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Un héros

2021

Genre : Drame social

 Festival de Cannes 2021 (Ghahreman). Avec : Amir Jadidi (Rahim), Mohsen Tanabandeh (Braham), Sahar Goldust (Farkhondeh), Fereshteh Sadre Orafaee (Mme Radmehr), Ehsan Goodarzi (NadeAli), Sarina Farhadi (Nazanin), Maryam Shahdaei (Malileh), Alireza Jahandideh (Hossein). 2h07.

Shiraz, ancienne capitale de la Perse, à 900 kilomètres au sud de Téhéran. Rahim en prison depuis deux mois. Il est calligraphe et peintre, divorcé. Il a été emprisonné deux mois pour ne pas avoir payé ses dettes à Bahram, son ex-beau-frère.

Rahim bénéficie d'une permission de deux jours et va voir Hossein, le mari de sa soeur sur le chantier de rénovation des tombes royales millénaires. Il lui affirme avoir les 75 millions de tomans qui lui permettront de rembourser pour moitié son créancier afin qu’il lève sa plainte; ce qui lui évitera de retourner en prison. Ils doivent se retrouver un peu plus tard chez le créancier, Braham. Un peu septique son beau-frère lui prête sa voiture et Rahim rejoint alors Farkhondeh, la femme qu'il aime, l'orthophoniste de son fils, Siavash, qui bégaie.

Farkhondeh avait téléphoné à Rahim en prison pour lui annoncer qu'elle avait trouvé un sac plein de 17 pièces d'or. Ils tentent de les vendre dans une échoppe spécialisée. Mais le cours de l'or a baissé et Rahim préfère attendre pour vendre que Braham soit bien disposé. Or Braham refuse de retirer sa plainte tant que les chèques de caution pour le reste de la dette ne lui parviennent pas de Hossein car il en a besoinpour la dot de sa fille.

Rahim retourne chez sa sœur Malileh et son mari Hossein. Or, manque de chance, celui-ci est à cours de chéquier et Malileh découvre le sac. Rahim décide alors de changer de stratégie et de rendre le sac à sa propriétaire en ménageant une mise en scène qui pourrait tourner à son profit...

Rahim souhaite alors rendre le sac à sa propriétaire et appose des affichettes pour la trouver. La propriétaire se présente alors, et la sœur de Rahim lui rend le sac. Rahim déclare que c'est lui qui a trouvé le sac.

Cette action lui vaut l'intérêt de la télévision et des réseaux sociaux, pour lesquels il devient un héros. Une collecte est organisée par une association caritative pour que Rahim puisse rembourser sa dette, mais elle ne suffit pas à en couvrir le montant.

Bahram accepte néanmoins la libération de Rahim, même s'il ne croit guère à la réalité de son acte héroïque. Alors que Rahim se présente à un entretien d'embauche, il apprend que des rumeurs courent sur son compte, et le recruteur lui demande de retrouver la femme propriétaire du sac pour qu'elle vienne confirmer les faits. Malgré toutes ses recherches, il n'y parvient pas. Il finit par demander à Farkondeh de se faire passer pour la propriétaire du sac.

Mais le recruteur lui montre un message qu'il a envoyé à Bahram plusieurs jours avant le jour où il a déclaré avoir trouvé le sac, et met encore en doute sa version. Pensant que c'est Bahram qui a transmis le message au recruteur, Rahim va le voir à son magasin, ils se disputent, et Rahim attaque Bahram physiquement. La fille de Bahram, Nazanin, filme la scène, et d'autres commerçants maîtrisent Rahim.

Nazanin menace de rendre la vidéo publique. L'association caritative craint que cette affaire ne ruine sa réputation et décide d'utiliser les fonds récoltés plutôt pour sauver un condamné à mort de l'exécution.

La vidéo de Nazanin est rendue publique, et la famille de Farkondeh ne veut plus qu'elle voie Rahim. Farkondeh et Siavash accompagnent Rahim à la prison où il devra accomplir le reste de sa peine.

Le film pourrait ressembler au Voleur de bicyclette (1948) où un homme obtient un emploi inespéré avant de le perdre parce qu'on lui a volé son vélo alors qu'en compagnie de son fils il a écumé la ville en vain pour le retrouver. De Sica frappait son personnage d'un seul coup du sort pour lui faire parcourir ensuite divers strates de la société italienne. Farhadi construit en revanche une petite mécanique de coups du sort qui se retournent contre son personnage pour l’acculer à l'échec.

Il y a un certain sadisme à s'acharner ainsi sur un personnage qui ne fait qu'enjoliver un peu la réalité : la machine à calculer fonctionne mais pas le stylo; ce n'est pas lui qui a trouvé le sac mais celle qui l'aime mais c'est bien lui qui a pris la décision de rendre le sac. La somme pour monter son entreprise n'était pas un prêt bancaire mais obtenue auprès d'un usurier. Malchance que le beau-frère n'ait pas de chéquier, que la propriétaire soit une femme qui souhaite conserver l'anonymat car son mari doit ignorer qu'elle a une petite fortune personnelle lui permettant de faire face aux coups du sort. La malchance veut aussi que Rahim soit calligraphe, un métier en voie de disparition, d'où pour rembourser sa dette la nécessité d’un revenu régulier de fonctionnaire à la préfecture. Or, re-malchance, le chef de bureau de celle-ci est particulièrement précautionneux.

Le film donne ainsi la pénible impression d'être pris en otage devant les souffrances sans cesse infligées à son personnage principal. Reste les rôles du fils bègue et de Braham, le créancier lucide. Celui-ci en veut à Rahim d'avoir, non seulement ruiné sa sœur, mais aussi dû sacrifier la dote de sa fille pour faire face à son obligation de garant du prêt. La somme est exorbitante : 300 000 tomans. La fille de Braham est ainsi probablement la dénonciatrice auprès du chef de bureau. D'un côté la niaiserie, de l'autre la haine et,au milieu, les sacrifiés, l'enfant et l'amoureuse. Décidément, Asghar Farhad est le cinéaste de la souffrance continue.

Jean-Luc Lacuve, le 28 décembre 2021.

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