L'assassin
1961

Alfredo Martelli, un antiquaire romain, est rentré au petit matin chez lui. Quelques heures après, il est réveillé par sa fiancée. Il lui promet de la rejoindre à Lucques. Il termine sa toilette en se brulant la pointe des cheveux pour ne pas les perdre quand il voit débarquer chez lui une escouade de policiers qui lui ordonnent de les accompagner au commissariat.

Les commissaires Margiotta et Palumbo laissent Martelli attendre dans une pièce où ils le surveillent au travers d'une glace sans teint. Ne sachant de quoi il est accusé, Martelli proteste de son arrestation arbitraire en appelant aux impératifs de son métier. Il se souvient néanmoins que sa profession d'antiquaire l'amène plutôt à arnaquer ceux qui, souvent dans la misère, lui vendent des objets. Ainsi d'Aleandro et son fils, voleurs anarchistes, auxquels il acheta une pendule 5 000 lires pour la revendre 150 000.

Le commissaire Palumbo, qui semble persuadé de la culpabilité de Martelli, tente de comprendre pourquoi il a déchiré une carte de visite tandis qu'il attendait seul dans la pièce. Ce n'était que la crainte d'une usurpation de titre, celui de comptable, qu'il avait autrefois mis sur sa carte pour faire plaisir à sa mère. Palumbo l'interroge sur sa famille antifasciste. Martelli se dit fier de son grand-père dont il revoit une mauvaise farce qu'il lui avait faite; le faisant courir à toutes jambes pour échapper à d'hypothétiques représailles fascistes. Palumbo l'interroge sur l'origine de son ascension sociale lui permettant d'être propriétaire d'un magasin dans Rome. Martelli concède qu'il le doit à la générosité de sa maitresse, Mme De Matteis. C'est en demandant à lui parler que Martelli comprend qu'elle a été assassinée la veille au soir, après qu'il lui ait rendu visite.

Sous la pression du commissaire, Martelli revoit par flashes toute leur relation passé, comment il avait fait d'elle sa maitresse alors qu'elle était la femme d'un ami ; comment il avait fait par elle connaissance de Nicoletta Nogaro, fille d'un gros industriel du médicament dont elle avait vite compris qu'il l'abandonnerait pour elle, plus jeune et plus riche. Nicoletta vient le voir lui déclarant avoir fugué et se disant toujours amoureuse. Mais son père l'oblige à un voyage lointain dès sa sortie du commissariat

Le commissaire entraine Martelli dans l'hôtel ou Adalgisa a été retrouvée morte la veille au soir. Seul Morello, l'associé de celle-ci, pourrait être accusé du meurtre mais il a un alibi. Tout semble accuser Morelli qui avait dû compter sur la bonne grâce d'Adalgisa pour déchirer les traites qu'il était incapable de rembourser et qui allait pourtant l'abandonner pour épouser Nicoletta. Comme celle-ci a disparu, Morelli est emprisonné dans la prison Regina Coeli. Là, il doit subir les pressions de deux mouchards mais il reste ferme sur la déclaration de son innocence. Dans la nuit, il est de nouveau interrogé. Il se souvient d'un autre évènement peu glorieux : avoir laissé se suicider un désespéré qu'il croyait saoul.

Dans sa cellule, Martelli retrouve Morello qui aimerait qu'il le disculpe quant à l'heure à laquelle il a donné la montre à Adalgisa. Il ne voudrait pas être emprisonné car cela fera de la peine à sa mère. Martelli se souvient alors de la dernière visite de sa mère. Il était avec Adalgisa et n'avait pas osé recevoir sa mère chez lui, la conduisant au restaurant à Ostie et la voyant avec soulagement quitter la capitale.

Au matin il est libéré. C'était Morello le coupable, confondu par la montre et le couteau qu'il avait gardé en sa possession. A peine sorti, Martelli doit affronter les regards curieux de ceux qui ont vu sa photo dans le journal. Plein de remord sur sa vie misérable, il donne tout l'argent de son portefeuille à un clochard et s'en va pleurer sur lui-même sur les bords du Tibre.

Un an plus tard, Nicoletta vient lui rendre visite. Elle est maintenant mariée et lui fait croire qu'elle va quitter son mari pour lui. Martelli lui reproche cette cruauté mais ce n'est qu'une blague car Nicoletta sait bien que Martelli sera toujours l'arriviste qu'il était quand il redoutait qu'on le prit pour l'assassin.

L'essentiel du film se déroule sur une journée, entre deux petits matins, celui de l'arrestation de Martelli et celui de sa libération, le lendemain au lever du jour. Cinq lieux ponctuent ce parcourt principal, l'appartement de Martelli, le commissariat, l'hôtel au bord de la mer, la prison et les bords du Tibre où Martelli s'en vient pleurer sur lui-même.

De nombreux flashes-back viennent ponctuer ce récit principal : l'arnaque de la pendule, la farce au grand-père, les étapes de la relation avec Adalgisa- rencontre avec Nicoletta, premier baiser, trois flashes-back sur la veille au soir-. La caractéristique de ces flashes-back est d'être a-chronologiques et de marquer la veulerie toujours plus grande de Martelli : le suicide du désespéré et la triste journée avec la mère en étant l'aboutissement. C'est ainsi moins l'extérieur, le commissaire qui accuse Martelli que lui-même. Et c'est bien pourquoi, il pleure le jour de sa libération.

Eternel hâbleur et veule, Martelli n'aura eu qu'une brève crise de conscience passagère comme le révèle l'épilogue. Il peut se rire d'être toujours l'assassin, celui qui ne pense qu'à lui-même.

Constat sans appel donc de Petri qui pointe les dérives du journalisme (Chronique judicaire sous forme de Nicoletta en maillot de bain) et les méthodes de torture morale de la police (les deux mouchards qui empêche Martelli de dormir).

Les femmes échappent toutefois à la critique : Adalgisa, libre et généreuse, la bonne, dévouée jusqu'au sacrifice, et Nicoletta qui se révèle, in fine, plus intelligente qu'il n'y parait.

 

Test du DVD

Editeur : Carlotta-Films, mars 2013. Nouveau master restauré, version originale, sous-titres français. 17 €

Suppléments : La bande-annonce d'époque et La bande-annonce 2012. Petri par Paola (16 mn) : Paola Pegararo Petri, épouse d'Elio Petri, et Jean A. Gili, historien du cinéma italien, racontent la production de "L'Assassin". Coupable innocence (16 mn) : Jean A. Gili explique pourquoi le premier film d'Elio Petri incarne la société italienne d'après-guerre et contient déjà l'essence de son cinéma.

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(L'assassino). Avec Marcello Mastroianni (Alfredo Martelli), Micheline Presle (Adalgisa De Matteis), Cristina Gaioni (Nicoletta Nogara), Salvo Randone (Le commissaire Palumbo), Andrea Checchi (Morello), Francesco Grandjacquet (Le vieil homme), Marco Mariani (Le commissaire Margiotta), Franco Ressel (Docteur Francesconi). 1h45.
 
Genre : Drame social
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