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Prologue : les préparatifs d'un vol en montgolfière artisanale sont sur le point d'aboutir. Le ballon est à hauteur du clocher d'une église et Yefim y grimpe pour y accrocher un harnais de cordes sous le ballon. Au même moment, une foule ignorante et superstitieuse franchit la rivière près de l'église et tente d'empêcher le vol, n'hésitant pas à brûler le visage d'un des assistants de Yefim. Malgré cela, le ballon est libéré avec succès et Yefim est submergé de joie en voyant le monde d'en haut avec la sensation de voler. Le ballon s'écrase toutefois assez rapidement et tombe dans une rivière qui noie peut-être son passager. Après l'accident, un cheval roule sur le dos près de l'eau, symbole possible de la vie qui reprend.
I - Le bouffon (an 1400)
Andrei, Daniil et Kirill, moines et peintres d'icônes religieuses ont quitté le monastère Andronikov, où ils vivent depuis de nombreuses années, en direction de Moscou. Lors d'une forte pluie, ils cherchent refuge dans une grange, où un groupe de villageois est diverti par un bouffon. Le bouffon se moque des valeurs de l'État et de l'Église et gagne sa vie avec ses commentaires cinglants et obscènes sur les Boyards. Il ridiculise ainsi les prudes moines à leur arrivée. Quelque temps après, un groupe de soldats arrive pour arrêter le bouffon, qu'ils frappent tout en brisant son instrument de musique.
Kirill revient discrètement et, la pluie ayant cessé, déclare qu'il est temps de repartir. Andrei réveille Daniil qui s'était endormi. Celui-ci, ignorant le drame du bouffon, remercie les villageois pour leur hospitalité. Alors qu'ils marchent, la forte pluie recommence. Sur l'autre rive, le bouffon est emmené par les soldats.
II - Théophane le Grec (an 1405)
Un suspect est torturé en place publique. Kirill arrive à l'atelier de Théophane le Grec, peintre éminent et reconnu, qui travaille sur une nouvelle icône de Jésus-Christ. Quand Kirill lui dit qu'il vient du monastère Andronikov, Théophane croit qu'il est Andrei Roublev, peintre déjà reconnu. Kirill, vexé, fait l'éloge de Théophane pour mieux rabaisser Roublev auquel il manquerait "la simplicité sans fioriture" signe de la vraie foi selon Serge.
Théophane, croyant un peu désabusé, considére son art comme un artisanat qui n'est plus pour lui qu'une corvée dont il voudrait alléger le poids. Ses jeunes apprentis se sont éclipsés sur la place publique de la ville. Kirill continue de discuter avec Théophane. L'artiste, impressionné par la compréhension et l'érudition du moine, l'invite à être son apprenti pour la décoration de la cathédrale de l'Annonciation à Moscou. Kirill refuse d'abord et accepte ensuite l'offre à condition que Théophane vienne personnellement au monastère Andronikov et invite Kirill à travailler avec lui devant tout le monde dont Andrei Roublev.
Peu de temps après, au monastère Andronikov, un messager arrive de Moscou pour demander de l'aide pour la décoration de la cathédrale. Mais au lieu de Kirill, c'est Andrei qui est sollicité. Daniil et Kirill sont blessés de cette reconnaissance qui leur échappe. Daniil refuse d'accompagner Andrei et lui reproche d'accepter l'offre de Théophane sans tenir compte de ses camarades. Mais lorsque le jeune moine vient lui dire au revoir, il se repent bientôt de son tempérament et souhaite, en larmes, le succès d'Andrei. Kirill est bien plus jaloux d'Andrei et, dans un accès de colère, décide de quitter le monastère pour le monde séculier, jetant des accusations de cupidité à la face des moines. Kirill s'éloigne du monastère et lorsque son chien le rattrape, il le bat à mort avec des coups de bâton.
III - La passion selon Andreï (an 1406)
Dans les bois, alors que la neige n'a pas entièrement fondu et que les fleurs du printemps commencent à apparaître, Andrei et Foma, son jeune apprenti, discutent en marchant des défauts de celui-ci, et en particulier de son irrépressible propension au mensonge. Foma avoue avoir pris du miel dans un rucher, après qu'Andrei ait remarqué que sa soutane était collante, et qu'il avait de la boue sur le visage pour apaiser une piqûre d'abeille. Andrei voudrait faire observer un serpent d'eau à son jeune apprenti mais Foma se défend du péché de gourmandise, prétextant qu'on ne peut travailler le ventre vide. Ils rencontrent Théophane dans la forêt, et le vieux maître qui méprise Foma l'envoie au loin. En partant, l'apprenti trouve un cygne mort. Après avoir chassé un cafard avec un bâton, Foma en admire l'aile qu'il a déployée.
Près d'un cours d'eau durant l'été, Andrei et Théophane se disputent sur la religion, tandis que Foma nettoie les pinceaux de son maître. Théophane soutient que l'ignorance du peuple russe est due à la stupidité que rien ne pourra changer et qu'aujourd'hui comme hier le Christ serait crucifié. Il a eu beau prodiguer son enseignement dans les temples, ceux-là même qui l'ont écouté l'ont crucifié. Judas l'a trahi, Pierre l'a renié. Andrei dit qu'avec de telles opinions, il devrait être ermite et non pas peintre, qu'il est possible de mettre au crédit de l' humanité ses bonnes actions et d'oublier le reste. Théophane lui promet qu'au jugement dernier qui approche, il se souviendra de ses paroles. Andrei ne comprend pas comment il peut être peintre et maintenir de telles opinions. Alors que Andrei affirme : "bien sur les hommes font le mal et c'est triste", il se remémore une reconstitution de la passion et de crucifixion du Christ qu'il avait vu en plein hiver sur une colline enneigée et qui imprègne son discours d'aujourd'hui. Andrei affirme que le peuple a été trahi par les mensonges des pharisiens. Il faut souvent rappeler aux gens qu'ils sont des hommes, qu'ils sont des Russes d'un même sang, d'une même terre. Théophane insiste : on trouvera toujours un traître pour 30 deniers. Andrei confirme "et les maux : le Tatars, la famine les épidémies continueront de s'abattre sur le moujik et il continuer à travailler toujours, il porte sa croix avec courage sans perdre espoir (le Christ tombé se relève) endurant tout sans jamais se plaindre priant Dieu pour qu'il leur donne des forces. Dieu ne lui pardonnera-t-il pas son ignorance ? Quelque fois épuisé, las et découragé, on rencontre dans la foule un regard humain et tout à coup, on n'est plus seul, on se sent soulagé (jésus marche devant ceux qui le suivent dont l'un porte la croix) Jésus a été crucifié pour réconcilier Dieu et les hommes, jésus est divin donc tout puissant, s'il est mort sur la croix c'est qu'il devait en être ainsi (la croix est traînée par des cordes vers le golgotha enneigé) sa mise en croix, sa mort c'est la main de Dieu. Et la haine ne devait pas venir de ceux qui l'ont crucifié mais de ceux qui l'aimaient qui l'avaient entourés en cette minute car ils l'avaient aimé comme un humain et lui, de son plein gré, les a quittés, témoignant d'injustice et même de cruauté.
Alors que Foma nettoie les pinceaux. Theophane prévient Andrei qu'il pourrait être menacé pour les propos qu'il tient venant d'un moine. Lui mê pouvant dire ce qu'il pense n'étant pas moine
IV - La fête (an 1408)
Installés pour la nuit sur une berge non loin de la ville princière de Vladimir, Andrei et Foma ramassent du bois de chauffage pour leur groupe de voyage qui comprend désormais les apprentis Pierre et le tout jeune Serguei. Foma sinquite de travaux de décoration qui n'avancent pas dans la cathédrale. C'est déjà le mois de juin et tout doit être fini avant l'hiver. Andrei entend les bruits lointains d'une fête plus en amont dans les bois. Allant enquêter, il tombe sur un grand groupe de païens nus qui mènent un rituel avec des torches allumées dans le soir d'été. Andrei, intrigué et excité par le comportement des païens, est surpris en train d'espionner un couple en train de faire l'amour. Il est attaché aux traverses d'une hutte, les bras levés dans une parodie du Christ raillé, et menacé de noyade le matin. La femme qui était là, Marfa, vêtue uniquement d'un manteau de fourrure, s'approche d'Andrei. Après avoir expliqué à Andrei, que son peuple est persécuté par les moines pour ses croyances, elle laisse tomber son manteau, embrasse Andrei puis le délie. Andrei s'enfuit et se perd dans les bois denses, s'écorchant le visage. Au matin, Andrei retrouve son groupe qui a été rejoint par Daniil. Alors qu'ils partent sur leurs bateaux, un groupe de soldats apparaît sur la berge à la poursuite de plusieurs païens, dont Marfa. Son amant est capturé mais elle s'échappe en nageant nue dans la rivière, en passant à côté du bateau d'Andrei sans que lui et les moines, honteux, ne l'aident à s'échapper.
V - Le Jugement dernier (an 1408)
Andrei et Daniil travaillent à la décoration de la laure (cathédrale) de Vladimir. Bien qu'ils soient là depuis deux mois, les murs sont toujours blancs et nus. Un messager arrive avec un mot de l'évêque qui, furieux, exige que le travail soit terminé à l'automne. Sur une route voisine au milieu d'un champ de fleurs, Andrei confie à Daniil que la tâche le dégoûte et qu'il est incapable de peindre un sujet tel que le Jugement dernier, qui vait pourtant promis de faire à Moscou. Il ne veut pas effrayer les gens et les confiner dans la soumission. Il a perdu la tranquillité d'esprit dont un artiste a besoin pour travailler.
Plus tard, Foma, impatient et désireux de peindre, démissionne et quitte le groupe d'Andrei pour accepter l'offre de décorer une église de Pafnoutievo, certes plus petite et moins prestigieuse. Il peindra un jugement dernier. Andrei refuse de peindre sans amour, d'être le bronze ou le giave, un savant qui pourrait déplacer les montagnes mais sans amour mon don ne servirait à rien. L'amour est patient. L'amour n'est pas envieux ou exalté, ni orgueilleux ni excessif, ni possessif ni irritable ni mechant (alors qu'une enfant l'arrose de lait et que les duvets des branches des arbres flottent dans l'air). Il déteste les mensonges, aime la vérité: l'amour a tous les espoirs, toutes les patientes, toutes les croyances, il ne cessera jamais.
Le grand Prince examine le travail des sculpteurs sur pierre qui décorent son palais près de la cathédrale. Il n'est pas entièrement satisfait du travail accompli et son capitaine, Stepan, aimerait des couleurs plus puissantes. Andrei dit aimer la décoration blanche légère, ce que confirme Mitia, le chef des tailleurs de pierres qui déclare imprudemment qu'ils sont attendus à Zvenigorod chez le frère cadet du Grand prince qui souhaite un palais plus beau que le sien. En marchant à travers la forêt vers le palais de leur client, les artisans sont agressés par des soldats commandés par Stepan, et leurs yeux sont arrachés, les rendant incapables de pratiquer leur métier. le jeune Serguei assiste de loin à ces crimes
Dans l'église, Andrei est consterné par la nouvelle de l'attaque contre les artisans, qu'il a probablement apprise par Serguei et jette avec colère de la peinture qui macule l'un des murs. Daniil demande à Sergei de lire à haute voix un passage de la Bible. Celui-ci concerne la soumission que les femmes doivent aux hommes. Dieu a créé l'homme et la femme pour l'homme dont la tête doit toujours etre couverte en signe de soummission à l'homme. Une jeune femme, Durochka se promène tête nue pour se mettre à l'abri de la pluie et est bouleversée par la vue de la peinture sur le mur. La lecture dit que la femme à la tete non couverte est un pechresse. Ceci révolte Roublev qui sort de sa protration et déclare qu'ils sont dans cette église pour une fête et non dire que cette femme est une pêcheresse. Il sort sous la pluie, désapprouvé de tous. Peut-être tient-il de la faiblesse d'esprit et de l'innocence de Durochka l'idée d'un Jugement dernier où les pêcheurs ne sont pas représentés.
VI - L'invasion (an 1408)
Pendant que le Grand Prince s'est rendu en Lituanie, son jeune frère assoiffé de pouvoir fait allégeance à un groupe de Tatars qui attaquent la ville de Vladimir. Le Petit prince se souvient qu'il avait dû jurer sous serment dans une église sous l'égide du métropolite de vivre en paix et bonne entente avec son frère le Grand Prince. Mais il ne s'en sent pas tenu. L'invasion entraîne un grand carnage : la ville est brûlée, les citoyens assassinés et les femmes violées et tuées. Un cheval tombe d'un escalier. Foma, au milieu du chaos, échappe de justesse à un meurtre dans la ville et s'échappe dans la campagne voisine, mais alors qu'il traverse une rivière, il est abattu d'une flèche dans le dos et tué. Les Tatars se frayent un chemin dans l'église barricadée, maintenant entièrement décorée de peintures d'Andrei, où la majorité des citoyens se sont réfugiés. Les Tatars ne montrent aucune pitié et massacrent les gens à l'intérieur et brûlent tous les retables en bois peint. Andrei sauve Durochka d'un viol en tuant un soldat russe la portant dans une cage d'escalier se frayant son chemin avec une hache. Un prêtre de l'évêque est torturé par le feu pour qu'il révèle l'emplacement du trésor de la ville, ce qu'il refuse de faire. Le petit prince se remémore son serment sur la croix. Après avoir été brûlé à plusieurs reprises, et qu'on lui ait versé le métal liquide d'un crucifix fondu dans la bouche, le prêtre est traîné attaché à un cheval.
Seuls Andrei et Durochka, cachés, ont survécu au massacre dans l'église. Andrei imagine une conversation avec Théophane le Grec, mort. Il se rappelle son message qu' apprendre aux hommes par la peinture ne sert à rien. Théophane lui dit qu'il se trompe comme lui-même se trompait autrefois. Andrei déplore la cruauté de l'humanité et la perte de son iconostase. Thophane explique que lui aussi a perdu des icones en de multiples leiux tandis que Durochka tresse distraitement les cheveux d'une femme morte. Andrei décide de renoncer à la peinture. Andrei se reproche d'avoir tué un homme. Il offre son voeu de silence à Dieu: il n'a plus rien à dire à ses semblables.Tu vivras entre le divin pardon et ton propre remords; apprends à faire le bien, cherche la vérité, sauve l'opprimé et défends l'orphelin, alors seulement nous pourrons être juges. Russie, Russie, elle supporte toujours tout et elle survivra à tout. Est-ce que cela durera longtemps ? Toujours sans doute répond Théophane. Il neige dans l'église.
VII - Silence (hiver 1412)
Andrei est revenu au monastère d'Andronikov alors que la famine et la guerre s'emparent du pays. Il ne peint plus et ne parle plus. Il garde Durochka, sa silencieuse compagne, près de lui.
Dans le même monastère, les réfugiés discutent des massacres qui ont affligé leurs villes d'origine respectives. Lorsqu'un homme parle d'une voix brisée de son évasion de Vladimir, il est reconnu par un jeune moine comme étant Kirill, longtemps absent. Il a beaucoup souffert et supplie le père supérieur de lui accorder de nouveau refuge. Son souhait est exaucé après beaucoup de discussions. Il lui est demandé pour pénitence de copier les Saintes Écritures quinze fois. Bientôt, un groupe de Tatars s'arrête au monastère au grand dam d'Andrei et Kirill qui ont subit leur brutalité. Durochka, trop simple d'esprit pour comprendre ou se souvenir de ce que les Tatars lui ont fait est fasciné par la cuirasse brillante portée par l'un d'eux. Le groupe se moque d'elle et joue avec elle. Mais un Tatar, mettant son casque à cornes sur sa tête et l'habillant dans une couverture, prétend l'aimer et l'emmener avec lui comme sa huitième mais seule femme russe. Andrei tente de l'empêcher de partir, mais elle est ravie des cadeaux qu'on lui fait et s'en va avec les Tatars. Kirill s'approche d'Andrei et lui parle pour la première fois depuis leur départ du monastère, et il lui assure que Durochka ne sera pas en danger, car nuire à une simple d'esprit serait un grand péché. Andrei reste muet malgré la plaidoirie désespérée de Kirill, et continue son travail subalterne de transporter de grosses pierres chaudes d'un feu avec des pinces pour chauffer l'eau pour le monastère. Désespéré, il laisse toutefois tomber la pierre dans la neige.
VIII - La cloche (1423)
Des hommes sont envoyés par le prince à la recherche d'un célèbre fondeur de cloche pour une nouvelle église. Ils ne rencontrent que le jeune Boris qui leur dit que la région a été ravagée par la peste et que son père, ainsi que toute sa famille, sont mort. Il leur affirme qu'il est le seul à posséder le secret, délivré par son père à son lit de mort, pour fondre une cloche de bronze de qualité. Comme il l'est, selon lui, la seule personne qui peut réaliser la tâche avec succès, il leur demande de l'emmener avec eux. Les hommes sont d'abord dédaigneux, mais finissent par accepter que Boris soit en charge du projet.
Sur le site, Boris contredit et remet en question les choix des artisans pour l'emplacement de la fosse, la sélection de l'argile appropriée, la construction du moule, la cuisson des fours et enfin le levage de la cloche. Les ouvriers se plaignent de ce que son père les a traités différemment. L'un d'eux, qui refuse ses ordres, est flagellé en punition. Le processus de fabrication de la cloche devient une entreprise énorme et coûteuse avec plusieurs centaines d'ouvriers. Boris prend plusieurs décisions risquées, guidées uniquement par son instinct ; bientôt, même lui doute du succès éventuel du projet. Alors que les fours sont ouverts et que le métal en fusion se déverse dans le moule, il demande en privé à Dieu de l'aider. Andrei, qui est arrivé sur les lieux, regarde Boris en silence.
Pendant la fabrication de la cloche, le bouffon réapparait parmi la foule venue regarder l'élévation de la cloche. Voyant Andrei, il menace de le tuer, le prenant pour Kirill, son dénonciateur des années passées qui l'avait fait emprisonner et torturer. Kirill arrive bientôt et intervient pour disculper Andrei toujours silencieux. Il avoue plus tard en privé à Andrei que c'était lui qui avait dénoncé le bouffon et que sa jalousie envers son talent s'est dissipée lorsqu'il a appris qu'Andrei avait abandonné la peinture. Kirill critique ensuite Andrei pour avoir laissé son talent reçu de Dieu pour la peinture se perdre et le supplie de reprendre son art. Surtout que des messagers de Nikkon sont venus pour qu'il peigne dans l'église de la trinité. Il ne reçoit aucune réponse.
Alors que la fabrication de la cloche est presque terminée, la confiance de Boris se transforme en une incrédulité stupéfaite d'avoir réussi sa tâche jusque là. L'équipe de travail prend le relais alors que Boris tente à plusieurs reprises de s'effacer comme chef de chantier. Sortie de sa bogue d'argile, la cloche est hissée dans la tour et le Grand Prince et son entourage arrivent pour la cérémonie inaugurale alors que la cloche est bénie par un prêtre. Alors que la cloche est prête à sonner, certains ambassadeurs italiens de l'entourage royal expriment leur doute sur la qualité du son qu'elle émettra. Le Grand Prince a déjà fait décapiter son frère, pour avoir attaqué Vladimir et Boris et tous les ouvriers savent qu'ils seront décapités si la cloche ne sonne pas. La tension, silencieuse et angoissante, est à son comble dans la foule quand le contremaître tire lentement le battant de la cloche d'avant en arrière, le poussant toujours plus près de la lèvre de la cloche. Durochka en robe blanche, conduisant un cheval et précédée d'un enfant qui est vraisemblablement le sien marche dans la foule et sourit au moment où la cloche sonne parfaitement. Après la cérémonie, Andrei trouve Boris effondré sur le sol, sanglotant. Il avoue que son père ne lui a jamais révélé son secret de moulage. Andrei, impressionné par l'effet que la sonnerie a eu sur la foule joyeuse, réalise la joie que son propre art pourrait apporter. Il réconforte Boris, rompant son vœu de silence et disant au garçon qu'ils doivent poursuivre leur travail ensemble : «Tu fabriqueras des cloches et je peindrai des icônes". Andrei voit Durochka, son fils et son compagnon traverser à cheval un champ boueux au loin.
Épilogue en couleur
Comme sorties des braises encore fumantes des feux de Boris, les icones d'Andrei Roublev : Saint Grégoire le Théologien, L'Annonciation, Jésus entrant à Jérusalem, Naissance du Christ, Christ roi, Transfiguration de Jésus, Résurrection de Lazare La Trinité, Christ Pantocrator.
Alors que de la pluie tombe sur l'icône du rédempteur, apparaissent au loin quatre chevaux près d'une rivière sous le tonnerre et la pluie.


Andrei Roublev est divisé en huit chapitres, avec un prologue et un épilogue qui en explicitent le caractère symbolique. Le film retrace la vie, sur un mode largement fictionnel, d'Andreï Roublev (1360-1430), le plus grand peintre d'icônes de l'histoire de la Russie. Ce film est ainsi la première, et peut-être la seule production soviétique, qui donne un rôle aussi central à l'artiste et pose le christianisme comme un élément constitutif de l'identité russe.
Si le film est un biopic, les personnages de Kirill et Daniil représentent aussi différents personnages créatifs. Daniil est en retrait et résigné, et moins attaché à la créativité qu'à la réalisation de soi. Kirill manque de talent en tant que peintre, mais, jaloux, intelligent et perspicace, il s'efforce toujours de parvenir. Andrei est l'observateur, un humaniste qui recherche le bien des gens et veut inspirer et non effrayer.
Le film tente de rendre compte de l'audace des créateurs, Yefim ou Andrei, dont les espoirs peuvent être facilement écrasés par la force. Après l'accident de Montgolfière, le cheval qui roule sur le dos près d'un étang où s'est noyé Yefim est un symbole de la vie qui s'incarne de nouveau. L'image finale des chevaux sous la pluie est probablement à mettre en relation avec le départ de Durochka avec son fils et son compagnon. Cette station sous la pluie incarne peut-être le sacrifice que consent l'artiste absorbé par sa mission et privé d'une vie de famille heureuse (thème déjà entraperçu dans le mystère, joué à la fin du chapitre IV, où Marie Madeleine semble éprise du Christ). Le film expose par ailleurs les scrupules de l'artiste à accepter les commandes publiques lorsqu'elles sont en désaccord avec le sentiment qu'il a sur le monde mais garde suffisamment foi en lui-même pour continuer sa route.
Ainsi que l'indique Samuel Blumenfeld (Les territoires de Tarkovski, aux confins du cinéma, Le Monde du 09 octobre 2002) : "Lorsque Andreï Roublev fut distribué en Occident, à la toute fin des années 1960, il constituait déjà une anomalie. Leonid Brejnev lui-même ne s'y était pas trompé, qui partit avant la fin d'une projection organisée à son intention. Andreï Roublev baigne dans un mysticisme slave, en complète contradiction avec l'idéologie du pouvoir soviétique. Le film prend aujourd'hui une dimension prémonitoire et annonce le chaos inhérent à la chute du communisme. La dimension autobiographique d'Andreï Roublev est clairement affichée – le film s'appelait à l'origine La Passion selon Andreï ; elle pose la question du rapport entre l'artiste et l'État, qui s'avérera, dans le cas de Tarkovski, extrêmement douloureuse".
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| Photograme | Grégoire |
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| Photograme | L'annonciation |
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| Photograme | Grégoire |
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| Photograme | Entrée dans Jérusalem |
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| Photograme | Nativité |
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| Photograme | Nativité |
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| Photograme | Christ en gloire |
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| Photograme | Transfiguration |
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| Photograme | Nativité |
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| Photograme | La Trinité |
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| Photograme | Christ Pantocrator |