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(Dé)colonisations : des artistes africains interrogent l’histoire

Mémorial de Caen

du 20 mai au 11 novembre 2026

Pour la première fois, le Mémorial de Caen présente une exposition dédiée à l’Afrique subsaharienne, à son histoire et à ses artistes. À travers une soixantaine d’œuvres remarquables, tant par leurs esthétiques que par leurs messages, le musée souhaite aborder l’histoire coloniale et postcoloniale, vue par les artistes africains. Ces peintures, photographies, sculptures, textiles et films explorent un travail de mémoire et de refondation historique mené dans le respect des différences géographiques, politiques, culturelles, religieuses et linguistiques.

C'est la photographie de Omar Victor Diop, Thiaroye, 1944 qui s'impose comme affiche et panneaux introductifs à l'exposition.

Dans le couloir qui mène à l'exposition sont proposés cinq autoportraits de la série Diaspora de Omar Victor Diop

 

En préambule à l'exposition est présentée une fresque très pédagogique sur les principales cultures de l'Afrique, de - 4000 jusqu'à la Traite esclavagiste du XVe au XIXe puis les décolonisations difficiles depuis lors.

 

Déployé sur deux étages, le parcours de l’exposition s’articule autour de cinq thèmes

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Panneau didactique : L'exposition (Dé)colonisations : des artistes africains interrogent l'Histoire présente, à travers près de 80 œuvres - peintures, sculptures, vidéos et photographies -, une réflexion sur la colonisation et ses conséquences depuis une perspective africaine.

Après une longue période de déni, l'actualité se penche désormais davantage sur ce « passé qui ne passe pas ». Toutefois, la parole est encore trop rarement donnée aux artistes qui sont pourtant les porte-voix des nouvelles générations.

Dans notre monde en pleine mutation, ces créateurs et créatrices contribuent à construire des récits historiques plus justes et de nouvelles mémoires collectives.

Ils transgressent les frontières issues de la colonisation et s'attachent à déconstruire les mythes qui cernent encore le continent africain. Leur champ d'action est le monde, et leurs messages ont une portée universelle.

Marie-Claire MESSOUMA MANLANBIEN, 1990, Paris, France
Map, Hair, and Razorblade, 2023. Raphia, cheveux, cuivre, éponges à cheveux. Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris).

Lucie KAMSWEKERA, 1942, Goma, République démocratique du Congo
(Ex-Congo belge)
Non à la corruption, 2022. Toile de jute, fils de laine. Collection Fondation Gandur pour l'Art, Genève
Époque Coloniale, 2022. Toile de jute, fils de laine. Collection Fondation Gandur pour l'Art, Genève

 

1. Les soldats africains dans les guerres

Omar BA 1971, Saint-Louis, Sénégal
Sans titre 2011, huile, crayon, graphite et encre de Chine sur carton ondulé collection Fondation Djabé (2017), Dakar

Roméo MIVEKANNIN 1986, Bouaké, Côte d'Ivoire
Tirailleurs sénégalais 2021, Bain d'élixirs et acides Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan)

Cette première partie revient sur la participation des soldats africains, notamment les tirailleurs sénégalais, aux guerres menées par la France, pendant les deux guerres mondiales notamment. Elle met en évidence leur rôle militaire mais aussi les discriminations et l'oubli dont ils ont été victimes.

Panneau didactique : (1) Les soldats africains dans les guerres

Ce sont des héros méconnus. Ceux que l'on appelle « tirailleurs sénégalais » étaient des soldats de l'armée coloniale française, originaires des territoires d'Afrique subsaharienne de l'Empire.

De gré ou de force, ils furent enrôlés pour combattre dans de nombreuses guerres. Deux cent mille défendirent la France durant la Première Guerre mondiale. Puis, lorsqu'éclata le second conflit mondial, 179 000 quittèrent leur pays pour combattre l'Allemagne nazie au sein des forces alliées et défendre la liberté en Europe. Ils participèrent à des batailles décisives et périrent par dizaines de milliers à chacune de ces guerres.

Mais qui connaît leur existence, leurs faits d'armes ? Leur histoire a le goût amer de l'oubli et du racisme. Différence de traitement, de solde, de pension : les « tirailleurs sénégalais » ont fait l'expérience douloureuse de discriminations de la part de la France.

En les représentant et en leur rendant hommage, les artistes nous confrontent à leur mémoire et aux injustices qu'ils ont subies.

Roméo MIVEKANNIN 1986, Bouaké, Côte d'Ivoire
Village sénégalais : groupe de ouolofs à Paris, 2020. Acrylique et bain d'élixir sur toile Collection privée

 

2. « L’ordre de l’injustice »

Lucie KAMSWEKERA, 1942, Goma, République démocratique du Congo
(ex-Congo belge)
La mort de Lumumba, 2022. Toile de jute, fils de laine. Collection Fondation Gandur pour l'Art, Genève
Non à la kidnapping, 2022. Toile de jute, fils de laine. Collection Fondation Gandur pour l'Art, Genève

Sokey EDORH, 1955, Tadoé, Togo
Vautours, 2006. Acrylique, latérite et indigo sur toile de coton bogolan. Collection Fondation Gandur pour l'Art, Genève

La section aborde le système colonial : domination, violence, exploitation, racialisation et destruction des cultures. Les artistes cherchent à reprendre possession du récit historique africain, longtemps écrit du point de vue des colonisateurs.

Panneau didactique : (2) « L’ordre de l’injustice »

« L'ordre de l'injustice », c'est ainsi que le poète et président sénégalais Léopold Sédar Senghor caractérisait les rapports coloniaux entre le Nord et le Sud. On pourrait y ajouter les paradigmes de la domination, la violence, la race, la destruction et l'exploitation.

Séquence historique traumatique qui succède à la traite esclavagiste transatlantique, la colonisation est une question et un thème majeurs pour les artistes issus du continent africain. Comment se réapproprier son récit, rompre avec l'histoire impériale ? L'auteur nigérian Chinua Achebe aimait rappeler ce proverbe : « Tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse glorifieront toujours le chasseur. »

Cet adage, les intellectuels et artistes des États africains postcoloniaux l'ont fait leur. À travers leurs recherches, leurs ouvrages, leurs œuvres, ils cherchent à établir et à transmettre leur histoire, longtemps niée et méprisée par les colonisateurs.

Il s'agit non seulement de déconstruire et rectifier l'histoire impériale, mais également de reconstruire la conscience historique et l'imaginaire africains. Aussi diverses soient-elles par leurs esthétiques et leurs propos, les œuvres présentées ici s'attachent à cette vaste entreprise afin qu'un jour, peut-être, advienne l'ordre de la justice.

 

Niveau 1

3. Résister

Tessa MARS, 1985, Port-au-Prince, Haïti
L'épouse, 2017. Acrylique sur toile. Collection Fondation Gandur pour l'Art, Genève.

Cette partie fait émerger les figures et les mouvements de résistance à la domination coloniale et néocoloniale. Elle s'intéresse également aux réseaux de lutte et de solidarité entre Afrique, Amériques, Caraïbes et Europe.

Panneau didactique : (3) Résister

Durant des siècles, l'histoire écrite par les Européens s'est focalisée sur leurs conquêtes et leurs victoires coloniales. Peu de récits s'attachent aux figures de résistance qui ont pourtant toujours existé, en Afrique comme dans d'autres régions du monde.

Reconstruire une conscience historique dans une perspective africaine, c'est donc éclairer et réintégrer les formes de résistance à l'oppression coloniale et néocoloniale qui se sont manifestées depuis les premières conquêtes jusqu'à aujourd'hui.

Les artistes contribuent à réactiver la mémoire de ces luttes sous différentes formes : littéraires, plastiques, théâtrales, photographiques et cinématographiques. Ils rendent de vibrants hommages à des figures historiques célèbres ou méconnues qui s'opposèrent à l'asservissement des peuples, à la négation des cultures, à la violence des injustices.

Ils explorent également les réseaux de résistance et d'échanges qui se développèrent dès le XIXe siècle entre l'Afrique, l'Amérique, l'Europe et les Caraïbes pour œuvrer à la libération des Noirs. Leurs œuvres contribuent non seulement à forger des contre-récits, mais aussi à décoloniser les imaginaires.

 

4. L’aventure ambiguë

Hilary BALU, 1992, Kinshasa, République démocratique du Congo
Illusion identitaire 1, 2021. Acrylique, huile et grattage sur toile. Collection d'art CBH, Genève

Omar BA, 1977, Loul Sessène, Sénégal
Sénégal - aux panthéons de l'injustice, 2023. Acrylique, crayon, huile, encre de Chine et stylo Bic sur toile. Collection Fondation Gandur pour l'Art, Genève

Le titre fait référence au roman de Cheikh Hamidou Kane et à son personnage Samba Diallo. La section explore les conséquences culturelles et identitaires de la colonisation : acculturation, hybridité, déchirement identitaire, puis les difficultés des sociétés africaines après les indépendances — néocolonialisme, conflits, corruption, mais aussi richesse et créativité.

Panneau didactique : (4) L'aventure ambiguë

« Je ne suis pas un pays des Diallobé distinct face à un Occident distinct, et appréciant d'une tête froide ce que je puis lui prendre et ce qu'il faut que je lui laisse en contrepartie. Je suis devenu les deux. Il n'y a pas une tête lucide entre deux termes d'un choix. Il y a une nature étrange, en détresse de n'être pas deux. »

Ainsi parle Samba Diallo, le personnage principal du célèbre roman de Cheikh Hamidou Kane L'aventure ambiguë paru en 1961. Le jeune homme incarne le déchirement identitaire et culturel ressenti par des générations d'Africaines et d'Africains durant l'ère coloniale mais aussi postcoloniale.

Car au lendemain des indépendances, les sociétés africaines, acculturées et hybrides, font face à de multiples défis : politiques, économiques, sociaux et culturels. Après des décennies de lutte, le pouvoir semble avoir officiellement changé de mains... mais le système colonial de domination et d'exploitation est-il réellement révolu ? Rien n'est moins sûr.

Néocolonialisme, conflits, corruption : les maux de l'Afrique contemporaine sont nombreux. Les artistes sont toujours parmi les premiers à les dépeindre et à les dénoncer. Parfois au péril de leur vie.

Mais le continent n'a pas que des failles. Il possède aussi, envers et contre tout, d'innombrables richesses, matérielles et immatérielles, humaines et symboliques, que les artistes sondent et nous invitent à explorer.

 

5. Un monde à reconstruire

Mosengo SHULA, 1986, Nioki, République démocratique du Congo
Bouleversement du monde, 2014. Acrylique sur toile, Collection Farida et Henri Seydoux Paris

Fabrice MONTEIRO, 1972, Namur, Belgique
Untitled #11, Ogun, serie The Prophecy, 2016. Impression jet d'encre pigmentaire sur papier Canson Infinity Platine Fibre Rag 310 g. Galerie MAGNIN-A, Paris

La dernière partie se tourne vers le présent et l’avenir : que faire de l'héritage colonial ? Les artistes abordent notamment la restitution du patrimoine, le racisme, les inégalités, les droits humains, l’égalité des genres et la crise climatique. L’art est présenté comme un moyen de décoloniser les imaginaires et de reconstruire un monde plus juste

Panneau didactique : (5) Un monde à reconstruire

Que faire aujourd'hui avec l'héritage colonial, souvent injuste, qui imprègne profondément nos vies en Afrique comme en Europe et dans le reste du monde ? L'histoire des colonisations et des décolonisations reste encore trop partiellement et superficiellement enseignée dans la plupart des pays. Il est pourtant urgent de poursuivre et d'accélérer la décolonisation des sociétés européennes et africaines et plus largement des relations internationales si nous voulons un monde meilleur et durable.

Les défis sont immenses, qu'il s'agisse de l'urgence climatique, du respect des droits humains, de la lutte pour l'égalité des genres ou contre le racisme, ou de la restitution du patrimoine culturel pillé...

Alors que le monde semble entrer dans une nouvelle ère, faite de disruptions et d'incertitudes, nombreux sont les projets publics et privés, individuels et collectifs, qui œuvrent cependant pour un monde plus juste, avant tout pour les peuples qui continuent de souffrir des conséquences des (dé)colonisations.

Dans cette tâche immense et essentielle, les artistes jouent un rôle considérable en s'engageant souvent sur ces sujets et en ouvrant de nouveaux horizons. Le monde est à reconstruire et pour cela ils sont d'indispensables architectes.

Jean-Luc Lacuve, le 17 août 2026

Sources : Dossier du mémorial , Fondation Gandur pour l'art

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