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(Dong dong de jia qi). Avec : Wang Chi-Kuang (Tung-Tung), Li Shu-chen (Ting-Ting), Mei Fang, Gu Jun, Lin Xinling. 1h33.



Dans un lycée de Taipei, une jeune diplômée dit son émotion de quitter ce lieu qu'elle aime depuis six ans. Son discours est couvert par les chants des élèves.
Dans l'hôpital de Taipei, Tung-Tung et sa sœur, Ting-Ting, viennent dire au revoir à leur maman hospitalisée. Elle leur prodigue ses conseils pour bien se conduire chez leur grand-père qui va les accueillir le temps de son opération et de sa convalescence. Son mari, Hwei-cheng, confie les deux enfants à son jeune frère, Chang-min qui, avec sa petite amie, Pi-yung, va les conduire chez son père à la campagne.
Sur le quai de la gare, Tung-Tung dit au revoir à un camarade de classe qui part aussi chez son grand-père. Ting-Ting est prise d'une envie de faire pipi mais il n'est plus temps de revenir en gare. Tung-Tung avertit néanmoins son oncle que sa sœur de peut faire pipi lorsque le train est en marche. Ils foncent aux toilettes mais les secousses du train empêchent Ting-Ting de faire pipi et c'est en sortant, penaude, qu'elle mouille sa culotte. Son oncle lui en donne une de rechange qu'elle exige de choisir. Chang-min a acheté un chemisier à Pi-yung et celle-ci est heureuse de le porter. Elle descend au premier arrêt et Chang-min la raccompagne puis revient vers le train car elle a oublié sa valise de vêtements. Mais avant qu'il ne revienne, le train a démarré.
Les deux enfants descendent à la gare de la ville de leur grand-père. Tung-Tung décide d'attendre le retour de leur oncle afin que celui-ci ne soit pas réprimandé par son père. En attendant, Tung-Tung joue avec sa petite voiture télécommandée, attirant tous le regards des garçonnets qui jouent sur la place. Ils posent une tortue face à la voiture et s'amusent de voir combien Tung-Tung la manie habilement pour contrer l'avancée de l'animal. C'est alors que surgit Chang-min, soulagé de retrouver ses neveux. Tung-Tung a échangé sa voiture contre la tortue tant et si bien que le groupe de garçonnets vient le relancer sous sa fenêtre alors qu'il vient juste de s'installer chez ses grands-parents.
Tung-Tung et Ting-Ting suivent le groupe de garçons là où ils ont l'habitude de se rassembler et il est sollicité par tous pour échanger ses jouets contre des tortues. Comme il n'a qu'un avion en plastique, Tung-Tung décide d'une course pour départager les possesseurs de tortues. Tung-Tung est ainsi aussitôt intégré à la petite bande de garçons. Ils vont se baigner dans la rivière, nus ou en caleçon. Tung-Tung exige ainsi que sa petite sœur ne les regarde pas. Ting-Ting s'éloigne mais, discrètement, s'empare des vêtements des garçons et les jette dans le cours de la rivière. Si bien que les garçons, sortis précipitamment de l'eau à cause de bouses de vaches flottantes, ne tardent pas à s'en apercevoir. Et c'est couverts de branchages qu'ils rentrent chez eux au grand déplaisir de leur parents. L'un deux ne rentre pas et ses parents viennent s'en inquiéter auprès des grands-parents. Tung-Tung, qui souffre de maux de ventre après la baignade dans ses eaux insalubres, explique que le garçon est parti à la recherche de sa vache qui descendait le cours de la rivière. Une expédition le long de celle-ci est organisée jusqu'à ce que le garçon, allongé sur un pont, soit retrouvé.
Les enfants jouent à glisser sur le parquet de l'étage où se trouvent les chambres. Le bruit importune le grand-père médecin et il n'a qu'à monter pour que son regard calme les enfants. Plus tard, il fait répéter un poème à son petit-fils puis met un disque d'une musique ancienne et lui montre un album de photos. Tung-Tung écrit à ses parents qu'il est dérangé par le bruit des criquets et du train mais n'a pas le temps de s'ennuyer.
Les enfants jouent dans les champs, dans les arbres ou chassent les papillons. Ils s'éloignent quand "Dim-ma", qui passe pour folle et potentiellement agressive, vient fleurir un petite temple puis s'assoit pour fumer et regarder une tortue. Les enfants sont déjà partis regarder un homme prendre des oiseaux dans ses filets dressés au milieu d'un champ. Ils suivent l'oiseleur dans une petite maison qui se révèle être celle de Dim-ma, et lui volent un oiseau dans sa cage. A peine se sont-ils éloignés qu'ils voient le père de Dim-ma rentrer à la maison et découvrir l'oiseleur avec sa fille. Le père poursuit l'oiseleur en lui infligeant nombre de coups de bâtons sous le regard stupéfait des enfants.
Examinée par le grand-père, le village sait désormais que Han-tzu, méchamment surnommé "Dim-ma", est enceinte de trois mois. Par ailleurs, les informations sur la mère des enfants ne sont pas bonnes : l'opération est repoussée car elle est trop faible pour la supporter.
En se promenant, les enfants observent deux voleurs détrousser deux camionneurs endormis après leur repas. L'un des voleurs a levé une grosse pierre au-dessus de sa tête, prêt à l'abbatre si l'un des camionneurs se réveillait. Plus tard, Tung-Tung les croise dans la rue alors qu'il s'en va jouer au billard avec son oncle. Celui-ci voit les regards amoureux de Pi-yung sur lui. Il s'éloigne avec elle, laissant Tung-Tung jouer tout seul. C'est alors que le grand-père est appelé pour soigner un homme blessé à la tête. Tung-Tung alerte la grand-mère en disant connaître les responsables de cette agression mais, par deux fois, la grand-mère l'oblige à se taire et ne pas se mêler de cette affaire.
La mère de Pi-yuan vient se plaindre au grand-père et sa femme. Sa fille est enceinte des œuvres de Chang-min. Celui-ci, confus, se cache, pendant que la mère égrène ses récriminations. Elle connaît la relation des deux jeunes gens depuis longtemps mais avait renoncé à venir leur en parler tant sa fille les disait accaparés par leur clinique. Elle exige le mariage des enfants. Chang-min est vu par le grand-père au travers de la vitre et il s'empresse de le poursuivre avec un bâton mais est bien moins rapide que lui. A défaut, il s'en prend à son scooter et le chasse de sa maison.
Tung-Tung va jouer avec ses amis. Ils refuse que Ting-Ting, qui a avoué le jet des vêtements dans l'eau, ne les suive. Tung-Tung enjoint ses amis de courir pour semer la petite fille qui ne se laisse pas faire et court après eux, mais elle trébuche. Tung-Tung, quand même inquiet à son sujet, ne la voit pas derrière eux alors qu'un train approche à grande vitesse. C'est Han-tzu qui se précipite au prix de sa vie pour retirer in extremis Ting-Ting des rails, serrant contre elle la petite fille au passage du train. Elle la charge ensuite sur son dos, ramassant le ventilateur dont elle ne se sépare pas, puis ramasse son pauvre sac et son parapluie. C'est utile car il pleut et les enfants ne peuvent que suivre de loin Han-tzu déposer Ting-Ting devant chez elle.
Chez le grand-père, les hommes tiennent conseil. Faut-il laisser Han-tzu avoir un enfant et ne faudrait-il pas la stériliser ? Son père s'emporte : un enfant serait bénéfique à la santé mentale de sa fille. Pendant ce temps, Tung-Tung surprend sa grand-mère qui va donner de l'argent en secret à Chang-min. Il accompagne ensuite celui-ci chez lui. Il vit dans un petit appartement avec Pi-yung. Il souhaite l'épouser mais n'a pas le consentement de son père et donc pas l'argent que lui suppose sa belle famille.
Le mariage a pourtant lieu mais devant notaire seulement et Tung-Tung est le seul membre de la famille à y assister. Il écrit à sa mère sa tristesse de voir ainsi maltraité son oncle. Lorsqu'il va chez lui une nouvelle fois, il surprend les deux voleurs attablés. Il s'enfuit mais est vite rattrapé par eux. Pi-yung se précipite au devant de Chang-min pour que celui-ci intervienne avant que son neveu ne soit rossé. Chang-min délivre Tung-Tung mais exige que celui-ci taise la présence de ces deux voleurs chez lui : il a passé sa jeunesse avec eux et se sent le devoir de les aider à fuir. Tung-Tung ne l'entend pas ainsi et révèle l'affaire à son grand-père qui fait arrêter les voleurs chez son fils. Mais ceux-ci se sont déjà envolés et seul Chang-min est arrêté. Continuant à se taire, Chang-min est emprisonné.
C'est la fête en ville et les pétards d'artifice embrasent les rues. Ting-Ting voit un oiseau blessé tombé du nid et le porte plein d'espoir à son frère qui la dédaigne et déclare l'oiseau mort, bon pour être emporté par le courant. Ting-Ting préfère emmener l'oiseau auprès de Han-tzu qui le cajole dans ses mains et, un peu follement, veut le remettre dans un nid. Celui qu'elle choisit est haut perché et elle tombe rudement de l'arbre. Les grands-parents reçoivent de très mauvaises nouvelles de leur belle-fille. Elle a fait une allergie à l'anesthésie et ne se réveille pas de l'opération. Tung-Tung observe sa grand-mère pleurer, se préparant à partir à Taipei aider son fils en cas de décès. Alors qu'il accompagne sa femme à la gare, le grand-père est appelé d'urgence pour soigner Han-tzu tombée de l'arbre. Ting-Ting, son mouton en peluche sous le bras, vient observer la convalescente et refuse de partir lorsque le grand-père le lui ordonne. C'est Tung-Tung qui la traîne jusque dans sa chambre.
Le père de Han-tzu en veut au grand-père de ne pas avoir réussi à sauver l'enfant de sa fille et plus encore de ses conseils de la rendre stérile. Qui s'occupera d'elle en effet lorsqu'il sera trop vieux pour en prendre soin ? Tung-Tung attend près du téléphone l'appel de son père qui doit donner des nouvelles cruciales de sa maman. Le lendemain, il écrit qu'il s'est endormi et que sa grand-mère, contrairement à sa promesse ne l'a pas réveillé mais il est heureux que sa maman aille bien. Il dit être surpris que le grand-père ait payé la caution de son fils sans prévenir personne. Il dit commencer à s'ennuyer et voudrait que son père ne tarde pas à venir le chercher.
Le grand-père finit par se rendre chez son fils. Celui-ci souffre d'hémorroïdes.
Le père vient chercher les enfants en voiture. Ting-Ting regrette de ne pouvoir dire au revoir à Han-tzu qui s’éloigne sur un chemin, perdue dans son monde. Sur la route, Tung-Tung fait arrêter la voiture pour dire au revoir à ses amis qui se baignent dans la rivière. Il promet de revenir.


Inspiré des souvenirs de Hou Hsiao-hsien, le film est replacé dans un contexte contemporain. Il est à la fois très incarné dans le présent du jeu des enfants, saisis de près, et déjà empreint du souvenir lorsque la scène est filmée en plan général, découvrant l'ensemble de la scène comme pour en figer le souvenir. Le procédé se remarque dès l'ouverture où, au discours en gros plan de la lycéenne, succède celui des centaines d'enfants entonnant un chant d'au revoir avant que ne débutent les vacances d'été. Pareillement, après la baignade dans la rivière, Hou clôture la scène par un plan large, image-souvenir. Lorsque le grand-père montre la photo dans l'album du temps de l'occupation japonaise, il met un disque patriotique dont le son se perpétue sur les enfants qui jouent sur un arbre dans la campagne comme si ce plan était amené à figurer dans l'album du souvenir.
La lumière constante de l'été mais aussi les deux poésies récités par Tung-Tung à son grand-père où il est question d'éloignement "kilométres après kilométres" concourent aussi à figer ces quelques mois dans une nostalgie de l'enfance.
Si l'image-souvenir est ressentie par le spectateur, ce n'est pas le cas pour Tung-Tung qui vit pleinement au présent, saisi dans son quotidien le plus insouciant. Il ne voit pas certains faits, le viol de Han-tzu, ou les découvre après coup, les larmes de la grand-mère. Les drames ne sont pourtant pas loin. Tung-Tung voit que la franchise n'est pas toujours récompensée : empêché de dénoncer les voleurs par la grand-mère, il s'empresse de le faire lorsqu'il les surprend chez son oncle, qui lui avait lui aussi demandé de ne pas le faire. Mais cela n'aboutit qu'à l'emprisonnement, certes momentané, de son oncle.
La tragédie rôde aussi parfois. Ting-Ting aurait été tuée sans l'intervention courageuse de Han-tzu. Si l'initiation à l'âge adulte est surtout valable pour le garçon, qui commente sa vie par ses lettres à ses parents, sa petite sœur est attachante dans son obstination a refusé d'être une victime et sa complicité sans lendemain avec Han-tzu qui s'éloignera sans qu'elle puisse lui dire au revoir.
Jean-Luc Lacuve, le 14 janvier 2026.