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La femme infidèle

1969

Voir : Photogrammes du film
Genre : Film noir

Avec : Stéphane Audran (Hélène Desvallées), Michel Bouquet (Charles Desvallées), Maurice Ronet (Victor Pegala), Michel Duchaussoy et Guy Marly (Duval et Gobet, officiers de police), Serge Bento (Bignon, le détective privé). 1h38.

Dans une belle maison à la campagne, près de Paris, Hélène et la mère de son mari, Charles Desvallées, regardent les photos de celui-ci jeune. Contrairement à sa belle-mère, Hélène se montre indulgente sur la prise de poids de son mari, courtier en assurances. Elle est ravie que leur jeune fils, Michel,  bientôt dix ans, amène des fleurs à sa grand-mère. Charles raccompagne sa mère à sa voiture mais celle-ci a oublié ses lunettes ; Charles va les lui chercher et voit sa femme au téléphone qui sursaute quand elle l'entend, fait un mouvement de panique en se retournant vers lui avant de reprendre calmement une conversation anodine.

Au repas du soir, Charles demande, un peu incongrûment, à sa femme, devant leur fils si elle l'aime. Hélène répond par l'affirmative comme si c'était une évidence. Alors que Michel remonte lire dans sa chambre, Charles entraîne Hélène au salon pour regarder la télévision, son vice dit-il car "plus c'est mauvais, plus ça me plaît". Ils plaisantent devant le programme de l'interlude et Hélène demande à Charles de la conduire en ville le lendemain vers 10h00 pour un soin esthétique, un coiffeur et un cinéma ,elle décline un déjeuner avec lui prétextant être déjà bien occupé mais accepte qu'il la ramène le soir.

Pendant que Charles lit au lit, Hélène en nuisette fait ses ongles puis le rejoint au lit, après avoir éteint, ils ne peuvent dormir du fait de la chaleur et Hélène se tourne tendrement vers Charles qui reste sous les couvertures et l'enjoint à éteindre.

Au bureau, Paul son associé, déclare avoir couché avec Brigitte, leur aguichante secrétaire, mais elle ne tient pas ses promesses au lit : le sexe contrairement à ce que l'on croit ne l’intéresse guère. En allant changer les disques le midi, Charles téléphone au salon de beauté où se rend sa femme mais on lui indique qu'elle ne s'y trouve pas. Elle le rejoint le soir au bureau; elle dit avoir été voir Docteur Jivago.

Alors qu’Hélène fait réviser ses devoir à leur fils sur la pelouse, Charles dit vouloir faire plaisir à sa femme en organisant une soirée en boîte avec des amis. La soirée se passe bien, Paul drague une jolie fille et Maud, la femme d'un amie, est saoule comme d'habitude. En rentrant ils trouvent Michel qui les attend en train de lire. Ils le grondent pour la forme et heureux font l'amour. Mais Charles, dans la nuit, est inquiet.

Au bureau, Charles est fébrile : il fume beaucoup, cherche un mouchoir en papier pour son rhume, fait appeler sa femme à la maison par Brigitte. Comme elle n'y est pas, il téléphone à Bignon, l'expert en assurance du cabinet, et lui donne rendez-vous au café. Il lui demande d'enquêter sur l'emploi du temps de sa femme, pendant trois ou quatre jours. Trois jours plus tard, lors d'un rendez-vous sur les bords de la Seine, Bignon apprend à Charles que sa femme se rend, trois jours par semaine, chez Victor Pégala, dont il lui remet la photo avec l'adresse, 27 rue du bois de Boulogne à Neuilly-sur-Seine. Ils y restent deux heures et ne se voient jamais à l'extérieur. Pégala écrit un peu mais dispose d'une fortune personnelle. Charles souffre en rentrant de Paris en voiture. Le soir à la maison, la famille fête au champagne le prix d'excellence de Michel "à cette mémorable journée" disent-ils en chœur.

Un jour de pluie, Charles découvre par lui-même sa femme chez son amant. Celle-ci discute avec celui-ci de ses enfants qu'il a laissé sans vergogne à la garde de leur mère se disant un bon père en les voyant une fois par mois. Ils se quittent ; Helen affronte la pluie. Le soir, elle rentre tard, prétextant avoir raté son train, et trouve son mari et son fils devant la télévision.

Le lendemain, c'est l'anniversaire de Michel ; Hélène a commandé un magicien pour amuser les enfants. Charles rend visite à Pégala. D'abord, il annonce jovialement à l'écrivain, visiblement déconcerté, que sa femme et lui vivent une relation libre et s'assoit pour bavarder avec lui. Pégala avoue ne connaître Hélène que depuis trois semaines, alors que Charles dit être marié depuis onze ans. Pégala lui propose de visiter le petit appartement. À la vue du lit, l'attitude de Charles change. Il aperçoit un briquet géant sur la table de chevet, un cadeau qu'il avait offert à sa femme pour leur troisième anniversaire de mariage. Soudain, il s'empare d'un buste en pierre et assomme Pégala de deux violents coups à la tête. Charles nettoie ensuite méticuleusement les lieux et efface toutes les empreintes digitales. Il emporte le corps de Pégala dans sa voiture et, après un accrochage sans gravité, jette le corps dans un étang.

Les jours suivants, Hélène semble ne pas se sentir bien. Deux inspecteurs se présentent pour l'interroger au sujet de Pégala, porté disparu par son ex-femme qui devait recevoir sa pension alimentaire. Le nom d'Hélène figure dans le carnet d'adresses de Pégala. Hélène ne peut acquiescer aux sous entendus d'un adultère émis par les officiers de police. Quand Charles rentre, elle le met au courant de la visite des inspecteurs. Elle prétend que Pégala n'était qu'une simple connaissance. Au cours du repas très silencieux, Hélène s'interroge sur la disparition soudaine de quelqu'un alors que Michel s'interroge sur la disparition d'une pièce de son puzzle. Après le repas, Charles tente vainement d'aider son fils à retrouver la pièce manquante du puzzle. Michel accuse son père d'avoir caché la pièce et le traite de salaud. Charles s'énerve et Hélène détruit le puzzle. Michel les regarde et dit les détester. Le soir même, les inspecteurs reviennent et interrogent Hélène et Charles. Hélène s'empêtre dans son déni, continuant d'affirmer qu'elle ne connaissait que peu Pégala alors que Charles nie avoir jamais entendu parler de cet homme et fait remarquer la visite tardive des inspecteurs qu'il raccompagne. Au retour, Charles et Hélène s'enlacent.

Le lendemain, alors que Charles jardine, Hélène affirme à Michel avoir tout réparé et lui présente le puzzle reconstitué. En rangeant la maison, Hélène trouve une photo de Pégala dans la poche de la veste de son mari, avec son nom et son adresse au dos. Après l'avoir brûlée, elle rejoint sa famille dans le jardin et regarde Charles avec tendresse. Lorsque les deux inspecteurs reviennent, Charles déclare son amour à Hélène et va leur parler. Il s'éloigne avec les deux inspecteurs alors qu'un buisson d'arbustes le cache à la vue de sa femme et de son fils.


Le plus parfait des "drames bourgeois" tournés par Chabrol dans les années 60.

La séquence initiale introduit dans un monde bourgeois où règne un bonheur féerique avec famille unie, de la grand-mère au petit-fils, chaumière (toit de chaume), fleurs et impression vaporeuse rendue par un filtre sur une caméra qui s'approche doucement des personnages.

Ce bonheur est acquis au prix d'un cérémonial convenu : "Le moindre changement dans mon mode de vie pourrait troubler cette harmonie" dit ainsi Charles lorsque sa mère lui propose de faire du sport. Les dissonances musicales et le brusque changement d'échelle, fugitif, entre deux plans moyens, révélant Hélène surprise au téléphone sera le déclencheur des soupçons de Charles.

Le soir, même cérémonial bien réglé, le jeune Michel lit une bande dessinée, alors que le père va jusqu'à apprécier, à la télévision, un interlude sur des verres en cristal. Scène remarquable du couché où les corps sans désir ne veulent pas se toucher. Dans la nuit pourtant, alors qu'ils peinent à dormir, Hélène se rapproche tendrement de Charles. Après la soirée en boite de nuit, ils font vraisemblablement l'amour malgré la proximité de la chambre de leur fils.

Le meurtre n'est pas prémédité, c'est une pulsion qui ne peut être contenue par les épaisseurs de civilités bourgeoises dont s'est entouré Charles : "Je ne peux plus" dit-il dans un souffle. Le blocage mental conduit à la crispation expressionniste puis à la libération de la pulsion et au meurtre. A ce soudain déchaînement de violence répond la longue scène de nettoyage de l'appartement (7') puis le corps transporté dans la voiture et, après l'accrochage, sa disparition lente dans l'étang qui, doucement, retrouve sa surface intacte, couverte à nouveau de nénuphars (6' supplémentaires).

Hélène ne peut que regretter cette "égratignure" au déroulement de sa vie bourgeoise et garde ainsi intacte son envie de vivre confortable avec son mari. Elle lui est probablement reconnaissante de ne pas s'être emporté vis-à-vis d'elle et répond sincèrement à sa déclaration d'amour avant que les inspecteurs n'emmènent Charles au commissariat, le privant désormais de cette vie bourgeoise qu'il affectionnait tant.

 

Jean-Luc Lacuve, le 27/06/2009.

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