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Il est 18 heures à la Comédie-Française. Dans 3 heures, Nina Cardi y dévoilera sa première mise en scène, celle de Macbeth. Mais rien ne se passe comme prévu. Stéphane, le gardien replié sur les strictes consignes de sa fonction, empêche Nina d'entrer même s'il la connaît bien car elle a oublié son badge (dans son petit sac) qu'elle retrouve finalement dans son vêtement. Puis c'est le local à vélo qui est fermé la faisant arriver tard sur le plateau où Jacques, le régisseur, n'est pas trop coopératif et s'embarque dans des explications trop longues pour échapper à ses responsabilités. Antoine, le jeune comédien supersticieux qui joue Banquo refuse de jouer dans une veste verte, couleur qui selon la tradition porte malheur puisque couleur instable et portée dit-on par Molière lors de sa dernière représentation. Nina le convainc que sa veste est turquoise mais il n'en reste pas là invoquant que la pièce est elle-même maudite et qu'il ne faut pas la nommer autrement que par la périphrase de "la pièce écossaise". Philippe Hamel, comédien expérimenté et assez fat, en profite alors pour prononcer Macbeth sur tous les tons possibles, ruinant un peu plus l'autorité de Nina. Philippe se plaint de longues répétitions mais ne supporte pas que le jeune ouvreur, Issa, lui souffle son texte lorsqu'il met trop de temps à trouver sa réplique. Issa est apprenti comédien et explique la pièce à Suzanne qui joue une sorcière mais n'a rien compris au texte de Shakespeare.
Nina apprend par un coup de fil de son actrice principale qu'elle est retenue à Brest pour une série télévisée qui rapporte gros et qu'elle ne pourra être à l'heure pour la représentation. Thibault, l'administrateur général, presse Nina de trouver une solution : la ministre de la culture assistera à la représentation et, comme c'est elle qui a accordé un congé imprudent à sa comédienne, c'est à elle que reviendra de rembourser les 25 000 euros dus à une annulation.
A la cantine, Philippe mange trop pour camoufler son trac pendant que Nadine Guimard, reine des planches dans les années 80, fume un gros pétard pour oublier le sien. Émilie Hamel, sous prétexte d'une italienne avec Antoine pour jouer les dialogues entre Blanquo et Lady Macduff, vient retrouver son amant. Nina les interrompt, jugeant malvenues ses distractions à quelques heures de la représentation.
Sur scène, la fumée pour le brouillard de la lande est excessif et Philippe remonte dans la loge qu'il partage avec sa femme. Affolée, Nina remonte juste à temps pour laisser aux amants le soin de se réajuster. Philippe s'étonne quand même du slip laissé par terre et Nina s'embarque dans une explication qui la fait jouer avec emphase le rôle de lady Macbeth. C'est une révélation, c'est elle remplacera la comédienne.
C'était sans compter sur le mari, dont elle est séparée, qui lui laisse leur enfant à s'occuper sans aucune considération pour son métier. Du coup, Nina craque et, pendant que Philippe se maquille en loge, déclare qu'elle n'en peut plus de supporter tous les tracas dont l'infidélité répétée d’Émilie avec Antoine. Le son de l'enceinte de la loge étant ouvert, Philippe est sous le choc. Les comédiens comprennent que la pièce ne sera pas jouée.
Nina file dans sa loge pour s'occuper de son fils. Cest alors qu'elle reçoit la visite de Molière en personne (il a son badge). Il la flatte de faire partie de la comédie française où aucune première n'a jamais été annulée. Ayant retrouvé ses esprits, Nina consulte le livre offert pour la naissance de son fils par la troupe dont il manque la photo de la première. Émue, Nina décide de jouer la pièce.
Philippe, choqué par l'infidélité de sa femme qu'il vient d'apprendre, s'écroule sur scène et les pompiers, appelés d'urgence, diagnostiquent une baisse de tension qui implique son entrée immédiate à l'hôpital. Nina croit trouver en Issa le remplaçant idéal mais Philippe revient sur scène bien décidé à jouer. De plus, la maquilleuse propose de s'occuper de l'enfant pendant la représentation. Mais, toute occupée à montrer sa mère à l'enfant, elle laisse celui-ci toucher l'écran qui contrôle la levée des portants alors que la pièce commence. Les portants surchargés font tomber les accessoires, chaudron et sorcière de carton. La ministre de la culture trouve cela formidable. Leur frayeur passée, les comédiens poursuivent la représentation.
Au cœur de l'été 2026 en France, alors que se déploient les succès de grandes machines cinématographiques de plus de 3 heures chacune que sont Spider-Man brand new day (8 Millions d'entrées), L'odyssée (7,5M), ou La bataille de Gaulle (5 M sur deux parties), De la Comédie-française avec ses 1h15, un budget minimale et aucune star, rassemble près d'un million de spectateurs en France, un exploit donc. Il est probablemnt lié à l'envie de comédie que n’auraient pas assouvies les comédies plus populaires que sont Tombé du ciel (1,5M) et Marsupilami (6M).
De la Comédie-Française repose sur double concept : un lieu et même une institution prestigieuse (La Comédie-Française) propre à intéresser le public cultivé et l'avalanche de problèmes qui saisissent la metteuse en scène avant le début de sa représentation de Macbeth trois heures plus tard. Maintenir la cohésion d’un ensemble alors que tout menace est un principe déjà utilisé dans des comédies burlesques qui ont fait date : The party ( Blake Edwards, 1968) ou la séquence du Royal Garden dans Playtime (Jacques Tati, 1967). Ici, la destruction du décor se manifeste par la fumée excessive pour figurer le brouillard sur la lande, l'ombre de la sorcière qui projette une croix gammée sur le fond de scène et, à la fin, l'écroulement du portable. Plus des à coups qu'un vrai processus cumulatif burlesque.
L’essentiel de l’intrigue repose sur la succession de problèmes que doit affronter Nina Cardi. Ils sont presque trop nombreux car l'exposition de la situation prend tout le temps sans que ne soit creusé l'effet comique : les personnes crient, s'agitent de plus en plus, sans que n’intervienne le moindre gag (la dispute avec le gardien, la dispute avec le mari, le bébé qui monte dans les cintres, l'intervention très scolaire de Molière ou l’interview post générique lourdaude de Shakespeare) ou alors trop attendu (maquillage orange excessif). Caractéristique de ce comique de situation trop lent, Lorsque Emilie profite des italiennes (répétition rapide des texte sans les jouer) pour assouvir sa passion adultère. Seul le gag du slip, envoyé comme un message prétend Nina, excède la comprehension commune et devient ainsi drôle.
Les running gag, gags à répétition sont le ressort comique le plus efficace : ainsi des explications interminables de Jacques le régisseur ; la peur d'Antoine vis à vis de sa mère dans le public ou les respirations de texte propres à Philippe. C'est d'ailleurs Laurent Stocker qui est le plus drôle : sa fatuité, l'inévitable cocu aveugle ou son "à tes pinceaux Kandinsky" repris par "moi, c'est Mélanie" de la maquilleuse.
Jean-Luc Lacuve, le 6 septembre 2026