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Wives

1975

(Hustruer). Avec : Anne Marie Ottersen (Mie Jacobsen), Katja Medbøe (Kaja Qvist), Frøydis Armand (Heidrun Iverson), Nøste Schwab (La mère de Kaja), Stein C. Thue (Ramus), Helge Jordal (Per), Sverre Anker Ousdal (Jon Jacobsen). 1h24.

Une quinzaine de femmes se revoient chez l'une d'elles à l'occasion d'une fête d’anciens élèves. Leur institutrice d'autrefois se rappelle difficilement de leur visage. Il y a là Mie, mariée, trois enfants, Heidrun mère d'une fillette de deux ans et Kaja enceinte de son deuxième enfant. Lorsque le mari rentre du travail c'est la fin de la fête et la dispersion des anciens élèves. Mie, Heidrun et Kaja décident néanmoins de se revoir.

C'est ainsi qu'un matin, elles prennent le petit déjeuner dans une cafétéria. Mie déclare souffrir d'une l'infidélité passée de son mari, Jon, mais n'envisage pas de divorcer. Ses deux amies la réconfortent et quand Heidrun fait mine de partir pour aller travailler, Kaja propose de téléphoner dans son usine de chocolaterie pour l'excuser. Elle la déclare souffrant de douleurs menstruellles mais il lui est répondu que  Heidrun devra obtenir un certificat médical sous les deux jours ce qui provoque une colère passagère de Heidrun, ainsi menacée de perdre son emploi. Elles se rendent à la piscine puis passent quelque temps, nues parmi d'autres femmes, dans un sauna. En se rhabillant, elles comparent leurs silhouettes trentenaires, plus aussi pimpantes qu'autrefois. Elles mettent leur argent et commun et déambulent joyeusement dans les rues même si Kaja redoute toujours de voir apparaître son mari. Elles font le marché pour déjeuner ensuite dans un parc. Alors qu'elles font une sieste, elles sont chassées de leurs bancs par deux policiers qui relèvent l'identité de Mie qui s'était révolté contre leur grossièreté.

Kaja les conduit ensuite chez sa mère qui est ravie de le voir arriver avec ses amies d'enfance et leur propose une collation. Mais Kaja n'est venue que pour lui demander de l'argent prétextant avoir oublié son porte-monnaie chez elle et s'irrite de se voir materner excessivement et conseillé du repos pour le bébé à naître. La mère de Kaja lui remet cependant volontiers le contenu de son porte-monnaie, y ajoutant même des billets du bocal réservés aux dépenses de la semaine. La mère confie enfin une volumineuse pendule en bronze à sa fille, héritage qui aurait dû lui revenir depuis longtemps dit-elle tout en l'estimant à un millier de florins.

Les trois femmes font des grimaces dans un photomaton et les clowns dans les rues. Refoulées une premières fois dans un bar, elles rentrent dans un deuxième et s'offusquent de se voir servies après les clients mâles. Toutefois, deux sympathique jeunes hommes, Ramus et Per, leur offrent à boire et leur proposent, plutôt que d'aller en boite ou parait-il l'entrée est chère, de passer la soirée avec eux dans une piaule qu'ils possèdent non loin et où ils les emmènent en voiture. Les trois femmes sont interloquées par la piaule de Ramus et Per qui est leur studio de photographie. Alors qu'ils veulent les prendre en photo, elles exigent d'inverser les rôles, jeu auquel ils se prêtent bien volontiers et avec humour. Quand vient le tour des filles, c'est en musique que Mie et  Heidrun dansent et enlacent leur partenaire en se laissant volontiers embrasser. Kaja, écarté de ces flirts par sa grossesse, inspecte l'atelier et découvre une poupée gonflable dont elle vient montrer les formes opulentes aux deux couples, détruisant immédiatement l'ambiance de séduction qui s'était installée.

Les trois femmes fuient et vont se réfugier dans un café. Mie et Heidrun reprochent à Kaja d'avoir cassé l'ambiance alors qu'elles ne cherchaient qu'à s'amuser et accusent sa soumission à son mari. Elles se réconcilient vite cependant alors que leur colère se dirige contre les hommes qui les retiennent prisonnières avec les tâches domestiques et les enfants. Leurs paroles heurtent un serveur qui exige qu'elles s'en aillent. Elles passent aux toilettes et s'enferment  derrière les trois premières portes disponibles tout en plaisantant sur le temps qu'elles passent assises sur les toilettes. Une femme plus âgée sort discrètement de la quatrième porte. Mie et Kaja sortent ensuite et s'inquiètent du silence de Heidrun qu'elles retrouvent endormie sur les toilettes.

Ragaillardies, les trois femmes vont harceler des hommes dans la rue, essayant de draguer des motards, ou des hommes de tous âges qui fuient devant leur demandes de prolonger la conversation sur un ton aussi direct. Elles vont se soulager à nouveau, cette fois derrière un buisson. Alors que la nuit tombe, Heidrun se penche dangereusement du haut d'une fontaine dans laquelle elle jette les dernières pièces de monnaie du trio. Quand ses deux amies tentent de l'empêcher de sauter; elle révèle qu'elle a menti au sujet d'un enfant qu'elle n'a pas et qu'elle vit séparée d'un mari qui la battait. Ses amies la réconfortent et alors qu'elles se demandent où passer la nuit, Mie les entraîne dans un appartement : c'est celui de son amant, souvent absent, comme ce soir-là, car soudeur en eaux profondes sur une plateforme pétrolière. Mie dit avoir été d'abord exaltée par cette rencontre passionnée mais souffrir depuis de son amour partagé entre son amant et son mari, Jon, qui s'est replié sur lui-même et ne lui oppose plus que du silence lorsqu'ils ne sont pas d'accord. Kaja se rengorge de n'avoir aimé qu'un seul homme mais ses amies ne tarde pas à lui faire comprendre qu'elle aussi est exploitée. Mie s'étant endormie, ses amies la portent sur le lit, Heidrun masse Kaja et elles s'endorment toutes les trois.

Au matin, Mie réveille ses amies en tenue de hockey, passion de son amant et ne la quitte pas durant le petit déjeuner où ses amies la moquent gentiment de ses ronflements de la nuit. Les trois amies veulent poursuivre leur escapade mais se trouvent à court d'argent. Heidrun propose d'aller chercher sa paie dans son usine de chocolaterie. Le chef du personnel l'attendait et lui reproche ses absences répétées et ses prétextes de règles douloureuses qui, d'après les femmes de son équipes (qui doivent compenser son absence), sont incohérentes. Il lui reproche aussi d'avoir soutenu une ouvrière espagnole enceinte lorsque l'entreprise l'a licenciée pour ne pas payer son congé maternité sans que le syndicat maison n'ait protesté. Si Heidrun a pu récupérer sa paie, elle est néanmoins renvoyée et éclate de colère devant son petit chef. Elle déclare partir sur le champ plutôt que d'attendre ses quinze jours de préavis.

Pendant ce temps, Mie et Kaja, assises sur des bancs, ont sympathisé avec trois SDF. Mais la situation dégénère bien vite quand la femme les accuse d'être des bourgeoises dociles à leur mari et que l'un des hommes tente d’embrasser Mie. Heidrun intervient sur ces entrefaites et emmène plus loin ses amies. Avec la paie de Heidrun, elles ont décidé d'une croisière en bateau mais il leur faudrait de nouveaux vêtements. Elles accompagnent alors Mie chez elle qui doit affronter Jon. Le couple se dispute sur leur infidélité respective et Jon exige de Mie reste à la maison pour s'occuper de leurs enfants, lui devant retourner travailler pour payer les factures et rembourser leur emprunt. Mari et femme se réconcilient pourtant et font l'amour alors que Kaja et Heidrun attendent dans l'escalier. Lorsque Jon décide de partir travailler, Mie ne lui en laisse pas le temps et s'enfuit avec ses amies, sans toutefois avoir pu prendre de vêtements.

Les trois amies embarquent sur un ferry et dansent sur le pont. Kaja est soudainement appelée par haut parleur chez le commandant. C'est son mari qui, inquiet, l'a déclarée disparue. Kaja indique au commandant de dire à la police qu'elle se porte bien et rentrera bientôt au domicile conjugal. Mie et Heidrun qui l'ont accompagnée la manquent à la sortie du bureau du commandant et la recherchent affolées dans les coursives avant de la retrouver effondrée dans leur cabine: c'est la première fois qu'elle doit affronter la police et la reprocher à ses amies. Elle se bourre de bonbons et de chocolats et c'est cette fois Heidrun qui se dispute avec ses amies, leur reprochant de dilapider son argent; Une nouvelle fois, les trois amies se réconcilient, heureuse que leur escapade le soustraient pour un temps à la domination masculine.

Heidrun a décidé de ne pas retourner chez elle et débarque lors d'une escale saluée par Mie et Kaja qui lui a donné son horloge en bronze. Mie et Kaja poursuivent leur voyage jusqu'à son terme et sont surprises et joyeuses de retrouver Heidrun qui les attendait à leur retour. Un carton signale que leur histoire n'est pas terminée mais que le film s'arrête là."

Trois femmes décident ne pas rentrer chez elles. Pendant trois jours, les trentenaires se libèrent de toutes contraintes quotidiennes et domestiques. Pas une révolution certes, mais un pas de côté. Et trois jours de fête et de déambulation, le temps de prendre conscience de leur situation individuelle.

Souvent présenté comme le pendant féminin de Husbands de John Cassavetes (1970), auquel il offre un point de vue radicalement différent, ce classique du cinéma norvégien des années 70 fut un véritable succès national.

Le film d’Anja Breien emprunte au cinéma-vérité et à l’improvisation. Les comédiennes ont composé leurs dialogues. Toutes trois venaient de jouer dans le cadre du Théâtre national d’Oslo une pièce au thème similaire, montée avec Anja Breien, inspirée conjointement d’une grève de travailleuses et de La Loi de Jante de l'écrivain Aksel Sandemose. À la fin de chaque représentation, un échange avec le public était instauré, où l’écart entre le féminisme éclairé des artistes et la perception de cette question par le public s’est avéré abyssal. C’est ainsi que Wives se présente comme un film féministe apaisé, quotidien. Un portrait joyeux de ce groupe d’amies en questionnement, et celui en creux, plus cinglant, de leur environnement. « C'était le premier film traitant des problèmes des femmes qui s'appuyait sur l'ironie plutôt que sur une austère mélancolie. C'était vraiment ce que les Danois appellent aujourd'hui un film Dogma, comme Festen de Vinterberg. » (Anja Breien, in Straight from the Heart : Modern Norwegian Cinema 1971-1999, Peter Cowie, Kom Forlag, 1999)

« “Le véritable thème de Wives, dit Anja Breien, est le conditionnement des rôles sexuels que nous sommes tous censés jouer – et nos attitudes conditionnées sont, évidemment, remises en question, comme il arrive fréquemment lorsque l'ordre habituel des choses est inversé.” […] Les trois jours de fête des femmes acquièrent une plus grande résonance à mesure que défilent dispute et expérience. Elles veulent s’échapper du territoire des hommes avec leurs privilèges, leurs libertés et leur manque fondamental de responsabilités domestiques. » (op. cit.)

Le film a été très remarqué au plan international, et a reçu des prix entre autres à Locarno et Chicago.

 

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