Présente

Kijû Yoshida partie 2 : contre le mélodrame

coffret Kijû Yoshida contre le mélodrame chez Carlotta-Films

Coffret 4 DVD, 5 films. DVD1 : Histoire écrite sur l'eau. DVD2 : Le lac des femmes. DVD3 : passion ardente / L'amour dans la neige. DVD 4 : Flamme et femme

Editeur : Carlotta-Films, avril 2008. Nouveaux masters restaurés. Langue : japonais. Sous-titres : français.

Bonus DVD :

 

Kijû Yoshida qu'est-ce qu'un cinéaste ? (2008)

Portrait de Kijû Yoshida, un homme que le cinéma a façonné. Construit en quatre époques, il montre le questionnement permanent du cinéaste sur son art, relayé par les témoignages de critiques et de cinéastes japonais et français : Mariko Okada (actrice et productrice), Shiguéhiko Hasumi (historien du cinéma), Shinji Aoyama (cinéaste), Jean Douchet et Mathieu Capel (historiens du cinéma), Charles Tesson et Antoine de Baecque (critiques de cinéma).

Né à Fukui, Kijû Yoshida est bien sûr marqué par la guerre. La lecture de La nausée de Jean-Paul Sartre l'incite à s'inscrire en philosophie à l'université mais son père, inquiet pour son avenir, le décide à préférer les lettres. Il doit cependant renoncer à tout diplôme lorsque son père perd la vue. Il trouve alors un emploi dans l'industrie cinématographique en plein essor et qui lance une campagne de recrutement. Il se fait connaître en publiant avec Nagisa Oshima des scénarios dans une revue interne au studio de la Shôchiku et devient l'assistant de Keisuke Kinoshita.

Au Japon, la nouvelle vague désigne l'effort particulier du studio de la Shôchiku pour lancer de nouveaux réalisateurs sur le style de la nouvelle vague française. Il s'agit alors de contrer la Nikkatsu, beaucoup plus engagé dans les films sur la jeunesse. Oshima tourne deux mois avant Yoshida mais leurs films sortent ensemble pour former les débuts de la nouvelle vague japonaise.

Pendant que Yoshida est en Europe, Evasion du Japon sort amputé de la dernière bobine. Yoshida rompt avec la Shoshiku comme Oshima après Nuit et brouillard au Japon et fonde sa propre maison de production avec Mariko Okada qui quitte aussi les studios dont elle est la vedette pour suivre son mari dans son entreprise de cinéma indépendant.

Cette période 1965-1968 est habituellement appelée celle des anti-mélodrames. Yoshida récuse ce terme en disant qu'il ne s'agit pas de films où les femmes sont des objets sur lesquels on porte un regard mais des films fait à partir de femmes qui regardent.


Pour Antoine de Baecque, la période qui s'ouvre ensuite avec Eos plus massacre et qui se terminera en 1973 avec coup d'état est marquée par des films où les hommes sont marqués par l'esprit de l'ancien japon-patriarcale, soumis au gouvernement e à l'empereur alors que les femmes représentent la modernité.

C'est l'opposition de l'éros intérieur et de la violence politique symbolise par l'empereur, l'état et le paternalisme dans la famille.

En 1878, Yoshida, épuisé par les 94 épisodes de Beauté de la beauté, arrête le cinéma. Il fait un voyage au Mexique et y reste cinq ans. Il tire un livre de cette expérience : Mexique métaphore heureuse. Plusieurs projets de films avortent ensuite et Yoshida ne revient au cinéma qu'en 1986.

Pour Charles Tesson, Promesse, Les hauts de Hurlevent et Femmes en miroir constituent une trilogie autour de la mort (mort des parents ou de l'être aimé) avec la famille comme lieu central dans Promesse et Femmes en miroir

Promesse a pour sujet l'euthanasie, Les hauts de Hurlevent est un anti-film de fantôme où l'on parle de nécrophilie, d'inceste et de mort. Lorsque Charles Tesson avait rencontré Yoshida avant ce film il avait cité la phrase de Bataille: "De l'érotisme, il est possible de dire qu'il est l'approbation de la vie". Le film reflète ce
goût de l'interdit et des tabous

Femmes en miroir est un film autour de la bombe atomique et il a été difficile de rassembler les financements. Yoshida s'est attelé à cette tâche de dépasser l'impossibilité de représenter en étant expressif sans expressionnisme, sans excès, sans baroque comme Kurosawa.

La séquence de l'enfant vu en ombre chinoise est une réflexion sur le souvenir, le cinéma et la mémoire : l'ombre de la jeune femme c'est celle de l'enfant qu'elle fut mais c'est aussi l'enfant qu'elle aura.

La réconciliation par le cinéma est acquise par la représentation, la réunification de soi à travers quelqu'un qui n'est pas soi, qui est une ombre projetée. La mère et la fille sont aussi éblouies par la lumière qu'il faut pour voir l'ombre, lumière aveuglante qui est aussi un écho de Hiroshima.

Chez Yoshida, le cinéma s'exprime au travers d'un évènement historique couplé à un drame familial où la transmission se fait souvent selon l'axe mère-fille.

Retour