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"La révolution n'est ni un dîner de gala, ni une œuvre littéraire, ni un dessin, ni une broderie. Elle ne peut être menée avec élégance et courtoisie. La révolution est un acte de violence ...". Mao Tsê-Tung.
Mexique 1913. Un pauvre "péon", hèle une diligence qui passe d’abord sans s’arrêter puis stoppe au point d'eau tout proche. Le marshall qui la conduit désire voir la tête des voyageurs quand le péon s’insérera parmi eux. L’immense diligence est en effet cossue comme un salon bourgeois et le péon est vite remis à sa place, sur un siège inconfortable, tout en subissant les insultes des riches passagers. Mais plus loin, la diligence est attaquée par une famille de bandits dont le péon, Juan Miranda, est le chef. Les hors-la-loi dépouillent les hommes riches tandis que Juan conduit Adelita, la passagère qui s’était avéré friande de fantasmes incestueux qu'elle suppose aux miséreux, à l’écart pour une relation sexuelle finalement consentie. Puis passagers et passagère sont tous chargés dans une charrette jetée dans un enclos à cochons. Juan fait de la diligence le quartier général de sa famille.
Mais les bandits sont alors intrigués par une série d'explosions à flancs de colline qui se rapprochent. De la fumée des explosions, émerge un homme à moto. Il passe devant les hors-la-loi et Juan tire dans le pneu de sa moto pour l'arrêter. L’homme en descend et, flegmatique, va déposer un bâton de dynamite dans la diligence faisant un trou dans le toit puis s‘en va. Cette fois Juan menace de l’abattre mais l’homme lui montre qu’il est bardé d'explosifs et de nitroglycérine dont une goutte suffit à déclencher une forte explosion. Juan voit immédiatement là de quoi faire sauter la banque de Messa Verde. L’homme lui ordonne de réparer la moto pendant qu'il se repose dans la diligence. Les bandits fouillent la sacoche de sa moto et découvrent qu'il est John Mallory, membre de l'IRA, spécialiste des explosifs et recherché par la police anglaise comme terroriste. L’un des fils de Juan prétend qu'il peut tout aussi bien se servir des explosifs mais son essai contre un arbre l’emporte ; "Mèche courte" sourit John dans la diligence. Il en sort bientôt et rejoint Juan qui a cuisiné le déjeuner et veut qu'il l’accompagne à Messa Verde pour cambrioler la banque, celle qu'il a vu, couverte d’or, dans sa jeunesse. Juan et John seront des amis pour la vie déclare-t-il. John décline la proposition, se rappelant son amitié si parfaite avec son ami, Nolan, en Irlande qui conduisait la voiture alors que lui-même embrassait la femme qu'il aimait. John a un autre projet : aider le propriétaire allemand d’une mine à trouver des filons d’argent. John s’apprête à repartir, mais Juan tire de nouveau sur la moto la rendant inutilisable. En guise de vengeance, John dynamite la diligence et s'en va. Juan lui tire à nouveau dessus puis y renonce affirmant qu'il le retrouvera.
Plus tard dans la nuit, John se réveille dans une chapelle en entendant des gens à sa recherche. Il place un explosif dedans et se réfugie dehors d'où il pourra actionner le détonateur. Mais Juan arrive derrière lui et appuie sur le détonateur. Il avait appris au propriétaire de la mine que John avait trouvé un filon mais que blessé il ne pouvait se déplacer ; un capitaine mexicain l'avait accompagné. Ce sont donc eux qui ont péri dans la chapelle, et non la famille de Juan à sa poursuite comme John le pensait. Juan a ainsi fait de lui un criminel recherché et offre à John le seul projet qui lui reste : attaquer la banque de Mesa Verde. John, Juan et ses fils chevauchent ainsi le long de la voie ferrée qui conduit à la ville. Quand un train surgit, John y disparaît à la fureur de Juan.
Plus tard, Juan et sa famille prennent aussi un train. Lors d'un contrôle, Juan assassine au poignard le policier qui le soupçonnait. Un autre policier le menace d’une arme mais Juan est secouru par le docteur Villega, un partisan de Pancho Villa.
Arrivé à Messa Verde, Juan ne reconnaît plus la ville de son enfance tant elle s'est agrandie et est en proie à la répression militaire. Les affiches proclament "le gouverneur aime son peuple, le peuple aime son gouverneur" mais trois civils sont exécutés contre un mur. En face de la banque qu'il convoite, Juan retrouve John dans l’auberge qu'il lui avait désignée auparavant. John attablé, déclare qu'il attendait sa venue pour leur projet de cambriolage. Juan est furieux, découragé par la présence militaire massive mais John lui affirme qui va pouvoir le faire entrer dans la banque : "Là où il y a révolution, il y a confusion". Il se souvient comment son ami Nolan entraînait de jeunes hommes dans la révolution irlandaise.
Juan et John rejoignent le sous-sol où Villega extrait une balle du corps de l'un des ses partisans. Il promet ensuite de détourner l'attention des troupes fédérales en attaquant la ville sous trois points afin de faciliter l’attaque de Juan sur la banque, leur objectif principal. Celui-ci n’en revient pas mais John lui ordonne le silence. Un des enfants de Juan dispose un petit train miniature devant la porte de la banque. Il est rempli d'explosifs que John déclenche au moment voulu pour que Juan attaque la banque. Cependant la banque se révèle être seulement riche en prisonniers politiques enfermés dans les multiples portes où Juan espérait trouver de l’or. John lui révèle que les fonds ont été retirés depuis un mois et que la banque est, à la place, utilisée par l'armée comme prison politique. Juan, contre son gré, est devenu un "grand, grand et glorieux héros de la révolution".
Les révolutionnaires sont menacés par la progression d'un détachement militaire de l'armée régulière dirigé par le colonel Günther Reza. Réfugiés dans les collines, John tente de convaincre Juan de faire la révolution. Celui-ci proteste : "Mon pays c’est moi et ma famille. La révolution je sais comment elle commence : ceux qui savent lire convainquent ceux qui ne savent pas qu'il faut du changement pour que les pauvres fassent ce changement à leur place. Puis ceux qui savent lire s’assoient autour de tables et ils parlent, parlent et ils mangent, mangent. Et pendant ce temps-là, qu'est-ce qu'ils font les pauvres ? Ils sont morts ! C’est ça ta révolution. Et ensuite qu'est-ce qui arrive. Rien, tout recommence comme avant".
Les revolutionnaires fuient devant l'avancée du convoi militaire. John et Juan se portent volontaires pour les arrêter avec deux mitrailleuses et de la dynamite. Une grande partie du détachement de l'armée mexicaine est détruite en traversant un pont et en se réfugiant dessous, lequel est détruit par John à l'explosif. Le colonel Reza, près d'une voiture blindée, apparaît comme l’un des seuls survivants.
Après la bataille, John et Juan découvrent que la plupart de leurs camarades, y compris le père et les enfants de Juan, ont été tués par l’armée dans une grotte qui servait de repaire aux rebelles. Affolé et enragé, Juan sort seul pour combattre l'armée et est capturé puis emmené dans un camp militaire. Le soir, John se faufile dans le camp, où il est témoin des exécutions de plusieurs de ses camarades révolutionnaires par un peloton d'exécution. Ils ont été trahis par le Dr Villega, qui a été torturé par le colonel Reza et ses hommes. Cela évoque chez John des souvenirs d'une trahison similaire par Nolan, son meilleur ami en Irlande. Après que Nolan eut donné l'identité de John, celui-ci braqua son fusil sur les deux soldats britanniques. Le souvenir de ces tirs se mêle à ceux des prisonniers exécutés. Il voit ensuite distinctement le traître Villega s'éloigner avec Reza.
Le lendemain, Juan fait face à un peloton d'exécution, mais John arrive et fait exploser le mur avec de la dynamite juste à temps. Ils s'échappent sur la moto de John. A Messa verde, les militaires exécutent en masse les civils soupçonnés d'être des révolutionnaires pendant qu'ils fuient avec la bourgeoisie dans les derniers trains sous leur contrôle.
John et Juan se cachent dans un wagon d'animaux de l'un de ces trains de l'armée régulière, y voyant la première étape qui les entraînera en direction des États-Unis pour une nouvelle vie. Le train s'arrête pour récupérer le gouverneur tyrannique Don Jaime, qui fuit avec une petite fortune les forces révolutionnaires de Pancho Villa et Emiliano Zapata. Alors que le train est arrêté et pris en embuscade, Don Jaime fuit dans le wagon de Juan et John. Celui-ci offre à Juan, la possibilité d’exécuter le responsable de la mort de ses enfants. La tentative désespérée de Don Jaime de proposer le sac rempli de billets et de bijoux ne change rien à l'affaire : Juan tue Jaime de plusieurs balles, volant également le butin du gouverneur. Alors que les portes du wagon s'ouvrent, Juan est accueilli par une foule nombreuse et est à nouveau salué de manière inattendue comme un grand héros de la révolution.
Dans un train avec le général révolutionnaire Santerna et les commandants de la révolution, John et Juan sont rejoints par le Dr Villega, qui s'est échappé. John seul est au courant de la trahison de Villega. Ils apprennent que les forces de Pancho Villa seront retardées de 24 heures et qu'un train de l'armée transportant 1 000 soldats et armes lourdes, dirigé par le colonel Reza, arrivera dans trois heures ce soir-là, ce qui supprimera sûrement la position rebelle. John suggère de charger une locomotive avec de la dynamite et de l'envoyer vers le train de l'armée mexicaine. John a besoin d'un autre homme, mais au lieu de choisir Juan, qui se porte volontaire, il choisit le Dr Villega. Il devient clair pour Villega que John est au courant de sa trahison. Il plaide le manque de résitance à la douleur de la torture mais accepte son jugement et sa mort. Mais John se souvient avoir abattu les deux policiers anglais puis Nolan, qui le regarda avec incompréhension. John dit qu'il n'a jugé quelqu'un qu'une seule et unique fois et confesse : " Quand j’ai commencé à utiliser la dynamite, c’était l’époque où je croyais en beaucoup de choses, en tout. Puis j’ai fini de ne plus croire cru qu"en la dynamite". John le supplie de sauter de la locomotive avec lui avant que la locomotive ne touche le train de l'armée, mais Villega se sent coupable et reste à bord. John saute dans le même temps, et les deux trains entrent en collision et explosent, tuant Villega et un grand nombre de soldats mexicains.
L'embuscade des révolutionnaires réussit, mais alors que John s'approche pour retrouver Juan, il est abattu dans le dos par le colonel Reza. Un Juan enragé abat le colonel avec une mitrailleuse. Alors que John est mourant, il continue à avoir des souvenirs de Nolan et d'une jeune femme qu'ils aimaient tous les deux. Juan s'agenouille à ses côtés pour poser des questions sur le Dr Villega. John garde le secret du médecin laissant entendre à Juan qu'il est mort en héros de la révolution. Alors que Juan va chercher de l'aide, John, mortellement blessé, sachant que sa fin est proche fume sa dernière cigarette emplie d’explosifs l’emportant dans un nuage de feu. Horrifié et désespéré, Juan s’interroge : « Et moi alors ? ».


Leone,
à l'origine du western italien avec Pour
une poignée de dollars en 1964, réalise aussi le chant du
cygne du western Zapata avec ce film réalisé sept ans plus tard
Le western italien mis en place par Leone est une remise en cause du mythe des pionniers et de la frontière pour montrer des protagonistes sales, mal rasés, cyniques, voir sadiques, qui préfèrent tirer avant de parler et que seuls le pouvoir et l'argent semblent motiver. Cependant, dès 1966, Damiano Damiani avait avec El Chuncho lancé le western Zapata, le western politique italien. Basé sur le thème de la révolution mexicaine, de l'exploitation des péons par les grands propriétaires, c'est aussi une réflexion sur l'utilisation de la violence par le peuple.
La comédie italienne décrivait les petites classes bourgeoises. Le péon, très pauvre est au choeur du western politique italien. Il ne sait ni lire ni écrire, et n'est pas politisé. Un peu comme dans les films fantastiques, c'est celui qui est au plus bas de la société qui va prendre les devants.
Dès 1968 cependant le cinéma plus directement politique occupe le devant de la scène. C'en est fini du "il était une fois", l'idéologie règne en maître et le film politique dit clairement "Voilà ce qu'il faut penser camarade !"
Très vite cependant les illusions tombent et déclinent aussi bien du côté du film politique que du western zapata. On l'appelle Trinita de Enzo Barboni en 1970 est le premier "western fayot", western italien qui déraille vers la farce.
Dans Il était une fois la révolution, Leone laisse percer son amertume et sa déception au sujet de la révolution. C'est la scène emblématique de dispute entre Juan et Sean au sujet de la lucidité politique : Sean se trompe, la révolution sera toujours récupérée par les puissants.
Un tel message choque les communistes italiens qui refusent que le film s'appelle Il était une fois la révolution. Leone le renomme ainsi Giù la testa (Baisse la tête) ou si l'on veut "courbe l'échine". Aux USA, le titre devient Duck you sucker (Planque-toi connard) et, en Angleterre, Une poignée de dynamite. Seule la France garde le titre auquel Leone tenait.
Le film est ainsi une critique amère de l'idéal intellectuel de la révolution incarné par Sean. A contrario, jamais Leone ne se sera identifié à un personnage comme il le fait ici avec Juan qui lui ressemble au physique comme au mental.
Dans Il était une fois la révolution, les séquences les plus impressionnantes sont la découverte d'un charnier de résistants dans une grotte et un long plan-séquence décrivant le nettoyage d'une ville par l'armée. Autant de scènes qui arrivent toujours juste après des morceaux de bravoure (évasion de dernière minute, destruction d'un pont stratégique) et qui réduisent à néant l'euphorie provoquée par ces derniers afin de rappeler la cruauté de la situation.
Jean-Luc Lacuve, le 16 février 2009
La citation de Mao qui ouvre le film figurait sur les murs de Paris en Mai 68. La citation du leader politique était juste un peu plus longue : "La révolution est un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre...."
Juan urinant au début du film sur une colonie de fourmis est une transposition d'un souvenir d'enfance de Leone dans le Trastevere et indique l'innocence joyeusement destructrice du personnage.
La fin du film justifie néanmoins peut-être d'y voir une référence à la séquence d'ouverture de La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969) où des enfants sont autour de fourmis s'acharnant sur des scorpions qu'ils enflamment.
Rôle écrit pour Elli Wallach mais la production voulait un acteur plus prestigieux et Steiger venait de remporter l'oscar en 1968 pour Dans la chaleur de la nuit de Norman Jewison.