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Le Musée national Picasso-Paris présente, au rez-de-chaussée et au sous-sol de l’hôtel salé, une exposition consacrée à l’œuvre de Philip Guston. Conçue autour des dessins réalisés par Guston en écho au livre de Philip Roth : Our gang, l’exposition met en lumière les liens de la peinture de Guston avec la verve satirique, caricaturale de ses dessins inspirés par le Président Nixon et son administration.
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Au début des années vingt, Philip Guston est exclu de l’école d’art de Los Angeles pour avoir produit des images satiriques du corps enseignant. L’art ne cessera pour lui d’être l’outil d’un combat contre les figures d’autorité. Ses premières œuvres qui mettent en scène les exactions commises par les membres du KKK, sont vandalisées par les hommes cagoulés lors de leur exposition publique.
À la fin des années soixante, après avoir été un des protagonistes de l’école de New York, de la première avant-garde abstraite américaine, il fait scandale en revenant à une figuration inspirée de la bande dessinée.
En 1969, un écrivain en rupture de ban avec le milieu littéraire New Yorkais, Philip Roth s’installe à quelques maisons de l’atelier de Guston. L’écrivain vient d’entreprendre un ouvrage satirique qui met en scène le Président Nixon et son entourage (Our gang). Guston réalise plus de 80 dessins qui font écho au texte de Roth. Leur style, leur iconographie s’inspire des « planches » des Songes et mensonges de Franco réalisés par Picasso en 1937, de la causticité politique des dessins conçus par George Grosz pour le magazine Americana dans les années trente, de l’humour grinçant des planches de George Harriman qu’il admirait dans les quotidiens américains.
De la série des « Nixon Drawings » aux ultimes peintures de l’artiste, l’exposition du Musée Picasso mettra en lumière la porosité savamment entretenue par Guston entre la verve grotesque et caricaturale de ses dessins et la puissance expressive de sa peinture. Un transfert d’énergie s’y opère, nourri d’un humour noir qui confère à son œuvre une profondeur grinçante, faisant de lui une sorte de Kafka ou de Gogol de la peinture.
La Fondation Philip Guston et la fille de lartiste Musa Mayer, soutiennent généreusement l’exposition, et confient au musée l’ensemble de la série’ des Nixon drawings ainsi que nombre d’œuvres inédites.L’exposition a également bénéficié du généreux soutien de Renée McKee et F. X. et N. de Mallmann.
Commissariat de l'exposition : Didier Ottinger, Conservateur Général du Patrimoine. Joanne Snrech, Conservatrice du patrimoine, Musée national Picasso Paris
Salle 1 : Introduction
Philip Guston chez Pablo Picasso ? Comme nombre de peintres américains, Guston aurait pu rêver de ce prestigieux voisinage. Au début des années 1920, il découvre l’œuvre du peintre espagnol dans l’impressionnante collection d’art moderne de Louise et Walter Arensberg à Los Angeles, qui est ouverte aux artistes. Une révélation qui oriente durablement son œuvre de jeunesse.


Des années plus tard, en 1937, la peinture que Guston conçoit en réaction au bombardement de Guernica voisine avec la gravure Songes et mensonges de Franco que Picasso a envoyée à une exposition à New York, organisée par solidarité avec le peuple espagnol, pour la défense de la démocratie dans le monde. Figure reconnue et majeure de l’expressionnisme abstrait de l’École de New York, c’est, en partie, à travers le souvenir de la peinture et des dessins satiriques et grotesques de Picasso que Guston renoue de manière radicale, plus de trente ans après, avec la figuration.
À Woodstock où il s’est établi, il rencontre l’écrivain Philip Roth qui, après le scandale provoqué par la publication de Portnoy et son complexe (Portnoy’s Complaint, 1969), a lui aussi trouvé refuge dans la forêt des Catskill. Le peintre et l’écrivain partagent un même intérêt pour l’humour et le fantastique des romans de Nicolas Gogol, pour l’ironie sombre de Franz Kafka. De leur amitié naît un cycle de dessins inspirés à Guston par l’Administration Nixon et le pamphlet de son comparse, Our Gang. L’ironie mordante, la farce tragique de sa peinture redevenue figurative, résonne une fois encore avec le goût picaresque, avec la démesure comique que Picasso puisait, lui, chez Fernando de Rojas (auteur de La Célestine, 1499) et chez Cervantès.
Salle 2 : Murals
Encore étudiant à l’école d’art de Los Angeles, Philip Guston présente en 1931 une série de dessins dans lesquels il met en scène pour la première fois des membres du Ku Klux Klan, dénonçant le « lynchage judiciaire » des « Scottsboro Boys », neuf jeunes Afro-Américains accusés à tort de viol et condamnés à des sentences de prison et de mort disproportionnées. Un an plus tard, les muralistes mexicains José Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros sont en Californie pour y réaliser des peintures murales dont Guston suit chacune des étapes. Avec leur soutien, il obtient des autorités mexicaines la commande d’une vaste fresque, The Struggle Against Terrorism, magistrale mise en garde contre la montée des fascismes en Europe et aux États-Unis. Lorsque le gouvernement américain met en place un programme d’assistance aux artistes que frappe la crise économique (le Federal Art Project de la Works Progress Administration), Guston obtient la commande d’une série de peintures murales qui exaltent les vertus de la politique sociale du gouvernement fédéral. Indépendamment des formes qu’elle pourra dès lors adopter, la peinture de Guston conserve sa dimension politique et son engagement social.
Salle 3 : Nixon Drawings
Les divisions d’une Amérique encore ségrégationniste, les fractures provoquées par le conflit vietnamien de la fin des années 1960 provoquent, chez l’écrivain Philip Roth, l’efflorescence de ce qu’il nomme « une satire obscène et délirante qu’on a bientôt vue défier les sacro-saintes règles de bienséance ». Obscénité et satire se cristallisent dans son roman Portnoy et son complexe, publié en 1969, puis dans le texte, inspiré par les faits et méfaits du gouvernement Nixon qu’il met bientôt en chantier (Our Gang, qui paraît en français sous le titre Tricard Dixon et ses copains).
Fuyant New York pour échapper au scandale provoqué par Portnoy, Roth s’installe dans la petite ville de Woodstock. Il ne tarde pas à faire connaissance avec Philip Guston qui y habite depuis deux ans de façon permanente. Le peintre et l’écrivain partagent un même goût pour ce qu’ils nomment « the crapula », soit un intérêt pour les formes populaires et triviales. Témoin direct de la genèse de Our Gang, Philip Guston met en chantier une série de dessins qu’il regroupe sous le titre Poor Richard. Transformant le trente-septième président des États-Unis en une créature phalloïde, il se souvient des Songes et mensonges de Franco de Picasso.
Salle 4 : Au temps de l’Action Painting
Après avoir enseigné plusieurs années dans les universités du Midwest, Philip Guston retrouve New York en 1947. Il renoue aussitôt avec Jackson Pollock, son ancien condisciple de l’école d’art de Los Angeles qui, cette année-là, peint son premier dripping. Guston ne tarde pas à intégrer le groupe de peintres qui se rassemble à la Cedar Tavern de Greenwich village (Willem De Kooning, Mark Rothko, Pollock, notamment). Parachevant la mue abstraite de sa peinture, Guston devient un des piliers de ce qui est bientôt nommé « l’école de New York ». Guston partage l’intérêt que ses amis, les compositeurs John Cage et Morton Feldman, portent à la culture traditionnelle japonaise. Ses dessins et peintures s’inspirent de la calligraphie, autant que des « grilles » qu’il admire dans les œuvres de Piet Mondrian. Ses tableaux figurent dans l’exposition « The New American Painting » (1958), organisée par le Museum of Modern Art à New York, qui révèle à l’Europe d’après-guerre la peinture de l’expressionnisme abstrait made in USA
Salle 5 : « Un mandarin qui joue les crétins » (Titre de l’article que le critique Hilton Kramer publie dans le New York Times le 25 octobre 1970)
L’exposition rétrospective que le musée Guggenheim voue à l’œuvre de Guston en 1962 consacre la place éminente qu’il occupe au sein de l’école de New York. Après les décès de Pollock (en 1956), de Franz Kline (en 1962) et de Rothko (en 1970), Guston apparaît comme le dernier tenant d’une peinture par laquelle se sont affirmés l’indépendance et le leadership de l’art moderne américain.
Le choc n’en est que plus considérable lorsqu’en octobre 1970 Guston expose ses œuvres récentes montrant des personnages encagoulés, dans un style qui évoque celui de la bande dessinée. Ses tableaux récents venaient résoudre la schizophrénie dont Guston se reconnaissait affecté : « La guerre, les événements américains, la violence dans le monde. Quelle sorte d’homme étais-je donc, assis chez moi, lisant des magazines, m’indignant de ce qui se passait, et puis retournant dans mon atelier pour accorder un rouge et un bleu ? »
Salle 6 : Un monde tragicomique
Dans sa maison de Woodstock, Guston s’entoure d’images d’œuvres de Paolo Ucello et de Piero della Francesca. La « clarté » qu’il admire dans les peintures de Piero, la simple et monumentale prestance de ses figures, le chahut des batailles d’Ucello, celui des fresques de Luca Signorelli n’ont cessé de hanter ses peintures. Il trempe la dignité des maîtres anciens dans la soupe burlesque et pathétique de ses auteurs de prédilection. Originaire d’Odessa, comme l’est la famille de Guston, l’écrivain juif Isaac Babel, engagé dans la « cavalerie rouge » révolutionnaire, y côtoie les cosaques qui, quelque temps plus tôt, perpétraient des pogroms contre les communautés juives. Il traduit dans son roman Cavalerie rouge (1926) la tragicomédie d’une époque, dont les idéaux se fracassent contre les murs d’un réel dérisoirement prosaïque. Un mouvement double, d’élévation angélique et d’absurdité réaliste, qui anime les peintures de Guston.
Salle 7 : Œuvre ultime
En 1979, Philip Guston est victime d’une crise cardiaque qui lui impose de reconsidérer sa méthode de travail. C’en est fini pour lui des formats imposants par lesquels il entretenait le lien de sa peinture avec les fresques murales de sa jeunesse. Assis à sa table de travail, il entreprend une série d’œuvres sur papier dans lesquelles il récapitule les formes et les sujets de son art. Au temps où sa peinture était encore abstraite, il avait rêvé d’atteindre à la liberté, à la légèreté des peintures chinoises de la dynastie Song (960-1279) réalisées par des artistes qui, après avoir répété à l’infini le même geste, pouvaient créer une forme, pour laquelle l’esprit conscient semblait ne plus jouer aucun rôle. Dans cette série d’œuvres ultimes, produites l’année de sa mort, Guston atteint un état de grâce technique et iconographique. Les objets qu’il avait copiés sans fin pour entériner son passage à la figuration naissent sous son pinceau comme s’ils étaient dépeints par le premier homme, libre de tout modèle préconçu, émancipé de toute idée de l’art.

Source : dossier de presse de l'exposition