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Les noces d’Amphitrite et Neptune

1635

The birth of Venus
Nicolas Poussin, 1635 ou 1636
huile sur toile, 97.2 × 108 cm
Philadelphie, Philadelphia Art Museum

Ce tableau, qui fut acquis par Catherine II de Russie de Louis-Antoine Crozat en 1771 comme un Triomphe de Galathée puis vendu par l’URSS en 1930 avant d’entrer au PhAM en 1932, fut longtemps titré Triomphe de Neptune et est devenu une Naissance de Vénus il y a environ 60 ans.

Le cartel du musée indique qu’il s’agit d’une "Birth of Venus" mais le descriptif reste prudent : "Le sujet de cette grande peinture mythologique suscite encore de vifs débats : certains y voient la naissance de Vénus, d'autres son cortège triomphal, tandis que d'autres encore y perçoivent la procession marine de Neptune, dieu de la mer. Les avis divergent même quant à la présence effective de Vénus ; la figure centrale pourrait en réalité représenter Galatée, une nymphe marine souvent dépeinte chevauchant un char en forme de coquille Saint-Jacques tiré par des dauphins. Comme en témoigne cette œuvre, Poussin faisait preuve d'une grande habileté pour insuffler de multiples significations et une riche ambiguïté à ses peintures inspirées de thèmes classiques.

L’interprétation du sujet est rendue difficile par le fait qu’Ovide, le principal guide des peintres concernant la mythologie, est assez discret sur les deux ou trois voies possibles. Il ne consacre qu’un vers à Amphitrite dans les Métamorphoses, et n’est guère plus éloquent sur la naissance de Vénus. Le principal texte concernant Aphrodite anadyomène est celui d’Hésiode et il ne correspond pas vraiment au tableau de Philadelphie. Quant à l’union d’Amphitrite et Neptune, elle est à peine évoquée dans les Fastes et expédiée en une ligne par Apollodore, alors que celle de Pluton et de Proserpine est décrite avec force détails par ce dernier comme par les Fastes.

Le tableau est marqué par la présence d’éléments rappelant les noces. La dynamique de la flèche qui part vers Neptune en passant par le flambeau et du regard de Neptune vers la figure féminine, les divers signes de présence de Vénus, son char, ses colombes et ses fleurs, paraissent clairement marquer une relation de désir amoureux et de célébration nuptiale entre les deux personnages sous la protection de Vénus pronuba, la Vénus des mariages. Le cadre nuptial et la présence certaine de Neptune impliquent que le personnage féminin ne peut être qu’Amphitrite.

Le tableau célèbre ainsi les noces d’Amphitrite et Neptune, et plus précisément la procession qui caractérisait les cérémonies de mariage princiers. Et cette procession est conduite par un officiant tout particulier, le dauphin chanceux ayant retrouvé la déesse. Il tient lui-même les rênes du char de la vierge promise au mariage reprenant ainsi la vieille tradition romaine où la jeune-fille était conduite de la maison familiale à celle de l’époux au son de chants joyeux et à la lumière des flambeaux.

Source : Vénus, Amphitrite ou Galatée ; une énigme « historique » résolue dans un chef-d’œuvre de Nicolas Poussin

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