de photos de plateau prises par le frère de Théa qui permettent de visualiser les scènes manquantes.

Les rôles du grand échalas et de Hel peuvent enfin être visualisés. La suppression quasi complète de Hel a sans doute été faite par la Paramount pour ne pas dérouter le public américain avec une homonymie possible avec hell (enfer).

Enno Palatas utilise quatre copies, la version allemande réduite que la UFA a envoyé en 1936 au MOMA, la version récupérée par les Russes après la guerre, les versions de Londres et de Melbourne. Sa restauration est présentée en première mondiale à Moscou à l'automne 1987.

Version de 1987 par Enno Palatas avec cartons allemands et des plans noirs pour expliquer les parties manquantes

Version colorisée de Moroder

En 1984, Giorgio Moroder, le célèbre compositeur de musiques de films, ressort Metropolis en version colorisée, comme la version britannique. Il adjoint à sa partition des contributions de Freddy Mercury, Bonnie Tayler et Pat Benatar. Métropolis devient culte aux Etats-Unis. Ridley Scott s'était déjà inspiré de l'architecture de la ville pour Blade Runner (1982). Madonna parodie le film dans un de ses clips, Express yourself, réalisé par David Fincher en 1989.

Ridley Scott, Moroder et Madonna font de Métropolis un film culte aux USA

Versions de la fondation Murnau

Version de 2001

La fondation Murnau part du négatif américain. C'est le seul négatif caméra à l'exception d'une bobine dupliquée dans les années 60. Meilleur du point de vue du jeu des acteurs et des raccords. La Paramount utilisait des fondus au noir quand ils modifiaient une scène. C'est dans une bunker moderne cinémathèque de Berlin 90 000 bobines de pellicules nitrate dont huit du négatif original de Métropolis version Paramount en 2001

Martin Koerber et la version 2001

Version de 2010

En 1927, un distributeur argentin qui avait vu le film dans l'unique salle où il était projeté achète une copie du film dans une version non expurgée et l'emporte à Buenos Aires. Le critique de cinéma Manuel Pena Rodriguez donne ensuite cette copie du film à la cinémathèque argentine. En 1973 ou 74, celle-ci considère comme dangereux de conserver des copies 35 mm en nitrate. Comme elle n'a pas le budget pour réaliser un négatif 35 mm à partir de la copie positive 35 mm, elle opte pour un négatif 16mm, réalisé à partir de la copie non nettoyée. Tous les défauts de la copie 35mm sont donc incrustés dans le négatif 16mm.

En mai 2008, la copie complète est retrouvée dans les rayons de la cinémathèque de Buenos-Aires sur les indications d'un critique, cinéphile qui met en rapport les bobines conservées sur les rayons de la cinémathèque et proposées à son ciné-club avec son souvenir des propos de Salvador Samaritano qui lors d'une projection, en 1959, avait dû maintenir la fenêtre de projection pendant deux heures et demi, et non une heure trente ou deux heures comme dans les version de Moroder ou de la fondation Murnau. Le critique pense alors qu'il peut s'agir d'une version non mutilée de Métropolis.

A l'été 2009, le négatif de Buenos Aire est rapatrié à Munich et scanné image par image par la fondation Murnau, toujours sous la direction de Martin Koerber. Trente minutes sont ainsi ajoutées à la version de 2001. Le film en version intégrale est présenté pour l'ouverture de la 6e Berlinale en mars 2010.

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