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Mon oncle

1957

Thème : Urbanisme

Avec : Jacques Tati (Monsieur Hulot), Jean-Pierre Zola (Charles Arpel), Alain Becourt (Gérard), Adrienne Servantie (Mme Arpel), Lucien Frégis (Monsieur Pichard), Adelaide Danieli (Madame Pichard), Dominique Marie (la voisine), Yvonne Arnaud (Georgette, la bonne), Betty Schneider (Betty, la fille de la concierge). 2h00.

Des immeubles en construction où des ouvriers travaillent. Au petit matin, dans les rues mouillées de pluie dans la petite ville de Saint-Maur dans le Val-de-Marne, des chiens font les poubelles et le chiffonnier remplit sa charrette. Les chiens suivent le teckel des Arpel, couvert d'un petit gilet noir et rouge, qui rejoint la toute nouvelle citée résidentielle de ses maîtres. Là, madame Arpel en tenue de ménagère dit au revoir à son mari en costume, non sans lui avoir apporté cigarette, briquet, chapeau et attaché case. M. Arpel sort la voiture du garage pendant que Gérard, son fils, l'attend cartable à la main. Mme Arpel enlève mécaniquement la poussière sur le cartable, la voiture et agite son chiffon plein de poussière pour leur dire au revoir.

M Arpel emmène Gérard à l'école puis rejoint l'usine Plastoc dont il est le directeur. Le chiffonnier de la ville a déposé ses vieux objets dans la décharge de l'usine et s'en revient vers la ville où le soleil a séché les routes.

Sur la place du marché, le balayeur discute indéfiniment ; une femme achète une salade en observant les signes du marchand assis à la terrasse du café M. Hulot lit les nouvelles sur le journal accroché à un étal. La fille de la concierge laisse tomber deux tomates et le marchand s'en prend à Hulot alors que son poisson dans le sac menace le chien sous l'étal. Hulot, en rentrant chez lui, offre des fruits à la fille de la concierge, Betty. Il s'interroge sur le bruit provoqué par l'ouverture de sa fenêtre : c'est l'oiseau en cage qui chante quand il bénéficie du reflet du soleil. Hulot bloque la fenêtre dans la position où le reflet du soleil sur lui. Il ressort et accepte le bonbon collant de Betty.

Hulot va chercher son neveu à l'école. Les écoliers s'amusent à faire croire aux automobilistes qu'ils ont été emboutis par la voiture qui les suit. Le stratagème fonctionne deux fois avant qu'ils ne soient dénoncés par une automobiliste. Celle-ci se fait ensuite défoncer l'arrière de sa Dauphine sans s'en apercevoir, croyant à une nouvelle plaisanterie des enfants. Elle arrive chez les Arpel où la maîtresse de maison met en marche le jet d'eau avant d'ouvrir et lui fait visiter sa demeure "où tout communique". Hulot qui laisse Gérard jouer avec amis ramène néanmoins celui-ci à la maison mais, voyant le jet d'eau en place préfère s'éclipser. Gerard est sommé de dire bonjour à la visiteuse, Madame Dubreuil.

Le soir, Arpel arrive à la nuit tombé et ne veut pas du jet d'eau elle lui montre leur fils faisant ses devoirs alors qu'il a percé un trou dan son livre pour ménager un jet d'eau à la baleine comme tous les soirs à la même heure l'émission télévisé du professeur Platov. Aujourd'hui, "à vous de réfléchir"

Le lendemain. Hullot voit de son balcon, le marchand de légumes peser des pamplemousses pour une cliente et tenter de réparer son pneu crevé. Il s'apprête à emmener Betty en ville sur son solex mais elle préfère suivre le jeune cycliste.

Charles Arpel demande à un collègue PDG d'embaucher Hulot. Celui-ci accepte en lui indiquant qu'il devra se présenter à Mme Meunier cheffe du personnel. Charles Arpel téléphone alors à son beau-frère dans son QG, le café Chez Margot, au 24 à Saint-Maur, où la musique est très forte, afin qu'il se rende immédiatement à l'usine. Arpel étant parti, Le PDG reçoit deux autres hommes d'affaires et constate en décrochant son téléphone que la musique du café se continue : Hulot pressé de se rendre au rendez-vous, n'avait pas raccroché le téléphone. Son départ précipité est commenté par le balayeur. En arrivant, Hulot marche dans le plâtre. Il nettoie ses chaussures et laisse des traces de pas sur le bureau. En les examinant, la secrétaire croit qu'Hulot est monté sur le bureau pour l'observer se rafraîchissant dans les toilettes dont la fenêtre surmonte le bureau. Hulot est éconduit sans qu'il en comprenne la raison.

La voisine vient sous prétexte de rendre le ballon de Gérard : Mme Arpel lui fait visiter sa maison, tout juste terminée et où "tout communique", le salon où trône un vase Dubroc, l'air conditionné partout, le canapé conçu à l'usine du mari, plutôt dur; Dans la cuisine le steak change de côté sur commande est arrosé. Appel arrive chez lui, voit le jet d'eau et rajuste sa cravate. Il offre une locomotive à son fils et s'amuse plus que lui à en imiter le mouvement. la voisine se plaint d'être "seule dans sa grande baraque".

Charles Arpel est appelé au téléphone où on lui apprend le comportement supposé de Hulot. Il est excédé par l'échec de Hulot mais s'apprête à déjeuner quand arrive Hulot. Le jet d'eau étant éteint pour lui. Hulot offre un pantin de Charlot et un sifflet à Gérard. La boisson colorée servie ne lui convenant pas, il va dans la cuisine chercher un pichet d'eau mais a du mal à comprendre le fonctionnement automatisé des placards et tiroirs... qui s'ouvrent seul en s'approchant. Il admire la capacité du pichet à rebondir et présage faussement que le verre en fera autant. Il casse en tombant au sol et Hulot déplace au pied les éclats de verre. Mme Arpel conciliante est contente que Hulot, désormais libre, puisse s'occuper de leur fils qui s'en réjouit. Il l'emmène en solex pendant que Charles prend son café seul .Les copains de Gérard, jamais en mal d'une bêtise, fond une sorte de barrage pour accumuler l'eau le long d'un trottoir, le propriétaire qui s'en aperçoit les chasse mais se fait arroser par une voiture qui passe et bientôt par Hulot sur son solex. Celui ci s'arrête pour discuter avec lui et l'inévitable balayeur pendant que Gérard le délaisse afin de s'amuser avec des garnements qui, tout en mangeant des beignets au sucre, parient sur leur possibilité de faire se cogner les passants contre un réverbère en les sifflant inopinément, quitte à corriger "les erreurs d'aiguillage". C'est evidemment Hulot qu'une passante piégée réprimande qaund il vient chercher Gérard.

Hulot a laissé Gérard s'amuser et ses parents s'inquiètent. Charles se met en colère quand Hulot arrive trouvant qu'il prend toute l'affection de son fils alors que c'est lui qui paie la maison et son éducation. Gérard, fatigué et abreuvé des beignets peine à manger son œuf. Pour calmer son mari, Mme Arpel lui fait remarquer qu'il manque d'un foyer. Elle a pensé à leur voisine qu'ils observent depuis leur chambre tondre sa pelouse et envisagent de l'inviter dimanche.

C'est dimanche et tout le monde est bien habillé. Chez Margot, on va boire un verre, le facteur, le balayeur, Gaston chargé d'arroser les géraniums par sa femme, le pêcheur, le boucher.... La concierge appelle Hulot pour sa chemise repassée. Il éclaire l'oiseau de sa voisine, Betty lui tourne autour. Le marchand s'en va; il livre des oranges aux Arpel qui ont engagé Georgette. Le vendeur est perplexe sur le jet d'eau, la voisine est prise pour un marchand de tapis. Gérard rejoue le coup du lampadaire pour M Pichard, le fidèle collaborateur de Charles qui offre des fleurs en plastique "des fleurs qui se gardent"; elles sentent le caoutchouc s'amuse sa femme. Arrivent les Walter. Gérard a cassé une branche des arbres fruitiers bien taillés et Hulot tente d'égaliser les autres branches à coups de sécateur pendant que Walter et Arpel parlent des cours de la bourse. Arpel fait part à Pichard de son intention d'embaucher Hulot dans son usine.

Mme Arpel place la voisine à côté de Hulot. Hélas, celle-ci est choquée des plaisanteries d'Hulot qui faisaient pourtant rire aux éclats madame Pichard. Hulot plante violemment un porte verre récalcitrant dans le jardin ce qui provoque une fuite dans le tuyau qui alimente le poisson jet d'eau. Le dévoué monsieur Pichard, se démène pour régler le problème pendant que les invités changent sans cesse de place. Walter se blesse à la jambe et, un cavalier étant venu chercher la voisine avec son chien, celui-ci achève de mettre le désordre. Hulot fixe sa laisse à la boucle d'oreille de la voisine. Tout le monde repart. Hulot revient à la nuit tombée finir de tailler l'arbre fruitier, il dévisse la porte en partant.

Le lundi, Arpel conduit son fils en voiture et la femme fait entrer subrepticement des ouvriers chargés de monter la nouvelle porte du garage, cadeau d'anniversaire de mariage.

Charles a la désagréable surprise de voir sa place réservée occupée par Hulot. Son chien le devance et tous en l'apercevant se remettent au travail devançant l'arrivée du patron. Hulot qui transportait des dossiers s'arrête pour le caresser et est surpris jouant avec le chien. Charles reçoit un client qu'il confie à Pichard pendant qu'il va prendre livraison de sa nouvelle voiture très colorée. Hulot se montre incapable d'arrêter la machine lorsque celle-ci fait des bulles dans le tuyau ou des resserrements qui donnent l'impression d'une longue chaîne de saucisses... Ce qui fait rigoler tous les ouvriers qui cherchent ensuite à cacher ces produits défectueux autant de Pichard et de son client que de Arpel signant pour sa nouvelle voiture, cadeau de mariage dont il veut faire la surprise à sa femme. Pendant ce temps Hulot sur sa charrette va chercher Gérard à l'école.

Mme Arpel est impatiente de l'arrivée de son mari maintenant que la porte de garage automatique est en place. Charles est en effet ravi et montre les clés de la nouvelle voiture. Ensemble, ils pénètrent dans le garage mais Dacky, le teckel, tête haute, traverse le rayon lumineux et enferme les Arpel dans le garage même s'il repasse au travers du rayon lumineux, il ne tient pas sa tête assez haute pour l'ouvrir. Les Arpel font appel à Georgette qui se dit longtemps effrayée du rayon électrique mais se décide enfin à le franchir pour libérer ses patrons.

Un ouvrier et Hulot tentent de cacher les tuyaux défectueux dans un terrain vague, mais dérangeant un couple d'amoureux, s'en retournent. Ce n'est qu'à la nuit qu'ils jettent les tuyaux dans la rivière mais  le couple d'amoureux assis sur un banc en contrebas, Marinette et Roger, croit à un suicide : Roger se jette à l'eau. Une poursuite s'engage près du café Chez Margot et Hulot, prêt au combat, frappe M. Léon. Tout le monde se réconcilie en entrant chez Georgette. Gérard,  resté dehors, tente de conduire la carriole. Tous repartent dans la carriole en chantant dans la nuit; Hulot a laissé son manteau à Roger. Ils passent devant le Rington où les Arpel dînnent. Lorsque les Arpel rentrent le soir, ils voient le désordre provoqué par Hulot rentré tard avec leur fils et Charles décide que "trop c'est trop" même si sa femme pense qu'il est seulement jaloux. Il décide qu'il sera représentant en province.

Le matin, Mme Arpel remet le canapé en place et lance l'aspirateur automatique. Gerald, qui la croyait présente, se précipite vers elle puis, déçu, s'en retourne. Charles ne peut parler à sa femme dans sa cuisine suréquipée et emplie de bruits de même qu'il ne l'entend pas du fait du bruit du rasoir. Charles en retard se précipite pour partir avec son fils. Sur le chemin, ils passent devant des ouvriers qui abattent de vieilles maisons.

Charles se gare avec difficulté devant chez Hulot pendant que Gérard grimpe chez son oncle l'aider à prendre ses affaires. Betty dont Hulot s'aperçoit qu’elle est devenue une belle jeune fille, regrette son départ, tout comme sa mère d'ailleurs. Sur le chemin de l'aéroport, Hulot jette l’allume-cigare que lui proposait Charles de la même manière qu'il avait jeté ses allumettes. Arrivé à l'aéroport, Hulot est pris dans le ballet incessant des voyageurs. Charles et son fils sifflent Hulot qui a encore dû oublier quelque chose. Le sifflement fait se détourner un passant qui se cogne au réverbère. Gérard est content que son père se déride à cette occasion et met sa main dans la sienne. Ils se réconcilient ainsi pour leur plus grande joie.

Jour de fête décrivait un pittoresque et harmonieux village, sorte de paradis perdu, et Les vacances de M. Hulot, un temps de vacances, superficiellement égratigné par des bourgeois étriqués. Mon oncle est le film de la transition entre l'univers du rêve et de la flânerie et celui, géométrique et fonctionnel, du monde moderne dont Playtime chantera la poésie paradoxale.

Emblématique de la coexistence de ces deux mondes, le plan, qui revient à plusieurs reprises, marquant la frontière entre le vieux Saint-Maur et la ville nouvelle qui se construit à sa périphérie. Au premier plan, le fragile mur en ruine que Hulot pend soin de ne pas détruire l'oblige à des contournements et l'antique lampadaire. Au second plan, les arêtes droites des nouveaux immeubles et le lampadaire moderne.

Dans l'ancienne ville de saint Maur, chacun prend le temps de vivre et l'harmonie règne. La cliente négocie par gestes le prix des salades avec le marchand attablé au café "Chez Margot". Lorsque Hulot se fait réprimander pour les tomates tombées du cageot par la faute de la fille de la concierge, il ne réprimande ensuite pas celle-ci comme on pourrait d'abord le croire mais lui offre des fruits du marché. Il coince la fenêtre pour éclairer l'oiseau qui, dès lors, se met à chanter. Il accepte la discussion avec le cantonnier, indécrottablement bavard.

Dans la ville moderne, l'inéluctable flèche du progrès a fait son œuvre comme l'indique le petit avion de la voiture qui lui sert d'emblème où le marquage des routes qui se termine presque toujours par une flèche. Tout est fonctionnel avec pourtant quelques défauts parfois (la porte du garage, la fuite du jet d'eau). Dans cette société qui a fait de la transparence, de l'évidence et de la communication les valeurs essentielles, Hulot vient apporter ses grains de sable. Il finira par en être lui-même victime ne comprenant pas ce que croit avoir vu la secrétaire ou Charles Arpel quand il est le seul à ne pas faire semblant de travailler lorsqu'apparait le chien du patron.

Les bruits redoublent cette séparation. D'un côté, le chant de l'oiseau, les aboiements des chiens, le trottinement du cheval ; de l'autre, le claquement des portes, les ordres aboyés et le trottinement de la secrétaire sur les dalles.

Oscar du meilleur film étranger en 1958.

Jean-Luc Lacuve le 31/05/2011.

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