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Le viol (Le cas Anders)

1971

(Voldtekt). Avec : Svein Sturla Hungnes (Anders Bakken), Anne Marie Ottersen (Wilhelmine Hansen), Liv Thorsen (Rita Thoresen), Per Carlson (le procureur), Olav Hestenes (un avocat), Kjell Stormoen (un avocat), Sverre Horge (Frank Thoresen), Erik Øksnes (Holen), Katja Medbøe (Karen). 1h36.

Un matin d’hiver, une femme est agressée dans la neige. Des jurés se réunissent dans la salle de délibération.

Une femme est violée par un homme qui fuit alors que s'éloigne un autre homme qui court pour prendre le tram dans la banlieue d'Oslo. Anders, jeune ouvrier pour la voirie, arrive pour prendre son poste et discute avec ses collègues des vêtements à porter en hiver puis va avec eux déneiger les routes. Le soir, il fait ses courses, mange seul au restaurant et rentre chez lui se faire un nescafé en écoutant la radio.

M. Thoresen va porter plainte : en rentrant du travail, sa femme lui a raconté avoir été victime d'un viol le matin. Puis c'est Mme Thoresen qui est interrogée par l'inspecteur et parvient à faire un portrait robot de son agresseur.

Bientôt, une seconde agression est perpétrée dans la nuit. Le commissaire et la police scientifique sont immédiatement sur les lieux. Une empreinte de pas dans la neige est prélevée avec de la cire chaude alors que Wilhelmine Hansen donne des détails précis sur son agresseur et pense l'avoir déjà croisé près du supermarché. Le lendemain matin, Anders qui passe habituellement par le petit chemin conduisant au tram, est arrêté par la police.

Article 8 : le jury. Des jurés se réunissent dans la salle de délibération selon l'article VIII du code pénal. Dans une cellule, sur un banc, Anders attend leur verdict.

Le matin où il est arrêté, Anders répond aux questions de l'inspecteur. A vingt ans il n' a fait ni son service ni ne possède le permis de conduire, il gagne 23 000 couronnes par an. Il se soumet au relevé des empreintes digitales et aux photographies. Conduit au Palais de justice, on lui lit l'acte d'accusation :  le vendredi 6 décembre 1970 à 6h25 près de la gare de tram de Sollerud, il a commis un viol sur Rita Thoresen. Le 7 décembre 1970  vers 23h50 il a commis une  agression sexuelle sur Wilhelmine Hansen. Dans son dossier figure une amende reçue trois ans plus tôt pour avoir regardé des filles au travers d'une fenêtre des vestiaires et a été interpellé pour une rixe le mois précédent mais relâché sans poursuite. Il plaide non coupable des chefs d'accusation. Il est néanmoins incarcéré sans droit de visite.

Article 7 : le tribunal d'instance. Le président du tribunal appelle le jury  à tenir compte des doutes raisonnables et sensés.

Confrontation de Anders, parmi quatre autres hommes, avec les victimes qui, derrière une vitre, le reconnaissent comme leur agresseur, avec certitude pour Rita Thoresen, un peu moins pour Wilhelmine Hansen. La reconstitution  est décidée pour le 11 décembre.

Anders se soumet auprélèvement de salive et de sang. Il en est conclu que rien n'empêche que le sperme vienne de lui. Il lit dans les journaux que la police est certaine qu'il soit coupable. De colère, il s'en prend à un gardien ce qui reste sans conséquence, le gardien étant trop nouveau pour se plaindre lui assure un autre prisonnier.

Article 6 : les parties civiles et la défense.

Anders se souvient d'une promenade dans la neige avec une fille alors que off est rappelé les antécédents de Anders.

Article 5 : l'avis des experts. Anders est jugé normal bien qu'un peu renfermé.

Anders est volontaire pour un petit travail, un peu rémunéré en prison.  Promenade dans la cour ;  ennui.

Article 4 : l'interrogatoire. Rita Thoresen et Wilhelmine Hansen  le reconnaissent formellement comme leur agresseur. L'inspecteur, le logeur, son ami, collègue de travail sont interrogés. Seul ce dernier est à décharge.

Interrogatoires de sa petite amie dans un commissariat de province ; des ouvriers ; des employées du restaurant. Anders est interrogé sur ses penchants sexuels ; il réfute être l'auteur des agressions. Son avocat est inquiet, le témoignage des femmes risque d'être accablant puisqu'elles l'ont reconnu. Il risque deux à trois ans de prison. Il doit tenter de se souvenir en détail des deux jours où les agressions ont été commises. Anders dans sa cellule est pris de crises d'angoisses ou de léthargie. Il tente de boucher l'œilleton de sa cellule.

Article 3 : la défense de l'accusé

Dans sa cellule, Anders tente de se rappeler des visages vus lors de la soirée au restaurant, répétition mentale des visages entraperçus puis de son voyage en tram, de l'unique voyageur qui était avec lui, de son retour chez lui. De nuit, il se remémore son trajet jusqu'à chez lui dans la neige. Ne trouvant rien de concluant il crie de rage et d'effroi.

Article 2 : le réquisitoire du procureur. Celui-ci dit qu'il va exposer les pièces de la défense et celles de l'accusation.

Anders, triste, léthargique et abattu, est conduit au tribunal dans le car de police.

Article 1 : la préparation du tribunal. Tirage au sort des jurés; lecture de l'acte d'accusation; les témoins attendent dans une pièce attenante. l'affaire est jugée à huis clos. La presse peut être présente mais interdiction de faire des comptes rendus. Anders décline son identité, reconnaît le non lieu pour une rixe et répond avoir passé 93 jours en détention provisoire. Il lui est demandé s'il se déclare coupable.

 Il y aura bien deux agressions sexuelles dont un viol au début du film mais le sujet est ailleurs. Le propos du film porte sur l'impossibilité pour un individu sans alibi d'échapper au rouleau compresseur de la justice. De là vient le sous-titre aujourd'hui accolé au film, Le cas Anders, qui était semble-t-il le premier choix de Anja Breien.

Précision documentaire

La modernité du film repose sur la précision documentaire de l'enquête et du jugement. Le travail de la police scientifique, de l'interrogation des victimes et des témoins menés avec attention et respect, les journées d'incarcération mornes de Anders et le déroulé impartial de la justice. Le film ne dénonce pas tant un système qui "fabriquerait" un faux coupable, qu'il nous implique dans le piège qui se referme sur l'individu quand il n'a rien à se raccrocher pour se défendre.

Refus du suspens lié au film de procès

Le double déroulé de la chronologie qui alterne les séquences des agressions, de l'enquête et de l'incarcération avec celle, inversée, des différentes étapes du procès, numérotées de 8 à 1 avec, à chaque fois, l'extrait correspondant du code pénal, non seulement joue de manière très originale mais sert le propos du film. La chronologie inversée écarte en effet le suspens inhérent au genre du film de procès dont on attend toujours un coup de théâtre permettant de déterminer la culpabilité ou l'innocence de l'accusé et, in fine, le verdict qui en découle.

Ici la réalisatrice montre l'innocence de Anders dès la première minute du film en faisant fuir l'agresseur de Rita derrière la silhouette de Anders qui s'en va prendre son tram. Puis, en le montrant au chapitre 8 attendant avec angoisse le verdict, elle montre que rien de décisif et surtout de positif pour lui s'est déroulé au cours du procès. C'est donc un montage alterné qui fonctionne sciemment à rebours de son usage habituel d'intensifier le suspens.

Un homme sans défense

C'est bien sur "le cas Anders" que porte le film, son incarcération dans des conditions qui paraissent exceptionnellement dignes par rapport à notre monde contemporain mais qui ne peuvent annihiler son angoisse tant il n'a rien à qui ou à quoi se raccrocher. Dans la partie "article 6, les parties civiles et la défense", le seul souvenir de sa rencontre avec une fille dans la neige est pollué par ses antécédents lus off par le procureur. "L'article 3 la défense" qui lui succède un peu plus tard, le voit seulement se lever tant il a déjà examiné tout ce qui aurait pu se disculper sans jamais rien trouver. Modernité aussi de ce souvenir mental avec répétition des mêmes séquences à la recherche du détail qui peut sauver.

Anja Breien amorce ainsi dans ce premier film son sujet constant de l'oppression des structures sociales sur l'individu. Elle poursuivra l'étude de l'oppression au travers des liens familiaux dans L'héritage (1979) avant d'atteindre un lyrisme plus intense lorsque c'est l'amour même qui devient oppression dans Un jeux sérieux (1977) et La persécution (1981). La trilogie Wives, poursuivie sur vingt ans (1975, 1985, 1996), offre l'amitié comme antidote à ces oppressions multiples.

Jean-Luc, le 11 mai 2026.

 

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