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Hair, paper, water...

2025

Festival des 3 continents 2025 (Tóc, Giáy Và Nuóc). Avec : Thi Hau Cao, Xuan Doanh Cao, Thi Hieu Cao , Thi Bat Cao (Elles-mêmes). 1h11.

Portrait d’une femme de l’éthnie Ruc de plus de soixante ans, née dans une grotte au Vietnam. Entourée de sa famille, elle transmet sa langue maternelle. Un regard poétique et intime qui saisit la mémoire fragile d’une culture en voie de disparition.

Hair, paper, water…,Léopard d’or de la section Cinéastes du présent au festival de Locarno de 2025, nous plonge dans le retour à Saïgon de Madame Hậu, femme Rục appartenant à l’ethnie Chut, une des 54 encore présentes au Vietnam.

Le dispositif filmique de Graux et Trương Minh Quý convoque moins l’héritage de Rouch ou de Flaherty qu’il ne le réactive avec une certaine sensibilité : tourner en 16 mm avec une Bolex n’est pas ici un simple effet de style, mais une manière d’inscrire le récit dans une matérialité fragile, vibrante, presque organique. La voix-off, portée non par les cinéastes mais par les membres mêmes de la famille filmée, ouvre un espace où l’intime se déploie entre la densité végétale des Hauts Plateaux et la pulsation étouffante de Saïgon. Le film s’attache au vivant, à ses continuités et à ses transformations, en observant la manière dont Madame Hâu transmet — par gestes, récits et rituels — un ensemble de pratiques ancestrales qui survivent encore au village.

La description qu’elle donne des éléments de son espace de vie ; l’eau, le feu, la terre, apparaissent à l’écran d’abord par leur nom en Rục puis par leur captation. Cette valeur didactique est une manière d’affirmer la primauté du signe linguistique, (la langue existe indépendamment de l’illustration visuelle) et mérite d’être entendue/visibilisée en tant que tel. Ce geste de transmission conditionne l’attention du spectateur et nous place au même endroit sur le plan de l’apprentissage que le petit-fils de Hâu. Elle cherche également à lui transmettre son histoire et les légendes qui entourent sa personne, notamment sa naissance, dans un champ, presque abandonnée à même la terre par ses parents.

C’est donc par ses choix formels que les deux auteurs de Hair, paper, water… nous permet de centrer notre attention sur le portrait de cette culture menacée tout en reconsidérant la hiérarchisation habituelle du signe et du référent.

Milann Baupin, le 29 novembre 2025

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