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23 Septembre 2025, Gianina, jeune Roumaine, travaille comme employée de maison dans une famille bourgeoise bordelaise, les Donadieu. Sa patronne l'a aiguiller pour répéter le soir avec une troupe de théâtre de la faculté de Lettres le rôle de Célestine dans une adaptation du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. C'est un migrant, Kalil, qui joue Mr Rabour, le fétichiste. Au quotidien, Gianina s’occupe de Louen, le fils de ses employeurs, tandis que Maria, sa propre fille grandit loin d’elle, en Roumanie sous la garde de sa grand-mère, Bunica.
En octobre, Maria se plaint d'être battue à l'école et aimerait venir en France. Gianina la calme en promettant de venir pour Noël. Sur scène, Gianina joue l'épisode avec Mr Georges, fortement sexualisé. Les metteuses en scène aimeraient qu'elle joue nue; ce que Gianina n'est pas prête à faire. Elle est aussi interrogée sur la phrase ajoutée par Bunuel dans son film à propos des juifs roumains tués. Elle ne sait rien de l'antisémitisme roumain.
Gianina envoie une vidéo d'elle jouant au foot avec Louen mais quand elle essaie de joindre Maria, celle-ci boude. Pour la calmer, Gianina promet de ne plus s'occuper de Louen ayant assez de tâches à faire dans la maison. Lors de la réception d'amis, les Donadieu se montrent très fiers de leur employée de maison qui raconte de si belles histoires à leur fils. Ils la convoquent comme témoin de leur dispute. Gianina vole un billet de 50 euros tombé d'une étagère.
Sur scène, Gianina donne la réplique à Kalil qui interprète le capitaine Mauger se vantant de manger de tout, même son cher furet. Au café, une étudiante craint que la scène déplaise aux défenseurs des animaux. Gianina s'amuse de cette prudence qui n'est pas de mise en Espagne où elle travailla dans un abattoir ou en Roumanie où on tue les chatons quand ils sont nuisibles. Maria pleure la nuit, sent que son père ne reviendra jamais et compte les jours qui la sépare du retour de sa mère.
Mi-novembre, Gianina raconte à Louen, l'histoire du prince auquel son père promit, pour qu'il arrête de pleurer dans le ventre de sa mère, "jeunesse sans vieillesse et vie sans mort". A quinze ans, le prince exigea la réalisation de ce vœu et parcourut le monde pour le trouver. C'est ainsi qu'il fit connaissance de trois fées dont il épousa la plus jeune. Elles lui firent promettre de ne pas se rendre dans la vallée des larmes mais, un jour qu'il poursuivait un lapin, il s'y aventura par mégarde. Il fut alors pris de nostalgie et voulu revoir ses parents. Il ignora la mise en garde des fées et promit de revenir. Sur le chemin, il vieillit et ne trouva que ruines. Il ne trouva qu'un petit coffre. Quand il l'ouvrit, il entendit la voix affaiblie de la mort qui lui dit qu'elle avait failli mourir d'avoir tant attendue.
Gianina prend en photo les mascarons de Bordeaux. Mme Donadieu lui reproche le conte de fée roumain qui a fait pleurer leur fils. Elle s'enquiert aussi de ses congés, du 22 décembre au 4 janvier.
Décembre. Au théâtre, Gianina apprend que Kalil est en cours d'expulsion avec sa famille.Pour remplacer Kalil, c'est Ilinca qui joue Joseph égorgeant cruellement le poulet. En Roumanie, Marie, pleine d'espoirs du retour prochain de sa mère, fait un bonhomme de neige pour le retour de sa mère.
Le 16 décembre, la mère de Pierre, Anna, se casse la jambe, le 18 elle est chez eux. Le 20, les Donadieu demandent à Gianina de repousser son départ, le temps de leurs vacances au ski. Elle négocie pour leur retour le 1er janvier. Le 21, Pierre lui remet une compensation financière et aimerait plus d'optimisme dans les contes roumain; ne serait-il pas mieux que "le petit bilboquet" ne se casse pas et soit réparé ? Le 23, Maria prend très mal le report du retour de sa mère.
Le 24 décembre, Gianina passe le réveillon avec Anna qui avoue que, dans sa jeunesse, elle idolâtrait Ceausescu. Il était avec les non-alignés, avec la Palestine, contre l’apartheid. Elle réalisa son erreur avec la révolution de décembre 1989. Mais Gianina et beaucoup d'autres sont nostalgiques de celui qui voulait le bien du peuple. Anna raconte son mai 68, son engagement derrière Sartre, Foucault, les maoïstes. Mais la journaliste Marceline Loridan-Ivens rapporta la parole de Zhou Enlai qui voulait que les étudiants retournent à leur université. Gianina est en colère car Maria ne répond pas le 24 au soir.
Le 25, Gianina et Anna regardent Le père Noël a les yeux bleus à la télévision quand Gianina reçoit un appel de sa mère : Maria a fait une tentative de suicide par empoisonnement. Gianina appelle immédiatement les Donadieu afin de pouvoir rentrer d'urgence en Roumanie. Cependant, les nouvelles de Maria sont meilleures : elle est rentrée de l'hôpital et semble sortie d'affaires. Pierre a trouvé une solution pour rester en vacances: Maria et Bunica vont venir passer quelques jours à Bordeaux avec Gianina...qui s'en montre ravie.
Le film se présente comme une variation autour du roman éponyme d'Octave Mirbeau (1900). S'il ne s'agit pas vraiment d'une quatrième adaptation après celles de Jean Renoir (1946), Luis Bunuel (1964) et Benoît Jacquot (2015), le film s'en approche toutefois par ses cinq extraits théâtraux.
Fidèles à l'esprit corrosif de Mirbeau, ce sont aussi les segments du film les plus proches de l'habituel expressionnisme du metteur en scène alors que par ailleurs la photographie est particulièrement soignée, magnifiant Bordeaux et les couleurs et éclairages de Noël. Il ne s'agit pourtant pas d'un conte de Noël tant chacun (bourgeois, intellectuels de gauche, théâtreux, immigrée ou sdf) semble incapable de comprendre les préoccupations des autres classes sociales.
Une quatrième adaptation de Mirbeau
Quatre larges extraits du roman sont transposés sur scène (une pratique courante) dans un expressionnisme radical (décor dépouillé rendant toute leur force à la lumière et aux rares accessoires : bottines, balaie, furet en peluche), Radu Jude excelle à faire ressentir la pourriture petite bourgeoise de province d'autrefois et la sexualité exacerbant la sexualité débridée de Célestine. Gianina en est-elle consciente lorsqu'elle joue l'avant-dernière place de Célestine chez la vieille bretonne frustrée, assez loin du texte de Mirbeau ?
Au total ces répétitions donnent un rendu fidèle à l'esprit de Mirbeau jusqu'au nom des Donadieu variation sur celui des Lanlaire que Célestine trouvait ridiculement comique dans le roman. Il y a jusqu'à la forme même du journal qui est évoquée avec le journal vidéo que Célestine filme pour sa fille.
Le roman de Mirbeau et ses adaptations : |
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Octave Mirbeau (1900) |
Renoir (1946) |
Bunuel (1964) |
Jacquot (2015) |
Jude (2026) |
| Célestine | Paulette Godard |
Jeanne Moreau |
Léa Seydoux |
Ana Dumitrascu |
| Tenue d'un journal | Oui |
Non |
Non |
Vidéos pour sa fille |
| 1900 | 1900 |
1928 |
1900 |
2025 |
| flash-back | non |
non |
oui |
oui, pièce |
| Le Prieuré à Le Mesnil, Normandie | Oui |
Oui |
Oui |
Bordeaux |
| Mme Lanlaire, frigide, avare, maniaque | Non frigide, possessive |
Mme Monteil |
frigide, avare, maniaque |
Mme Donnadieu |
| M. Lanlaire, pauvre, coureur | oui mais burlesque |
M. Monteil se réconcilie avec Mauger |
M. Lanlaire, pauvre, coureur |
M. Donnadieu |
| M. Rabour, fétichiste | Non |
Père de Mme Monteil |
joué par Kalil |
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| Georges, poitrinaire | Fils des Lanlaire, ne meurt pas |
Non |
Oui |
joué par Kalil |
| Capitaine Mauger reste seul | Burlesque, meurt |
chasse Rose, épouse Célestine, soumis |
Capitaine Mauger reste seul |
joué par Kalil |
| Marianne | déplacée sur Louise |
Oui |
Oui |
Non |
| Rose | Oui mais burlesque |
Oui |
Oui |
Non |
| Joseph | Laquais ambitieux |
Antisémite |
Joué par Ilinca |
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| Vol de l'argenterie | échouée puis cédée |
Non |
Oui |
Non |
| Viol de Claire | Non, Joseph tue Mauger |
Oui, métaphorisé |
Vu en rêve |
Non |
| Départ avec Joseph | Non |
Non |
Oui |
Non |
| Triomphe de Joseph | Non, il meurt lynché |
Oui |
Possible |
Non |
| Ambiguïté de Célestine | Non |
Non |
Oui |
Non |
| Anarchisme, nihilisme | Libération |
Annonce la menace |
Non |
Non |
Invention du cinéaste |
Le bal du 14 juillet |
La "preuve" de Célestine
contre Joseph |
Le dialogue initial ? |
la 5e représentation |
Références à des films plus anciens |
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Les réminiscences cinéphiles
Il est fait un clin d'oeil érudit au Journal d'une femme de chambre de Bunuel avec la phrase qu'il a ajouté au texte de Mirbeau quand Joseph se félicite de l'assassinat de juifs en Roumanie en 1928, année où Bunuel a transposée le roman :
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La cinéphilie de Radu Jude explore une large palette allant de la nouvelle vague avec Marie Rivière, icône pour ses rôles chez Eric Rohmer et l'extrait du Père Noël à les yeux bleus au court extrait du Nosferatu de Murnau situé dans la Transylvanie roumaine
Les pointes d'histoire.
L'antisémitisme roumain, la révolution de décembre 1989 et la décapitation Ceausescu le jour de Noël, la maltraitance dans les écoles en Roumanie contemporaine, le passé esclavagiste de Bordeaux dont gardent trace ses mascarons que Gianina écorche en mascarpone mais non sans une intelligence politique dont elle ne cesse de faire preuve en méprisant ses patrons avec lesquels elle n'entretient aucune empathie.
La cruauté à l'oeuvre
Dangers permanents, poses acrobatiques de Gianina au ménage, vol d'un billet de 50 euros, l'enfant allant à l'école voisine sur un chemin détrempés de pluie alors qu'un lourd camion menace les enfants en carriole à cheval. Comme avec Kalil, le danger ne vient pas de là où on l'attend.
Ilinca est surtout en colère de voir ainsi détruit le concept de théâtre social qui consiste à travailler avec des migrants pour les aider. Elle dit s'appuyer sur Le Théâtre de l'Opprimé, écrit par le praticien de théâtre brésilien Augusto Boal qui décrit un ensemble de formes théâtrales à partir des années 1970.
La vanité des bons sentiments, thème si cher à Luis Bunuel : le sdf ne reçoit jamais l'aumône qu'il sollicite (au début, en passant devant le tram, au café, le jour de Noel); aveuglement des maoïstes; Les contes roumains ne se finissent jamais bien. Neuf minutes pour "jeunesse sans vieillesse et vie sans mort" sur des images de la campagne roumaine d'aujourd'hui; la fin du film reste par ailleurs plus ou moins ambiguë.