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D'après le roman The thin line de Edward Atiyah. Avec : Michel Bouquet (Charles Masson), Stéphane Audran (Hélène Masson), François Périer (François Tellier), Dominique Zardi (Dominique Prince), Henri Attal (Cavanna), Paul Temps (Bardin), Celia (Jacqueline). 1h46.



Dans un appartement parisien aux rideaux tirés, Laura demande à son amant, Charles Masson, de venir jouer; elle veut être punie, violée, étranglée. Charles réticent à ces jeux sado-maso l'étrangle néanmoins... et la tue. Dans le bar où il tente de retrouver ses esprits, Charles rencontre son voisin et ami l'architecte François Tellier. Celui-ci raccompagne Charles dans leur ville de banlieue cossue où ils prennent un verre chez Jeannot avant de rentrer chez eux. François est appelé au téléphone et doit revenir d'urgence à Paris, un malheur étant arrivé à sa femme, Laura. Charles propose vainement de l'accompagner et rentre dans sa luxueuse maison où il est rejoint par sa femme, de retour de moto pour acheter de la farine avec son aînée Joséphine afin de préparer un gâteau au chocolat avec la jeune fille au pair, Jacqueline, pendant que le fils cadet lit et joue du piano.
François s'est rendu à l’appartement où la police lui a indiqué de se rendre, celui d'une certaine Gina Mallardi où l'inspecteur Cavanna lui apprend la mort de sa femme, étranglée.
Charles mange le gâteau puis, en attendant le coup de fil promis par François, joue au scrabble avec Hélène et prend quelques gouttes de laudanum pour dormir. François rentre trop tard pour téléphoner.
Le lendemain, Charles se lève tôt pour lire le journal où la mort de Laura fait l'objet d'un fait divers. Charles annonce la mort de Laura à sa femme et rend visite à François. Celui-ci avoue avoir une maîtresse de son côté et qu'il est bien normal qu'Hélène ait pris un amant. Charles part en croisant Cavanna. Dans son agence de Pub où Charles travaille avec Prince, un client repart satisfait d'un sport pour une lessive. Prince le met au courant d'un possible litige avec le caissier Bardin qui aurait piqué dans la caisse. Charles rassure Bardin et le confirme à son poste.
Alors que la neige est tombée, Mme Masson vient rendre visite à Hélène et aux enfants. C'est le jour de l'enterrement de Laura. François vient prendre le couple de mes amis et voisins en voiture. Assis à l'arrière, Charles est sur le point d'avouer. A l'enterrement, Gina scrute Charles au point d'inquiéter Hélène. Le lendemain matin, Charles croise Gina sur le quai qui explique être venue à la demande de François pour chercher des affaires de Laura. En fait, Gina est venue avouer à François qu'elle avait vu Charles en compagnie de Laura sortir de l'appartement. François ne peut imaginer que son ami ait quelque chose à voir avec la mort de sa volage épouse : Charles personnifie en effet le mari exemplaire et respectueux des valeurs bourgeoises. Il demande à Gina de ne pas prévenir la police.
En revenant du travail, Charles se montre irritable quand Hélène lui parle des cadeaux de noël à acheter sous trois semaine.Helen surprise de sa mauvaise humeur pleure et c'est Charles qui vient lui demander pardon: il a eu une maîtresse, c'était Laura mais c'était il y a longtemps.
Les enfants décorent le sapin; le réveillon et l'échange de cadeaux se passent bien mais Charles se sent "fait comme un rat" (littéralement, il le visionne) et fait une crise de larmes dans son lit. Hélène propose d'aller passer quelques jours en Bretagne. Là Charles lui avoue son meurtre. Avec Laura l'amour n'était pas vrai mais un théâtre, elle le torturait en lui demandant de la violer, de la battre alors qu'elle savait que cela le faisait souffrir. Il l'a tué presque sous son commandement ne s'étant pas arrêté. Hélène le rassure encore : il n'était pas lui-même.
Une lettre de Prince le rappelle à Paris. Bardin, est parti avec la caisse, la paie de décembre avec le 13e mois : 12 millions. Il a abandonné femme et enfant et est parti avec une femme rencontrée deux mois plus tôt. Charles se sent proche de cet homme, autrefois respectable et aujourd'hui poursuivi pour un forfait moins grave que le sien. L'inspecteur Cavanna, chargé aussi de cette enquête, lui indique que celle sur le meurtre de Laura n'aboutit pas. La police ne dispose que d'empreintes digitales qui ne servent à rien. "Voici les miennes" dit Charles en tendant la feuille iù il a signé la plainte de Bardin, désespéré qu'elles ne soient probablement pas exploitées. Obsédé par cette injustice, il se confie le soir à François après qu'il ait passé la soirée en famille. Dans le chemin sombre où il accompagne son ami, il quêtet sa condamnation. Mais François l'absout, lui demandant de penser à sa femme et ses enfants et lui demande de tout oublier. En rentrant, Helen lui annonce que Bardin a été arrêté. Le lendemain au commissariat où il se rend avec Prince, on leur apprend que Bardin, pris de remords, a envoyé un mandat depuis Orléans où il s'était réfugié, ce qui l'a perdu. Emmené menotté Bardin, répond " je vous emmerde" à Charles qui l'interroge sur son attitude.
Le soir, Charles est plus absent que jamais. Au milieu de la nuit, il annonce à Hélène qu'il va se rendre. Hélène tente de l'en dissuader, qu'il se doit d'abord à sa femme et ses deux enfants. Mais Charles se sent incapable de vivre ainsi dans le mensonge: même s'il reconnaît qu'il pourrait se suicider, il ira se livrer dès le lendemain. Rejoignant la chambre, Charles demande à Hélène de quoi le faire dormir. Helen déverse toute la pipette de laudanum dans le verre de son mari qu'il boit sans sourciller. Ils s'allongent côte à côte, main dans la main et Charles demande à Hélène 'Fais la nuit'.
Sur une plage de Normandie, Hélène lit la lettre de François louant Charles et sa décision de se suicider en homme trop droit et trop intègre pour supporter le mensonge. La mère de Charles assise sur un transat à côté d'elle constate en voyant les enfants s'amuser "qu'ils commencent à oublier".


Chabrol ausculte une nouvelle fois ce qui se passe dans le cerveau de la bourgeoisie une fois qu'elle s'est affranchie de la règle commune et a tué. Charles Masson est une nouvelle variation de Charles Desvallées dans La femme infidèle (1969), interprété de façon tout aussi magistrale par le même Michel Bouquet. Pierre Maury, interprété par Michel Piccoli en sera aussi une version plus décomplexée dans Les noces rouges (1973). Dans chacun des trois films, Hélène, interprétée par Stéphane Audran, sera l'invariant féminin, lucide, courageuse, cherchant le bonheur dans sa prison dorée.
Charles Masson n'a pas l'énergie flamboyante de ses deux alter égo chabrolien de l'ère Pompidou (président de 1969 à 1974). C'est un homme torturé qui cherche vainement à sortir de son anéantissement. Comme le remarque son ami architecte François qui a construit sa maison: "il m'a poussé plus loin dans sa volonté de modernité" (en l'occurrence une table basse pour manger) car "Un peu d'avant-garde autour de soi évite la sclérose". C'est probablement aussi pour échapper à l'ennui qu'il s'est laissé séduire par Laura et est devenu son amant alors qu'il souffre de ses jeux sado-maso, peu faits pour son âme qui n'aspire qu'au repos. Il est bien loin des frasques de son caissier, Bardin, qui lui les assume, et lui envoie un "Je vous emmerde" quand il lui demande de s'expliquer
Le Raskolnikov de Crime et châtiment voulait aussi être jugé car il voulait s'assurer auprès du commissaire du bien fondé de sa morale qui permettrait de tuer une veille femme inutile si c'est pour sauver un jeune homme plein d'avenir. Ici, c'est le jugement tout simple que Charles veut alors que sa femme, son ami et le spectateur probablement (héritage hitchcockien) voudrait qu'il se comporte comme Charles Desvallées et protège avant tout sa famillequitte pour cela à échapper à la justice.
Mais Charles auquel on offre trop d'alcool, bu comme un étourdissement, et qui mange mal (un gâteau au chocolat mat fait et des huîtres pas fraîches à Noël), ne peut trouver le bonheur. Il ne trouve qu'un repos passager en se délestant de sa faute sur sa femme à laquelle il avoue d'abord son infidélité puis son crime. Il bénéficie alors d'un sursis avant que sa faute ne lui pèse de nouveau et qu il se sente "fait comme il rat (il le visualise)".
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Avouer son crime à François ne le soulage pas. Devant son obstination à se livrer et même à avouer la préméditation, Hélène se charge de la mise à mort, en fait souhaitée par Charles qui lui parle d’un suicide qu'il ne peut assumer. Le verre de laudanum a pris une couleur de whisky que Charles ne peut ignorer sans parler du bruit des gouttes que, porte ouverte il entend probablement tomber dans le verre. Mais le "Fais la nuit " et la main tendue à Hélène qui les place comme des gisants ne laisse que peu de doute sur ce suicide assisté. La mise à mort se déroule après une vaine tentative de ramener Charles de son obstination à être puni au milieu de la nuit :
- Je n'ai pas besoin de réconfort. La paix que je désire, tu ne peux pas me la donner. Au contraire tout ce que tu peux faire c'est de me torturer.
- Tu crois que je ne peux pas comprendre, c'est ça ?
- Non ce n'est pas ça : j'ai décidé d'aller me dénoncer Hélène.
- Je crois que tu as tort d'envisager une chose pareil; je n'en vois pas la nécessité.
- C'est pourtant la seule solution. Il n'y a aucun doute là-dessus. Si je ne le faisais pas, ce serait uniquement par lâcheté. Je ne pourrais pas supporter d'être lâche à ce point là.
- Qu'est que la lâcheté vient faire là dedans. La vérité c'est que tu te ronges les sangs et que tu t'imagines des choses qui ne sont pas vraies. C'est absurde.
Il n'y a rien d'absurde là dedans, c'est une affaire entre moi et moi. Je cherche la paix et je ne l'aurai que les menottes aux mains.
- Si tu vas te dénoncer tu crois que c'est juste pour moi et les enfants.
- Je ne vois pas pourquoi les enfants souffriraient des fautes de leur père. La justice n'épargne pas un coupable sous prétexte que sa famille va souffrir.
- Tu éprouves une volupté à te torturer et si tu vas te dénoncer ton geste n'aura aucune valeur morale; ce sera de la perversion et pas autre chose.(...) Tu t'acharnes contre toi-même, tu agis comme un fou.
- Peut-être que tu as raison, peut-être que je deviens fou
- Oh Charles, il faut absolument que tu te reprennes, c'est ça le vrai courage et non pas de tout abandonner et de se condamner soi-même. Je crois en toi Charles, je sais que tu es innocent et, au fond de toi-même, tu le sais aussi. Nous devons encore être heureux, nous le pouvons.
-tu crois ?
-oui tout ces fantômes vont disparaître.
-François m'a déjà dit ça
-mais c'est vrai, lutte pour être heureux. Allez viens dans la chambre essayons de dormir
La caméra suit Hélène guider Charles vers la chambre dans un panoramique qui le recadre au travers de la vitre. Les rideaux sont tirés. Mais Charles revient sur le sujet, insiste pour que sa femme lui parle de son crime .
-et bien je crois que tu t'es débarrassé de ce que tu ne pouvais plus supporter, Je ne suis pas sûr que tu l'ai fait. Depuis que tu m'as tout raconté je n'arrive pas a croire que tu l'ai vraiment tuée
-Ma chérie c'est épouvantable je ne vais pas pouvoir y arriver. Je sais que je n'y arriverai pas. Ce n'est pas la peine de lutter. Peut-être que c'est de l'égoïsme, de la lâcheté ou de la folie mais je suis complètement à bout. J'irai me dénoncer demain matin. Écoute mo i: ce soir, j'ai mis mes papiers en ordre et j'ai écris une lettre à ma mère. Je le mettrai a la poste demain, avant de me rendre.
- non tu ne peux pas faire ça, je ne peux pas te convaincre mais attends encore un peu, pas demain matin, attends encore un peu, c'est tout ce que je demande.
- Ma chérie ce n'est pas un coup de tête, j'ai réfléchi, j'aurais pu le faire quand je suis allé à la police ce matin. L'idée de passer un jour plus avec toi et les enfants m'est insupportable, c'est la seule façon de m'aider. Je veux avoir ton accord. Jaimerais tant le faire en communion avec toi , les enfants et maman.
- tu as raison, je ne dirai plus rien.
- c'est vrai ?
-
c'est vrai.
-
je sais que j'aurais pu me suicider. C'aurait été mieux pour vous tous mais cela aurait été trop lâche, trop lâche. Jje ne peux pas me mépriser à ce point. Pardonne- moi.
- Jje t'admire comme je n'ai jamais admirer personne de ma vie
-
Je me sens si près de toi.Tu es merveilleuse, donne moi quelque chose pour dormir, pour dormir.
Le roman The thin line de Edward Atiyah, publié en 1951, avait déja donné lieu à une adaptation par Mikio Naruse en 1966 ; L'étranger à l'intérieur d'une femme.