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En pleine guerre, en 1941, Guston peint Gladiators, tableau qui montre le combat de rue d'une bande d'enfants. La confrontation de couvercles de poubelles érigés en boucliers devient pour Philip Guston le symbole de la violence guerrière. Martial Memory, de 1941, en réinterprète le motif. Ces boucliers dérisoires envahissent les tableaux de Guston de la fin des années 1970. The Street les confronte aux figures stylisées des «martyrs» de toutes les guerres. Sur la ligne d'horizon, Guston fait avancer des araignées, ces gardiennes du temps qui, comme la Pénélope de l'Odyssée, disent l'inexorable retour, l'impossible oubli de ces épisodes dramatiques.
À l'instar de l'un de ses auteurs préférés, Samuel Beckett, Guston tire de la violence brute une œuvre à la fois grave, pathétique et drôle. Ici, le corps humain est réduit à un amas d'objets disparates : des jambes fragmentées à gauche, des poignets et des mains poilus au centre. Les mains brandissent des couvercles de poubelles en guise de boucliers, défendant le territoire derrière elles contre une armée de membres envahissants. « The Street » évoque la violence qui a secoué New York et le monde entier dans les années 1960 et 1970. Comme l'a dit Guston : « Au début des années 1960, je me sentais partagé, schizophrène. La guerre, ce qui se passait en Amérique, la brutalité du monde… Je savais qu'une voie se dessinait devant moi. Une voie très rudimentaire, encore inachevée. »