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Irène Wagner dirige l'usine de produits pharmaceutiques que son mari Albert a créé avant la guerre et dont il pilote le laboratoire de recherche. Elle est sur le point de rompre avec Erich, son amant, quand une femme l'accoste au sortir de sa voiture et menace de tout révéler de cette liaison à son mari. C'est Johanna Schultze, une ancienne maîtresse d'Erich, bien résolue à se livrer à un chantage en règle. Irène croit pouvoir se débarrasser d'elle en lui versant 5 000 marks.
Irène et Albert partent pour le week-end retrouver leurs enfants de 10 et 8 ans, Bobby et Freda qui vivent à la campagne dans leur résidence secondaire sous la houlette de domestiques dirigés par la vieille gouvernante Martha, l'ancienne nourrice d'Irène quand sa famille habitait la Suède. Ils arrivent avec comme cadeaux un fusil pour Bobby et un lapin en peluche pour Freda qui, mécontente, aurait voulu le même cadeau que son frère. Le matin ils partent pour la pêche dans la rivière mais Bobby se plaint que son fusil a disparu. Albert prouve assez facilement à Freda qu'elle est la seule à avoir pu dérober le fusil ce que la fillette, butée, finit par admettre. Comme son frère se moque d'elle, ils sont punis tous les deux. Mais Irène obtient la clémence d'Albert prétextant que c'est d'autant plus difficile d'avouer une faute auprès des gens qu'on aime le plus.
Le lundi, Irène voudrait rompre le soir même avec Erich mais la secrétaire lui apporte deux billets pour le concert d'un pianiste célèbre pour lequel son mari à réservé deux places. Lors du concert, Johanna se glisse dans la loge d'Irène et, profitant d'une absence d'Albert, lui dérobe sa bague. Pour expliquer la disparition du bijou, Irène s'enferre dans le mensonge.
Mais cette situation fausse lui pèse. Elle va dès le matin rendre visite à Erich pour exiger qu'il lui donne l'adresse de son ancienne maîtresse pour récupérer sa bague de diamants. A l'hôtel où elle est censée loger, une femme qui se prétend l'amie de Johanna lui dit qu'elle se fait appeler Luisa Vidor et gagne sa vie en dansant dans des cabarets.
Luisa attend au bord d'une route. C'est Albert Wagner qui arrive en voiture pour lui commander de convoquer à nouveau sa femme et exiger 20 000 marks pour qu'elle lui restitue la bague. Luisa trouve ce jeu trop dangereux et exprime de la pitié vis à vis de Irène.
Irène a du mal à se concentrer au travail et attend impatiemment l'appel de Luisa. Elle déjeune à la cantine avec son mari et des scientifiques qui expérimentent un poison mortel rapide et sans douleur. Luisa lui donne rendez-vous au cabaret kleinen fishe. Le soir, Irène refuse de payer et menace de dénoncer Luisa de recourir au chantage. Luisa avoue alors que c'est son mari qui la torture ainsi. Elle avait tout révélé à son mari au début de l'aventure d'Irène avec Erich, espérant le récupérer. Après c'est Albert qui a tout manigancé.
La découverte de ce complot achève de bouleverser Irène, qui tente de se suicider en s'injectant un poison dans le laboratoire de l'usine d'Albert. Celui-ci survient à temps pour prévenir l'issue fatale. Albert lui demande pardon d'avoir organisé cette comédie du chantage,afin de l'obliger à confesser sa faute et implorer son pardon. Le couple réuni s'avoue mutuellement son amour.
Rossellini souhaitait explorer la reconstruction de l'Allemagne d'un point de vue à la fois matériel et moral, dix ans après avoir réalisé son précédent film allemand, Allemagne, année zéro. Le film est empreint de noirceur, avec des aspects qui rappellent Hitchcock et l'expressionnisme allemand.
En adaptant la nouvelle de Stefan Zweig, Rossellini lui a apporté quelques changements majeurs : le mari n'est plus avocat mais scientifique et ce n'est pas lui mais son épouse Irène qui dirige l'entreprise, une femme d'affaires accomplie et sûre d'elle-même, très éloignée de la femme craintive décrite par Zweig.
Albert veut faire avouer à sa femme sa faute tout comme ila fait avouer sa fille Freda. Mais les jeux d'adultes sont plus dangereux, et la tragédie menace. Tout le long du film on note l'attente de l'aveu tend Albert revient sans cesse à la charge depuis la première phrase dans le laboratoire : Chaque poison est l'antidote d'un autre.
Rossellini tourna deux versions de La peur, une allemande (Angst) et une internationale (Fear). Elles diffèrent dans le choix des prises et le montage. La scène de théâtre de La Bohême de la version allemande a été remplacée par un concert de piano. La première version italienne (La paura) correspond à la version internationale. Elle fut ensuite redistribuée sous une version plus courte, Non credo più all'amore (1h15). La restauration de 2014 par la cinémathèque de Bologne correspond à la version internationale (Fear) réalisée à partir du négatif de Non credo più all'amore et deux contretypes combinés d'époque d'un positif et d'un autre négatif. Ils ont servi de référence pour la reconstruction du montage. la bande-son a été restaurée à partir d'un positif son d'époque.
Jean-Luc Lacuve, le 17 novembre 2025