Accueil Fonctionnement Mise en scène Réalisateurs Histoires du cinéma Ethétique Les genres Les thèmes Palmarès Beaux-arts

Grass

2018

Avec : Kim Min-hee (Areum), Gong Min-jeung (Mina), Ahn Jae-hong (Hongsoo), Seo Young-hwa (Sunghwa), Ki Joo-bong (Changsoo), Kim Sae-byuk (Jiyoung), Jung Jin-young (Kyungsoo), Ahn Sun-young (Yeonju), Shin Seok-ho (Jinho), Lee You-young (Soonyoung), Kim Myoung-su (Jaemyung). 1h09.

Une petite rue avec une allée bordée de gros pots plantés de jeunes pousses bien vertes. Un homme est assis à la terrasse d'un café.

1 - Mina vient au café pour voir Hongsoo, avec un gros sac à dos. Elle avoue avoir beaucoup bu et pleure et s'énerve contre Hongsoo, expliquant qu'elle ne pourra jamais oublier Seunghee qu'elle a vu tant souffrir d'amour. Elle ne voit pas comment Hongsoo, qui a réussi comme acteur à la télévision, peut être heureux alors qu'il est responsable du suicide de Seunghee. Hongsoo nie sa responsabilité et sort fumer devant les pots de plantes.

Areum était assise à la table juste à côté d'eux et se demande si elle a bien compris leurs paroles. Mais elle pense, qu'après tout, chacun doit avoir ses raisons.

2 - Ce sont assis à la même place que Mina et Hongsoo un nouveau couple : Sunghwa et Changsoo. Celui-ci est un comédien vieillissant, qui a du mal à trouver un engagement après une tentative de suicide due à un chagrin d'amour. Sans travail, ni argent, et nulle part où aller, il recherche un endroit où loger. Quand Sunghwa lui dit avoir déménagé pour être tranquille à la campagne dans une maison avec trois chambres, il lui demande s'il pourrait en occuper une. Mais Sunghwa a une colocatrice et refuse. Areum se désole de cette situation pour un acteur.

3 - Areum regarde désormais l'homme dehors, assis à la terrase qu'une femme est venue rejoindre. Kyungsoo, est un comédien qui tente d'écrire un scénario. Quand il était gamin, il rêvait de devenir cinéaste. Désormais âgé d'une quarantaine d'années, il a le sentiment qu'il a besoin d'un renouveau pour trouver l'inspiration. Il demande à Jiyoung, écrivaine et amie de longue date, de passer un mois avec lui dans une maison louée pour l'occasion afin de coécrire son scénario. Elle lui dit que "tenter de mêler ses propres réflexions à celles d'autrui n'est pas chose facile" et, finalement, refuse : "Écris sur toi ; l'écriture est une activité qui s'exerce seul". Jiyoung lui donne néanmoins rendez-vous pour diner ensemble le soir, ici-même. Kyungsoo pénètre alors à l'intérieur du café et demande à Areum s'il est bien vrai qu'elle le regardait. Elle acquiesce car elle l'a vu jouer dans une de ses pièces les plus connues. Il constate qu'elle écrit, bien qu'elle affirme ne pas être écrivain. Il lui demande si elle veut passer dix jours avec lui pour coécrire un scénario. Elle refuse car elle prétend avoir un petit copain et, à cet instant, elle est interpellée par un jeune homme dans la rue.

4 - C'est Jinho, son frère cadet. Il lui a donné rendez-vous dans la restaurant d'à côté pour lui faire rencontrer sa petite amie, Yeonjoo. D'abord aimable avec Yeonjoo qu'elle trouve jolie, Areum ne tarde pas à poser des questions de plus en plus agressives : Qu'est-ce qu'elle aime en particulier chez son frère ? Quelle qualité a-t-il que les autres n'ont pas ? De deux ans plus âgée que lui, ne cherche-t-elle pas simplement à se caser ? Elle reproche à son frère de vouloir se marier trop vite, ce qui a conduit au mariage catastrophique de leurs parents. Et comme Jinho et Yeonjoo sont sortis avant elle alors qu'elle a payé le restaurant, Areum agresse Jinho dans la rue pour lui reprocher de se conduire comme le caniche de Yeonjoo.

5 - Areum est repassé devant le café musical. Elle revient néanmoins au restaurant et écoute un professeur d'université, Jaemyung s'en prendre à une jeune femme, Sunyoung, qu'il accuse de la mort du professeur Choi, après l'avoir fait trop boire. Sunyoung refuse de porter cette responsabilité : "On s'est toujours aimés" se défend-elle.

6 - Le soir, Jiyoung, fidèle à la promesse qu'elle avait faite à Kyungsoo, est revenue dans le café et a même apporté de quoi boire et manger. Elle a bien fait car le couple a retrouvé Sunghwa et Changsoo. Celui-ci explique de nouveau ne pas trouver où loger et Kyungsoo, qui l'admire, lui propose son bureau. Lui et sa femme se contenteront du salon. Tous les quatre, heureux de cette proposition, acquiescent à l'idée d'acheter une autre bouteille. Mina et Hongsoo, qui se sont retrouvés et réconciliés au café, les observent envieux, regrettant l'atmosphère que procure du soju bu en automne.

Le quatuor d'amis invite Areum, assise à coté d'eux. Kyungsoo, sachant son originalité, ne s'étonne pas qu'elle refuse. Areum va fumer une cigarette et discute avec Hongsoo qui s'est réconcilié avec Mina après que celle-ci ait fait amende honorable. Hongsoo incite Areum à rejoindre le quatuor qui l'a invité. Areum aperçoit alors dans la rue son frère en costume traditionnel et Yeonjoo se prenant mutuellement et joyeusement en photos comme le couple qu'ils avaient croisé avant de rendre au restaurant. Touchée par cette manifestation de joie simple, Areum se laisse enfin convaincre et, délaissant son ordinateur, s'en va discuter avec les deux couples du café qui l'ont invitée.

Un dispositif très simple : d'un côté un café où l'on parle des souffrances amoureuses et créatrices et, de l'autre, la rue où l'on peut admirer de jeunes pousses croitre tranquillement dans leur grands pots ainsi que deux couples d'amoureux. Areum va osciller entre ces deux pôles très simples. Elle est d'abord à l'écoute de cinq couples dont les souffrances font écho en elle, puis va lâcher prise.

La souffrance mise en musique

Le premier des cinq couples qu'écoute Areum est celui de Mina et Hongsoo, devenu acteur de télévision. Il est hanté par le suicide d'une de leur ancienne condisciple étudiante. Le couple de Sunghwa et Changsoo est hanté par la tentative de suicide de ce dernier, acteur autrefois très connu, qui a du quitter sa troupe et survit misérablement. Le troisième couple, celui de Jiyoung et Kyungsoo est hanté par les difficultés de création du second, acteur qui veut devenir scénariste, qui va même demander de l'aide (et sans doute un peu d'amour) à Areum. Le quatrième couple est celui de Jinho, le frère d'Areum, et Soonyoung qui rappelle à Areum l'amour absent entre ses parents. Un cinquième couple dont l'homme, Jaemyung, ne sera vu que de dos, agresse la jeune Jaemyung qu'il accuse d'être responsable de la mort d'un vieux professeur pour l'avoir fait trop boire.

A la brutalité de raccords champ-contrechamp, Hong préfère, comme à son habitude, glisser de personnage à personnage avec recadrage par des zooms ou des panoramiques. Sans jamais interrompre leur discours par le montage, il les laisse ainsi se vider de leur haine, tristesse ou rancœurs accumulées pour faire surgir la grâce d'une réconciliation. Pour une fois, on boit que très peu au cours des conversations. Car le café musical qui emporte ces souffrances dans les musiques de Franz Schubert, Richard Wagner, Jacques Offenbach ou Johann Pachelbel, n'a pas de licence pour vendre de l'alcool. Néanmoins, le patron tolère qu'on en boive en cachette.

La grâce viendra peut-être

Rien de définitif n'arrive dans ces histoires d'amour qui pourraient être tragiques. Quand on laisse le temps au temps, une autre réalité peut advenir. La réconciliation du couple Mina et Hongsoo, un hébergement pour Changsoo, et ainsi peut être la fin de la solitude artistique pour Kyungsoo. Tout comme du travail travail besogneux et systématique et par ailleurs sans doute utile d'Areum, vient surgir l'envie d'une rencontre avec les autres après avoir observé la joie si simple de son frère copiant, le soir avec sa fiancée, ce couple de touristes en costumes traditionnels qu'il avait vu faire dans l'après-midi. C'est une révélation du même genre qu'avait du éprouver Mina lorsqu'elle grimpe et descend plusieurs fois les escaliers du restaurant comme pour vider sa rancœur et trouver avec un début de sourire ce qui va lui permettre de donner un nouveau rendez-vous à Hongsoo. La grâce est là : il suffit parfois de sortir du café, d'aller regarder pousser l'herbe et d'en revenir moins anxieux.

Jean-Luc Lacuve, le 29 décembre 2018.

Retour