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Anja Breien |
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(1940- 2026) |
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| 10 films | ||
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Dans les années 60, le cinéma européen est en plein bouleversement et nombre de pays voient une nouvelle vague bousculer leur cinéma national. Bien que la Suède et la Finlande suivent le mouvement, la Norvège tarde. Face à une industrie et à un système de production ankylosés, les jeunes cinéastes partent se former à l’étranger.
Fille de l’écrivain et peintre Hans Borch Breien (1904-1991), Anja Breien naît le 12 juillet 1940 à Oslo, dans un environnement artistique. Elle est d’abord tentée par des études en physique nucléaire, mais la découverte des Quatre Cents Coups (François Truffaut, 1959) la décide à se tourner vers des études de cinéma en France. Entre 1962 et 1964, elle se forme à l’Idhec (Institut des hautes études cinématographiques, l’ancêtre de la Fémis), à Paris. Elle doit même en forcer l’entrée, obtenant un concours dérogatoire puisque, à l’époque, la section réalisation ne reçoit que des hommes. Elle s’inspirera des méthodes légères de la Nouvelle Vague française pour les importer en Norvège. Avant cela, elle travaille d’abord comme assistante du réalisateur Henning Carlsen sur La Faim (1966) au Danemark puis revient en Norvège comme script sur Liv (Pål Løkkeberg, 1967).
Elle enchaîne rapidement avec ses premiers courts métrages, Grandir (1967), Visages (1969) et 17 mai – un film sur des rites (1970). Elle reviendra au court métrage à la fin des années 90. Elle participe aussi avec Egil Kolstø et Espen Thorstensons à Jours de 1000 ans, un film à épisodes initié par Erik Borge, le nouveau directeur de Norwegian Film, offrant à de jeunes cinéastes l'opportunité de se faire connaître d'un large public.
En 1971, elle réalise son premier long, Le Viol, affirmant d’entrée son engagement politique et son intérêt pour les questions de société. Dans un noir et blanc contrasté, la cinéaste signe une fiction aux accents documentaires sur la justice norvégienne. À travers le parcours d’Anders, jeune homme au passé instable, c’est le système judiciaire qui est interrogé : comment un inculpé, qui n’a ni les codes ni l’éducation, peut se défendre ?
Elle s’affirme ensuite avec Wives (1975), film très libre et contemporain, réalisé en réaction au Husbands de John Cassavetes (1970), qui interroge la place des femmes dans la société contemporaine. Anja Breien continue son exploration de la condition féminine avec Un jeu sérieux (1977). Elle choisit d’adapter le roman de Hjalmar Söderberg, auteur et poète suédois. « Le Jeu sérieux est le seul roman d’amour qui compte dans notre littérature », a un jour écrit un critique suédois. Dans une Suède traversée par les événements mondiaux (l’affaire Dreyfus, les tensions avec la Norvège…) le film raconte une histoire d’amour à la genèse contrariée.
Pour L’héritage (1979), Anja Breien a le désir de filmer une famille bourgeoise, mais ne souhaite pas réaliser un film psychologique. Elle prend alors le biais matériel pour analyser les relations familiales qu’elle filme comme un ballet, et non par le prisme d’un personnage principal. Dans ce drame qui bascule dans la comédie satirique, Anja Breien dissèque la désagrégation de la cellule familiale. Toutes les barrières sociales tombent, amour filial, civilité, parenté…, laissant place au conflit larvé, aux petites rancœurs et aux grandes trahisons. L’humour – et sans doute l’ironie – de Breien est vif. Elle en fait la démonstration puissante lorsqu’elle filme la scène de partage des biens sur l’air de La Pie voleuse de Gioachino Rossini…
La persécution (1981) décrit la montée en puissance de cette violente misogynie qui atteignit son paroxysme au début du XVIIe siècle : une femme, Eli, éprise de liberté et d’indépendance, fermière et tisserande, s’attire la jalousie et les soupçons de ses voisins. De plus, elle ne craint pas d’avouer ouvertement son amour pour Aslak, un valet de ferme. Peu à peu, on commence à lui attribuer des pouvoirs surnaturels et maléfiques. Des incidents apparemment inexplicables renforcent cette rumeur, Eli est bientôt accusée de sorcellerie.
Le cerf-volant (1984) est un polar examinant de nouveau les secrets de famille après la mort suspecte du père. Anja Breien retrouve son trio d’actrices pour Wives, dix ans après (1985). Les années ont passé, et les héroïnes sont un peu plus apaisées. Mais toujours vives et légèrement insolentes. Durant ce temps off, elles font le point sur leur vie, leurs situations amoureuse, familiale et professionnelle. Ce second opus est empli d’humour et d’ironie. La spontanéité est au cœur du film, les dialogues ayant de nouveau été en partie improvisés par les trois interprètes principales.
Le voleur de bijoux (1990) est une violente et burlesque charge féministe qui nargue le mythe de Don Juan alors que Wives III (1996) réunie pour la dernière fois les trois amies qui s'étaient connues vingt ans plus tôt. Anja Breien réalise encore cinq court-métrages et un documentaire un peu plus long au cœur de la communauté yézidie avant de prendre une retraite tardive du cinéma en 2013.
Reconnaissance en France
Réalisatrice et scénariste, Anja Breien bâtit une œuvre exigeante, mêlant intimité et réflexion politique, où mémoire, justice et rapports de pouvoir occupent une place centrale. Elle a ouvert la voie à toute une génération de cinéastes et contribué à inscrire le cinéma norvégien sur la scène mondiale. Son œuvre, reconnue internationalement, est montrée dans les plus grands festivals et témoigne d’un regard féminin audacieux et critique. Pourtant, après la Sélection Officielle à Cannes en 1979 de L’héritage, son oeuvre n'est longtemps ni distribuée ni reprise en France.
En juillet 2003, le FEstival La Rochelle CinéMA (FEMA) lui rend hommage en sa présence en projetant, Le viol (1971), la trilogie Wives (1975, 1985, 1996), Un jeu sérieux (1977), L’héritage (1979), La persécution (1981) Le cerf-volant (1984), Le voleur de bijoux (1990) et cinq courts métrages.
En octobre 2025, le festival Lumière de Lyon présente dans la cadre de sa section, "Histoire permanente des femmes cinéastes", une rétrospective de cinq films : Le viol (1971), Wives (1975), Un jeu sérieux (1977), L’héritage (1979) et Wives dix ans après (1985).
En 2026, le distributeur Malavida permet la projection en salles avec des copies restaurées de la trilogie Wives en mars puis, en mai, celles de trois autres films : Le viol (1971), L’héritage (1979) et La persécution (1981). Un jeu sérieux (1977) reste encore bloqué pour des questions de droits résiduels.
Anja Breien décède le dimanche 10 mai à l’age de 85 ans.
Filmographie :Courts-métrages :
1967 : Grandir (Vokse opp ).30'. Le film raconte une légende née en 1349 alors que la peste noire envahit la Norvège après avoir décimé le reste de l’Europe. C’est l’histoire d’une petite fille, seule survivante de sa maisonnée, dans un village isolé de montagne.
1969 : Visages (Ansikter).15'.Le film est tourné au Musée Munch d’Oslo et s’attache aux visages peints par Munch, sur un poème du danois Paul Borum.
1970 : 17 mai – un film sur des rites (17 mai - En film om ritualer). 12'. sur la célébration de la fête nationale norvégienne.
1970 : Jours de 1000 ans (Dager fra 1000 år) Segment du film collectif initié par Erik Borge, le nouveau réalisateur de Norwegian Film, qui donne aux nouveaux cinéastes une chance d'être vu par un large public.
1973 : Mine søsken goddag. 10'. Arne Bendik Sjur est une artiste qui souhaite que ses graphismes touchent la vie des hommes, leur anxiété et leur étrangeté les uns envers les autres. Certaines des angoisses de l'art expressionniste se retrouvent dans ses œuvres, ainsi que la sorcellerie et l'imagination.
1998 : Solvorn. 10'. Un voyage dans le passé, inspiré par les photographies prises entre 1908 et 1913 par la grand-mère d’Anja Breien, dans l’ouest de la Norvège.
2001 : Voir un bateau naviguer (Å se en båt med seil). 11'. Un vieil homme se souvient de son enfance et de sa fascination pour un bateau aujourd’hui mis au rancart. Le film est un hymne à la nature hivernale de la Norvège, un conte poétique sur la vie qui passe…
2005 : Uten tittel. 14'.
2010 : Riss. 7'. Un film réalisé sous forme de poème sur la façon dont le temps corrompt.
2012 : De l’histoire du chewing gum (Fra Tyggegummiens Historie). 24'. D’une perspective globale à une autre, plus personnelle, cette recherche cinématographique tente de mieux comprendre le surprenant phénomène du chewing-gum.
Longs-métrages :
| 1971 | Le viol |
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(Voldtekt). Avec : Svein Sturla Hungnes (Anders), Anne Marie Ottersen (Wilhelmine Hansen), Liv Thorsen (Rita), Per Carlson (le procureur), Olav Hestenes, Kjell Stormoen (avocats), Sverre Horge (Frank Iversen), Erik Øksnes (Holen), Katja Medbøe (Karen). 1h36.
Un matin d’hiver, une femme est violée dans une banale banlieue enneigée. Bientôt, une seconde agression est perpétrée. Anders, jeune ouvrier, est remarqué aux abords du lieu des crimes. La police l’arrête. |
| 1975 | Wives |
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(Hustruer). Avec : Kaja (Katja Medbøe), Mie (Anne Marie Ottersen) et Heidrun (Frøydis Armand). 1h24.
Kaja, Mie et Heidrun, trois amies d'enfance, se revoient lors d'une fête d’anciens élèves. Retrouvant leur spontanéité et leur bonne humeur, et désireuses de poursuivre ce moment, elles décident d'abandonner mari, enfants et travail pour passer la journée ensemble. Pendant féminin du Husbands de Cassavetes, le portrait joyeux de trois amies et celui en creux, plus cinglant, de leur environnement. |
| 1977 | Un jeu sérieux |
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(Den allvarsamma leken). Avec : Stefan Ekman (Arvid Stjärnblom), Lil Terselius (Lydia Stille), Allan Edwall (Markel)Katarina Gustafsson (Dagmar Randel), Chatarina Larsson (Marta Brehm), Birgitta Andersson (Hilma Randel), Hans Alfredson (Freutiger). 1h40.
Été 1897. Arvid, jeune journaliste, tombe éperdument amoureux de Lydia, la fille d’un artiste peintre. Ils s’aiment. Mais de classe sociale moins favorisée, Arvid n’ose demander Lydia en mariage. Alors les amoureux font chacun de leur côté un mariage de raison. Dix ans plus tard, ils se retrouvent et deviennent amants… |
| 1979 | L'héritage |
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(Arven). Avec : Espen Skjønberg (Jon Skaug), Anita Björk (Märta Skaug), Häge Juve (Hanna Skaug), Jan Hårstad (Jonas Skaug), Eva Opaker (Gerd Skaug), Jannik Bonnevie (Eva Skaug), Svein Sturla Hungnes (Arne Torjussen), Jack Fjeldstad (Sam Pettersen), Mona Hofland (Rut Petersen), Ada Kramm (Marie Skaug). 1h35.
Kai Skaug, armateur couronné de succès, vient de mourir à 54 ans. Ses parents et une foule d’amis et de relations se trouvent rassemblés pour les obsèques. Le testament de Kai, veuf et sans enfants, rassure immédiatement ses proches : la fortune leur est bien léguée et non à un centre de recherche sur le cancer, comme ils le redoutaient. Une condition sine qua non toutefois : son immense et prospère société, que gèrera son frère Jon (Espen Skjønberg), doit être administrée par une famille unie. |
| 1981 | La persécution |
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(Forfølgelsen). Avec : Lil Tersélius (Eli Laupstad), Bjørn Skagestad (Aslak Gimra), Anita Bjork (Ingeborg Eriksdotter Jaatun), Erik Mork (Henrik Ravn), Ella Hval (Guri, la vieille femme), Mona Jacobsen (Maren, la muette). 1h33.
1630. Une jeune femme de Laupstad arrive dans un petit village de montagne. Elle assiste à la traque et à la capture d'une femme. |
| 1984 | Le cerf-volant |
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(Papirfuglen). Avec : Elisabeth Mortensen (Helen Stousland), Bjørn Floberg (Pal Brenden), Per Sunderland (Stefan Larre), Bente Børsum B(Aud Sætre), Svein Sturla Hungnes (Fred), Jan Ø. Wiig (Erik Stousland). 1h30. La jeune avocate d'Oslo, Helen, voit un homme tomber d'un balcon et réalise après coup qu'il s'agit de son père, le célèbre acteur Stephan Larre. Helen et l’inspecteur de police Paul Brenden, sont déterminés à découvrir les raisons de ce décès en fouillant le passé du défunt. S’agit-il d’un suicide, d’un accident, d'un meurtre ? |
| 1985 | Wives, dix ans après |
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(Hustruer - ti år etter). Anne Marie Ottersen (Mie), Katja Medbøe (Kaja), Frøydis Armand (Heidrun). 1h28.
Dix ans après leur première escapade, Kaja, Mie et Heidrun se retrouvent. Elles décident de nouveau de quitter leurs responsabilités familiales et de s’installer un temps dans un luxueux hôtel de Malmö. |
| 1990 | Le voleur de bijoux |
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(Smykketyven). Avec : Sven Wollter (Jan Ström), Kjersti Holmen (Lillian Green), Ghita Nørby (Rut), Lene Bragli (Hilde), Gisken Armand (Ida), Per Egil Aske (Carl). 1h32.
Jan Strøm, 35 ans, épris d’indépendance et de liberté, a beaucoup de succès auprès des femmes et obtient tout ce qu’il veut. Pourtant, lors d’une croisière avec sa nouvelle petite amie, il étouffe, se referme et s’enfonce dans une sorte de folie. Il ne parvient plus à faire la différence entre passé et présent. Va-t-il perdre la tête ? Devrait-il se ranger et trouver le grand amour ? |
| 1996 | Wives III |
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(Hustruer III). Avec : Anne Marie Ottersen (Mie), Frøydis Armand (Heidrun), Katja Medbøe (Kaja), Mathias Armand (Le fils de Kaja), Jan Grønli (Endre). 1h16.
Vingt ans se sont écoulés depuis la première aventure de nos trois héroïnes en 1975. Elles se sont retrouvées dix ans plus tard. Vingt ans après, les voilà de nouveau réunies. |
| 2009 | Jezidi |
| Documentaire. 0h52.
Un accès inédit au cœur de la communauté yézidie, les coutumes d'une minorité religieuse kurde traditionnellement entourée de mystère. Le documentaire saisit un monde qui semble exister et survivre hors du temps, régi par ses propres règles immuables. Un voyage bouleversant au cœur de l'âme d'un peuple impitoyablement traqué et persécuté. |
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