Le rouge et le noir
(Claude Autant-Lara, 1948)
Vanina Vanini
(Roberto Rossellini, 1961)
 

Henri Beyle, plus connu sous le pseudonyme de Stendhal, naît le 23 janvier 1783 à Grenoble. Stendhal aurait voulu consacrer sa vie à la rêverie, à la "chasse au bonheur", aux arts et à l'amour ; bien malgré lui, il a eu une vie mouvementée. Après la mort d'une mère trop aimée, il souffre d'une enfance étouffante à Grenoble auprès d'un père qu'il méprise et d'un grand-père qu'il adore. Il trouve refuge dans la littérature avant de partir de Grenoble, en 1799, pour aller étudier à Paris. En réalité, il s'est découvert une vocation, et abandonne ses études : il veut être comic bard, il rêve d'écrire des comédies. Ses cousins Daru le forcent à entrer au ministère de la Guerre. C'est ainsi qu'il est envoyé à Milan en mai 1800. Il découvre, émerveillé, en même temps la guerre, l'Italie, l'opéra, l'amour et le bonheur. Il ne cessera de retourner en Italie entre ses missions administratives. De tempérament timide et romanesque, souffrant de l'hypocrisie de la société de son temps, il invente pour lui-même une "méthode pratique du bonheur", le beylisme.

Perdant son emploi au moment de la chute de l'Empire, il se consacre à ses passions : l'Italie, la musique, la peinture. Il écrit un ouvrage dont on résume le titre en Vie de Haydn, Mozart et Métastase, puis il écrit Histoire de la peinture en Italie, dont il perd le premier manuscrit dans la Retraite de Russie, et Rome, Naples et Florence, journal de sensations plutôt que guide touristique. En 1819, son chagrin d'amour pour Matilde Dembowski lui fait écrire un traité, De l'amour, tentative d’analyse du sentiment amoureux, paru en 1822, dont à peine quarante exemplaires seront vendus. C'est à partir de 1827, à l'âge de quarante-quatre ans, qu'il se lance dans le roman, avec Armance, mal compris de ses contemporains ; puis c'est Le Rouge et le Noir, paru juste après la Révolution de Juillet 1830, qui lui confère une certaine notoriété, dont il ne profite pas, ayant été nommé consul à Civitavecchia par le gouvernement de Juillet. Malgré l'ennui dans lequel le plongent ses nouvelles fonctions, Stendhal ne cesse d'écrire : il commence des autobiographies (Souvenir d'égotisme, Vie de Henry Brulard) et des romans (Lucien Leuwen, Lamiel), qu'il n'achève pas. Lors de l'un de ses congés à Paris, il écrit La Chartreuse de Parme, qui suscite l'admiration d'Honoré de Balzac. Il meurt à Paris le 23 mars 1842, à la suite d'une crise d'apoplexie survenue en pleine rue quelques heures auparavant.

Ses romans de formation Le Rouge et le Noir (1830), La Chartreuse de Parme (1839) et Lucien Leuwen (inachevé) ont fait de lui, aux côtés de Balzac, Hugo, Flaubert ou Zola, un des grands représentants du roman français au xixe siècle. Dans ses romans, caractérisés par un style économe et resserré, Stendhal cherche « la vérité, l'âpre vérité » dans le domaine psychologique, et campe essentiellement des jeunes gens aux aspirations romantiques de vitalité, de force du sentiment et de rêve de gloire.

 



Oeuvres de Stendhal

1815 : Vies de Haydn, Mozart et Métastase
1817 : Histoire de la peinture en Italie
1817 : Rome, Naples et Florence
1822 : De l'amour
1823 : Racine et Shakespeare
1823 : Vie de Rossini
1825 : Racine et Shakespeare, II
1825 : D’un nouveau complot contre les industriels,
1826 : Souvenirs d'un gentilhomme italien
1827 : Armance ou Quelques scènes d'un salon de Paris
1829 : Vanina Vanini
1829 : Promenades dans Rome
1830 : Le Coffre et le Revenant
1830 : Le Philtre
1830 : Le rouge et le noir
1834 : Lucien Leuwen (écrit en 1834, il demeure inachevé par crainte de s’attirer les foudres du gouvernement de Juillet. Il ne sera publié qu'en 1894)
1836 : Vie de Henry Brulard (écrit en 1835-36, inachevé, publié en 1890)
1838 : Mémoires d'un touriste
1839 : La chartreuse de Parme
1839 : Chroniques italiennes : Vittoria Accoramboni, Les Cenci, La Duchesse de Palliano, L'Abbesse de Castro, Trop de faveur tue, Suora Scolastica, San Francesco a Ripa, Vanina Vanini
1840 : Idées italiennes sur quelques tableaux célèbres
1841 : Lamiel (Inachevé, publié en 1899)


Vanina Vanini
(1829)

Vanina Vanini, la fille de dix-neuf ans d'un aristocrate romain, Don Asdrubale Vanini, est courtisée par tous les jeunes princes de Rome, mais les refuse tous, pour «la même [raison] qui a conduit Sulla à abdiquer: son mépris pour les Romains. " Quand elle remarque que son père habituellement insouciant prend la peine de verrouiller une pièce de son palais, et qu'une fenêtre dans cette pièce qui est normalement fermée est ouverte, elle commence à enquêter. Elle voit une femme blessée allongée dans un lit, ainsi que des vêtements de femme tachés de sang. Elle observe son père parler à la femme, bien qu'elle n'entende pas ce que tous les deux se disent. Vanina est fascinée par la femme mystérieuse, et quand, un soir, la femme voit Vanina espionner, Vanina tombe à genoux et dit à la femme qu'elle lui est dévouée.

La femme, qui se donne pour nom Clementina, demande à Vanina de lui rendre visite tous les jours, mais de garder les visites secrètes de son père. Clementina ne souhaite pas l'aide d'un chirurgien, car les chirurgiens sont tenus de signaler les blessures qu'ils soignent à la police, mais Vanina propose de faire venir un chirurgien fidèle à la famille. La femme révèle alors qu'elle est en fait un homme, Pietro Missirilli, un carbonaro et le fils de dix-neuf ans d'un chirurgien de Sant'Angelo in Vado. Le groupe de Missirilli avait été pris en embuscade et il a été emmené enchaîné à Rome, mais après treize mois, il s'est échappé déguisé en femme. Cependant, en quittant la prison, dans un moment de folie, il frappa et tua un garde qui maudissait les carbonari, et fut poursuivi à travers Rome et blessé. Se retrouvant dans le jardin de la comtesse Vitelleschi, la maîtresse de don Asdrubale, il fut emporté dans la voiture de ce dernier. Don Asdrubale a ainsi sauvé sa vie, mais il se meurt de sa blessure. Cette nuit-là, un chirurgien arrive mais la fierté de Vanina a été blessée par les aveux de Missirilli, et elle ne veut pas le voir. La lutte entre l'amour et l'orgueil,cesse bientôt et finalement elle avoue son amour; peu de temps après, il n'y a «plus rien qu'elle puisse lui refuser».

Quatre mois plus tard, Missirilli a récupéré, et Vanina pense qu'il sera heureux de rester avec elle, mais il veut se venger et libérer l'Italie. Plusieurs fois, il projette de partir, mais elle le persuade de rester; elle lui propose de l'épouser, mais il refuse dans l'intérêt de la libération italienne. Sa noblesse le fait aimer davantage.

Missirilli se rend à Forlì en Romagne, où il est nommé chef d'un groupe de carbonari. Vanina le rejoint là-bas, donnant beaucoup d'argent et d'armes à son groupe; il est entièrement occupé par ses plans et son patriotisme. Elle ne parvient absolument pas à lui faire déclarer son amour, mais est trop fière pour le quitter, alors, via une ancienne servante, elle dénonce chacun des membres du groupe de carbonari de Missirilli, sauf Missirilli lui-même, aux autorités, espérant que cela le fera mettre fin à ses plans et lerapprochera d'elle.

Au lieu de cela, Missirilli se rend lui-même - il ne veut pas que ses compatriotes pensent, parce qu'il était le seul à ne pas être capturé, qu'il était le traître. Il demande à Vanina de le venger contre quiconque les a trahis, «même si ce doit être mon propre père». Vanina tente de gagner la liberté de Missirilli : elle demande à son prétendant Livio Savelli, neveu du gouverneur de Rome, de lui apporter des informations et de gagner des places dans la maison du gouverneur et à Castel Sant'Angelo pour deux de ses propres serviteurs, en disant que ce sont tests de la dignité de Savelli. Les peines des autres carbonari sont commuées par le pape en quelques années de prison, mais Missirilli est condamnée à mort.

Vanina entre dans la maison de Monseigneur Catanzara, le gouverneur de Rome, déguisé en homme, et le menace avec un pistolet, après avoir déchargé son propre pistolet avant de rentrer chez lui. Elle transforme la situation en une blague, une visite d'une dame à son futur oncle. Elle réussit à lui faire essayer de commuer la peine; outre sa persuasion, il est également motivé par la pensée qu'il est encore jeune et peut voir un jour où l'exécution sera une tache sur son caractère. Mgr. Catanzara obtient le pardon du Pape.

Lorsque Missirilli et les autres carbonari sont transférés dans une nouvelle prison, Vanina s'arrange pour le rencontrer dans une chapelle à minuit, où il sera enchaîné et en vue d'un geôlier, mais où leur conversation ne sera pas entendue. Vanina espère qu'il l'aime encore assez pour lui pardonner sa trahison. Missirilli exprime ses regrets pour leur liaison, pensant que ses malheurs sont une punition pour avoir une passion autre que la libération italienne. Il souhaite rester son ami, conseille à Vanina d'épouser Savelli et promet que l'argent qu'elle a donné à la cause sera remboursé lorsque l'Italie sera libre. Vanina lui donne ses bijoux et de quoi limer, ses chaînes, mais il lui demande de l'oublier, car il s'est engagé à mourir pour son pays. Vanina lui raconte avec colère tout ce qu'elle a fait pour lui sauver la vie; puis elle dit qu'elle a fait encore beaucoup plus par amour pour lui et révèle sa trahison. Missirilli, indigné, tente de la tuer avec ses chaînes, mais le geôlier se précipite et le retient. Il jette les bijoux qu'elle vient de lui donner. Peu de temps après, Vanina revient à Rome et épouse Livio Savelli.

1961. Roberto Rossellini : Vanina Vanini. Avec : Sandra Milo (Vanina Vanini), Laurent Terzieff (Pietro Missirilli), Martine Carol (La contesse Vitelleschi), Paolo Stoppa (Asdrubale Vanini). 2h07.

Rossellini change la conclusion de la nouvelle de Stendhal. Chez Stendhal, la princesse Vanina épouse le neveu du cardinal Savelli. Elle trahit ainsi son amour et retourne dans une société qui l'ennuie et qu'elle méprise. Dans le film de Rossellini, elle entre au couvent, elle reste fidèle à son amour et à elle-même.

De même que la fin est plus morale, plus ostensiblment tragique, Rossellini traite avec sérieux l'histoire d'amour entre la jeune princesse et le révolutionnaire. Il renonce ainsi à l'ironie très mordante de Stendhal envers ses personnages, notamment Vanina.

 


Le Rouge et le Noir
(1830)

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Première partie

(chapitre 1 à 3). Verrières, une petite ville de Franche-Comté, en 1830. Le maire, M. de Rênal, un ultraroyaliste engage Julien Sorel, le fils d’un charpentier, pour être le précepteur de ses enfants. (4-5) Le narrateur présente le charpentier et son fils Julien Sorel, une jeune garçon de 19 ans haï et méprisé par son père et ses frères. Julien Sorel est en effet un garçon d’apparence fragile et plutôt intellectuel. Il connaît le latin et a beaucoup lu, surtout des récits de la guerre napoléonienne : il voulait devenir soldat, mais se destine par ambition à devenir prêtre (6) Julien rencontre Mme de Rênal à l’entrée de la maison du maire. Il est intimidé et ébloui par cette femme jeune et belle. Mme de Rênal est quant à elle surprise par la jeunesse de Julien et se réjouit que Julien ne soit pas le précepteur sévère qu’elle imaginait. Julien donne sa première leçon aux enfants.(7-8) Mme de Rênal trouve Julien Sorel intrigant et l’admire, mais cet intérêt est innocent, et n’a rien d’amoureux. Pourtant, lorsqu’elle apprend qu’une femme de chambre, la jeune Elisa, souhaite épouser Julien, elle ressent de la jalousie. Julien refuse d’épouser la jeune Elisa et Mme de Rênal retrouve sa joie de vivre. Julien voit dans cet attachement de Mme de Rênal un moyen stratégique de s’élever socialement. Un soir, sous un arbre, il lui effleure la main, qu’elle retire aussitôt. Julien se promet alors de saisir cette main le lendemain. (9-10) Julien considère que séduire Mme de Rênal est un devoir : il s’oblige à prendre sa main le soir même, avant que ne sonne dix heures, ce à quoi il parvient. Mme de Rênal aide Julien à détruire le portrait de Napoléon caché sous son matelas et qui aurait pu le compromettre ( Napoléon est vu comme un tyran sous la Restauration, et être bonapartiste est très mal vu). Julien ne supportant pas quelques remontrances de M. de Rênal au sujet de l’éducation des enfants, il présente sa démission. Mais M. de Rênal, craignant que Julien parte chez Valenod, lui donne une augmentation pour le faire rester. (11) Mme de Rênal est séduite par l’attitude romantique et les idées révolutionnaires de Julien. Elle tombe amoureuse de lui malgré son attachement pour les valeurs du mariage… Pourtant, l’idée de tromper son mari la terrifie. Elle décide de se montrer distante vis-à-vis de Julien. (12-15) Julien obtient trois jours de congé et part voir son ami Fouqué. En chemin, il s’arrête dans une grotte dans les montagnes du Jura où il profite avec joie d’un moment de solitude. Son ami Fouqué lui propose de travailler avec lui, mais Julien ne souhaitant pas sacrifier ses idéaux, il refuse cette proposition pourtant avantageuse. Julien décide de devenir l’amant de Mme de Rênal mais s’y prend très maladroitement.Il va toutefois jusque dans sa chambre en pleine nuit, et devient véritablement son amant. (16-17) Mme de Rênal est partagée entre le remords et le regret de n’avoir pas connu Julien plus tôt. Julien, de son côté, reste méfiant, prenant conscience que Mme de Rênal appartient à un autre monde que le sien et qu’elle "a été élevée dans le camp ennemi ".Avec le temps, il oublie un peu son ambition, et vit de véritables moments de bonheur avec Mme de Rênal qui l’initie à l’amour mais aussi à la vie de la haute société de province. (18) Un monarque doit venir à Verrières et Mme de Rênal use de son influence pour obtenir pour Julien une place dans la garde à cheval. Le jeune homme se fait remarquer. Julien accompagne également l’abbé Chelan en qualité de sous-diacre. Il est ébloui par la cérémonie religieuse. (19) La maladie d’un des fils de Mme de Rênal réveille sa culpabilité car la jeune femme s’imagine qu’il s’agit d’une punition divine, mais cette crise augmente l’amour que Julien a pour elle. Pourtant, leur amour commence à s’ébruiter, et la rumeur vient jusqu’aux oreilles de M. de Rênal. Il reçoit une lettre anonyme (écrite par Valenod) qui dénonce l’adultère de sa femme. (20-23) Mme de Rênal décide de faire une fausse lettre anonyme l’accusant d’avoir une relation avec Julien. Elle remet cette lettre à son mari en feignant d’être indignée par cette accusation. Elle demande de faire partir Julien pour préserver sa réputation. Ce stratagème parvient à détourner les soupçons de son mari. L’abbé Chelan, pour protéger Julien, lui demande de partir au séminaire de Besançon, ce que Mme de Rênal accepte malgré son amour pour lui. (24-25) Julien entre au séminaire de Besançon où il est reçu en entretien avec le directeur, l’abbé Pirard, mais, sous le coup de l’émotion, il a un malaise pendant l’entrevue. (26) Julien souffre au milieu de ses camarades qui sont de grossiers paysans. Ne sachant pas manier l’hypocrisie comme les autres, il est rapidement pris pour cible par ses condisciples qui ne supportent pas son intelligence. Il est espionné par l’abbé Castanède et sa cellule fait l’objet d’une fouille, mais le directeur le protège. (27-30) Il revoit par hasard Mme de Rênal pendant une procession religieuse : Mme de Rênal s’évanouit. L’abbé Pirard aide Julien à quitter Besançon et à devenir le secrétaire du marquis de la Mole, un aristocrate parisien.Julien retourne à Verrières, de nuit, pour revoir Mme de Rênal et lui faire ses adieux. Bravant les risques, ils passent la nuit ensemble.

Seconde partie

 

(1-2) L’abbé Pirard donne des conseils à Julien avant sa présentation à l’hôtel de La Mole. Le marquis l’accueille bien. Julien aperçoit Mathilde, la fille du marquis, qui ne lui plaît pas. Julien fait très bonne impression devant le marquis grâce à sa mémoire et à sa connaissance du latin. (3-6) Le fils du marquis est accueillant aussi. Julien apprend l’étiquette très sévère de l’hôtel du marquis, mais un malentendu l’oblige à provoquer un chevalier en duel. M. de Mole trouve qu’il manie bien l’épée, et cela lui donne l’idée de dire que Julien est le bâtard d’un noble.Julien participe à des salons parisiens dont le conformisme l’ennuie et le met mal à l’aise. (7-9) M. de Mole est de plus en plus séduit par l’énergie et la culture de Julien Sorel. Pendant un bal donné à l’hôtel, Julien échange des propos passionnés avec le Comte Altamira : Mathilde trouve attirante cette éloquence qu’elle ne connaît pas. La jeune fille de 19 ans décide alors de conquérir Julien même si le jeune homme ne semble pas s’intéresser à elle. (10) Julien voit Mathilde porter le deuil de son ancêtre, Boniface de la Mole, amant de Marguerite de Navarre, qui fut décapité. Julien est impressionné et commence à s’intéresser à Mathilde. (11-12) Mathilde s’avoue qu’elle aime Julien, et à partir de ce moment, a l’impression de vivre plus fortement. (13-15) Mathilde déclare son amour par lettre à Julien, mais ce dernier se méfie : serait-ce un piège ? Ils échangent des lettres et Mathilde lui donne rendez-vous dans sa chambre en pleine nuit. (16-20) Julien retrouve Mathilde qui se donne à lui. Il est plus étonné qu’heureux, il a même l’impression étrange d’accomplir son devoir. Quant à Mathilde, elle est partagée entre son orgueil de jeune fille noble, et son amour : après avoir donné des preuves d’amour à Julien, elle devient distante et hautaine. Le lendemain, elle lui avoue : « J’ai horreur de m’être livrée au premier venu. » Son mépris désespère Julien qui songe même au suicide. Il décide de s’introduire de nouveau dans sa chambre en pleine nuit : les deux amants tombent dans les bras l’un de l’autre.Le surlendemain, Mathilde est de nouveau froide et méprisante. Au moment où elle paraît se détacher de lui, il tombe vraiment amoureux d’elle. Julien est tourmenté par son amour et est de plus en plus malheureux.(21-23) Julien devient l’homme de confiance du marquis de La Mole dans une conspiration politique. (24-29) Julien part à Strasbourg, où il reçoit des conseils de stratégie amoureuse du prince Korasoff. Pour mettre en application ces conseils et rendre Mathilde jalouse, il fait la cour à la maréchale de Feraques en lui envoyant une série de lettres. Le stratagème fonctionne : jalouse, Mathilde supplie Julien à genoux de l’aimer. (30-32) Julien essaie de garder ses distances avec Mathilde, mais cette dernière lui apprend qu’elle est enceinte. Mathilde l’annonce à son père par écrit et lui demande son soutien. (33-34) M. de La Mole est hors de lui, et Julien pense à se suicider plutôt que de se faire tuer par le père de Mathilde. Pourtant, Mathilde arrive à raisonner son père, et à le convaincre de la laisser épouser Julien. Le marquis l’anoblit : il devient le chevalier Julien Sorel de la Vernaye. Julien est fou de joie.(35-36) Mais Mme de Rênal, en apprenant ce mariage, envoie une lettre à M. de La Mole qui décrit Julien comme un séducteur sans scrupule. M. de la Mole annule le mariage. Furieux, Julien Sorel part pour Verrières, achète un pistolet et tire deux coups de feu sur Mme de Rênal. En prison, Julien écrit à Mathilde en lui conseillant d’épouser le marquis de Croisenois un an après sa mort. Il apprend que Mme de Rênal n’a été que blessée et en pleure de joie. Il espère son pardon et son amour. (37-40) En prison, Julien reçoit la visite de l’Abbé Chélan, de son ami Fouqué puis de Mathilde. Tous, et notamment Mathilde, multiplient les démarches pour le faire acquitter. La passion de Mathilde fatigue Julien. Mme de Rênal écrit aussi aux jurés pour tenter de sauver Julien. (41-42) Lors de son procès, Julien prononce un discours véhément qui accuse la société de le condamner parce qu’il est issu d’une classe sociale inférieure. Il se présente comme « un paysan qui s’est révolté contre la bassesse de sa fortune« . Il est condamné à mort. Mathilde le supplie de faire appel à cette sentence, mais il refuse. (43-44) Julien reçoit la visite de Mme de Rênal qui lui pardonne son geste. Ils pleurent ensemble et partagent des moments heureux. (45) Julien est décapité. Dans la voiture qui suit le corbillard, Mathilde garde la tête de Julien sur ses genoux (comme Marguerite de Navarre l’a fait pour son amant). Mme de Rênal, elle, meurt de désespoir trois jours après, en embrassant ses enfants.

1954. Claude Autant-Lara : Le rouge et le noir. Avec : Gérard Philipe (Julien Sorel), Danielle Darrieux (Mme de Rênal), Antonella Lualdi (Mathilde de La Mole), Jean Mercure (Marquis de La Mole), Jean Martinelli (M. de Rênal), Antoine Balpêtré (L'abbé Pirard), Anna-Maria Sandri (Elisa), André Brunot (L'abbé Chélan), Claude Sylvain (Amanda Binet), Georges Descrières (M. de Croisenois). 1h53.

 


Lucien Leuwen
(1834)

1832, durant le règne de Louis Philippe. Lucien Leuwen, jeune polytechnicien, est chassé de son école car il est soupçonné de sympathies républicaines pour avoir été aux funérailles du général Lamarck. Son père, richissime banquier parisien, lui permet de devenir lieutenant, ce qui l’amène à partir pour Nancy où il s’ennuie. Pour se distraire, il fréquente l'aristocratie ultraroyaliste dont le ridicule l’amuse. Il tombe amoureux de Madame de Chasteller, jeune veuve légitimiste. Le docteur Du Poirier met au point un plan visant à décourager cet amour. Lucien revient à Paris, désespéré, auprès de sa mère. L’influence de son père lui offre le poste de secrétaire du ministre de l’intérieur, Monsieur de Vaize. Sa fonction l’amène à participer aux truquages des élections législatives en Normandie. Les élections à la Chambre constituent le point d'inflexion de sa carrière puisqu'il échoue à faire élire un ultra au détriment du candidat républicain finalement victorieux. À son retour de mission, Lucien assume la responsabilité de la défaite auprès de sa hiérarchie tandis que son père, candidat tardif à la députation, revient auréolé d'une légitimité électorale dont il va profiter pour constituer un groupe de députés fidèles. Dans la clameur parlementaire, M. Leuwen attaque le ministre de l'Intérieur et défend ainsi l'honneur bafoué de son fils. Par ses discours pleins d’esprit à l'Assemblée, son influence s’accroît. Même si lui-même est désabusé, il se plaint à sa femme : « on me dit influent mais je n'ai vraiment aucune idée vraiment à moi ». Par ambition pour son mari, Madame Grandet la femme du receveur général, tente de séduire Lucien, insensible à ses charmes, avant d'en tomber sincèrement amoureuse. Leuwen père meurt, ruiné. Le roman s’interrompt lorsque Lucien doit partir pour Rome.

1973. Claude Autant-Lara : Lucien Leuwen. Téléfilm. Avec : Bruno Garcin (Lucien Leuwen), Nicole Jamet (Bathilde de Chasteller), Antonella Lualdi (Madame d'Hocquincourt), Jean Martinelli (Leuwen père), Jacques Monod (Docteur du Poirier), Mary Marquet (Mme de Marcilly), Marcelle Arnold (Mme de Serpierre), Nicole Maurey (Mme Leuwen), Jean Lanier (Colonel de Saint-Mégrin). 4x1h40.

 


La Chartreuse de Parme
(1839)

En 1821, après 3 ans d'études ecclésiastiques, Fabrice del Dongo revient à Parme rejoindre sa jolie tante la duchesse Sanseverina, qui tombe amoureuse de lui. Mais le jeune homme ignore ce sentiment et cherche ailleurs ses aventures galantes; une idylle avec une cantatrice se termine par un duel. Puis Fabrice poursuit une ingénue comédienne. Mais il est attaqué par le directeur de la troupe, qu'il tue. Il est arrêté en cherchant à traverser la frontière pour passer en Lombardie. Transféré à la citadelle de Parme, il est enfermé à la tour Farnèse et condamné à 12 ans de prison. Clélia Conti, la fille du gouverneur de la prison tombe amoureuse du beau prisonnier. Ils communiquent grâce à la complicité du geolier. Clélia réussit à faire échouer la tentative d'empoisonnement dont le comte Mosca, amoureux de la duchesse et jaloux de Fabrice, est l'auteur. Elle jure d'épouser le marquis Creszenzi, un parvenu que son père lui destine malgré elle, si Fabrice est sauvé.Grâce à la duchesse, Fabrice s'évade. Apprenant les noces de Clélia, il arrive à Parme le soir du mariage. La duchesse de son côté épouse le comte Mosca. Désespéré, Fabrice part finir ses jours dans la Chartreuse de Vellejà.

 

1948. Christian Jaque : La chartreuse de Parme. Avec : Gérard Philipe (Marquis Fabrice del Dongo), María Casares (Duchesse Gina de San Severina), Louis Salou (Prince Ernest IV), Lucien Coëdel (le directeur de la Police Rassi), Enrico Glori (Gilletti), Renée Faure (Clelia Conti), Louis Seigner (Grillo), Attilio Dottesio (Ferrente Palla). 2h50.


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