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(1866-1944)
Abstraction géométrique
Esquisse, Dimanche, vieille Russie 1904 Munich, Städtische Galerie
Lied 1906 Collection particulère
Improvisation 3 1909 Paris, Musée National d'Art Moderne
Murnau avec son église II 1910 Collection particulère
La vache 1910 Munich, Musée Lenbachhaus
Improvisation 12, Le cavalier 1910 Munich, Pinakothek der moderne
Improvisation 14 1910 Paris, Musée National d'Art Moderne
Sans titre 1910 Paris, Musée National d'Art Moderne
Impression 3 (concert) 1911 Munich, Musée Lenbachhaus
Composition 4 1911 Düsseldorf, Kunstsam. N. Westfalen
Almanach Der Blaue Reiter 1911 Paris, Musée National d'Art Moderne
Tableau avec cercle 1911 Tbilisi, Georgian National Museum
Avec l'arc noir 1912 Paris, Musée National d'Art Moderne
Composition 7 1913 Moscou, Galerie Tretiakov
Fugue 1914 Riehen/ Bâle, Fondation Beyeler
Trame noire 1922 Nantes, Musée des arts
Composition 8 1923 New York, Guggenheim Museum
Ligne continue 1923 Düsseldorf, Kunstsam. N. Westfalen
Composition 9 1923 New York, Guggenheim Museum
En bleu 1925 Düsseldorf, Kunstsam. N. Westfalen
Jaune-Rouge-Bleu 1925 Paris, Musée National d'Art Moderne
Odeur verte 1929 Paris, Musée National d'Art Moderne
Deux points verts 1935 Paris, Musée National d'Art Moderne
Composition 10 1939 Düsseldorf, Kunstsam. N. Westfalen

Né à Moscou dans un milieu aisé le 4 décembre 1866, Vassily est le fils de Vassily Silvestrovitch Kandinsky et de Lydia Ivanovna Tikheieva. La famille de son père a fait fortune avec le commerce du thé et de la fourrure, sa mère est issue d'une famille noble moscovite. Ses parents sont passionnés de culture, il est initié très tôt au dessin, à la musique et à plusieurs langues étrangères. Il visite à l'âge de trois ans les grandes villes d'Italie.

L'enfant a cinq ans lorsque son père décide de s'installer en 1871 au bord de la mer Noire pour raisons de santé. Vassily passe donc son enfance à Odessa. Ses parents se séparent la même année : sa mère qui se remarie avec un médecin lui rend visite chaque jour chez son père, et c'est sa tante maternelle Élisabeth Ivanovna qui dirige son éducation, elle l'initie en particulier au dessin et à la peinture. À partir de huit ans, il étudie le solfège et le piano, même si sa passion principale reste le dessin ; il commence par la suite l'apprentissage du violoncelle. Il obtient son diplôme de fin d'études en 1885.

Chaque année, pendant son adolescence, il accompagne son père, riche marchand de thé, pour un voyage à Moscou. Il rapporte, rétrospectivement, qu’étant enfant, à Moscou, il était fasciné et exceptionnellement stimulé par la couleur.

En août 1885, il s'inscrit à l’université de Moscou en faculté de droit. Il étudie l'économie politique sous la direction de Tchouprov, puis d'autres disciplines]. En 1889, il participe à un groupe ethnographique qui voyage jusqu’à l'oblast de Vologda, au nord-est de Moscou, pour étudier le droit paysan. La population lui apparaît comme « de vivants tableaux bariolés » ; il voit pour la première fois de l'art populaire, qui semble, d'après ses cahiers, l'intéresser autant que l'objet de sa mission. En 1891, il épouse sa cousine, Anna Filipovna Chemiakina, une des rares étudiantes de l'université de Moscou. Ils divorcent en 1911. En 1892, il obtient son diplôme de droit et devint professeur de jurisprudence à l'université de Moscou.

En 1895, l'exposition des impressionnistes à Moscou, qui ne connaissait que le naturalisme russe (Répine, Chichkine), et la représentation de l'opéra de Wagner, Lohengrin, à laquelle il assiste au théâtre de la cour de Moscou marquent son évolution intérieure. Il écrit que complètement incapable de reconnaître le sujet des Meules de Monet, il fait devant ce tableau l'expérience d'une appréciation de la peinture indépendamment de son sujet. Lohengrin, par un effet de synesthésie, lui semble représenter Moscou. « Je voyais mentalement toutes mes couleurs, elles se tenaient devant mes yeux. Des lignes sauvages, presque folles se dessinaient devant moi ». Les nouvelles théories de la physique, avec la désintégration de l'atome, ont sur lui le même effet sidérant.

Épanouissement artistique (1896-1911)

Kandinsky éprouve un choc en apprenant, en 1897, que le physicien Joseph John Thomson a prouvé expérimentalement l'existence des électrons. Cette découverte, qui contredit le principe de l'indivisibilité de l'atome (du grec ancien « insécable »), remet en cause sa confiance en la science et ébranle jusqu'à sa conception de la réalité. Pour lui, cela condamne le positivisme et son pendant en art pictural, le naturalisme.

En 1896, à l’âge de 30 ans, il refuse une chaire de professeur à l'université de Tartu pour commencer des études de peinture : il s’installe à Munich, où il étudie à l'école de dessin Azbé, puis en 1900 à l’académie des Beaux-Arts auprès de Franz von Stuck qui le critique vivement pour ses « extravagances de couleurs ».

En 1901, il s’institue vite lui-même professeur en créant, avec d’autres artistes munichois, l’association Phalanx qui sera dissoute trois ans plus tard. Par ce biais, il rencontre Gabriele Münter, une artiste germano-américaine, qui sera sa compagne jusqu’en 1914sans qu'ils se marient. Avec elle, il voyage à travers l’Europe et l’Afrique du nord et, en 1906, s’installe à Paris pour un an.

Pour l’essentiel, les peintures de Kandinsky de cette époque ne comportent pas de visages humains. Une exception est Dimanche, Russie traditionnelle (1904), où Kandinsky propose une peinture très colorée, et sans doute imaginaire, de paysans et de nobles devant les murs d’une ville. Sa peinture, intitulée Couple à cheval (1906-1907), montre un cavalier serrant tendrement une femme dans ses bras, qui passe devant une ville russe située sur la rive opposée d’une rivière. Le cheval, caparaçonné d’une étoffe somptueuse, se tient dans l’ombre sous le couvert des bouleaux, tandis que le feuillage et les murailles de la cité se reflètent en une multitude de taches de couleur illuminant l'eau.

Une peinture fondamentale de Kandinsky de ces années 1900 est probablement Le Cavalier bleu en 1903, qui montre un personnage portant une cape chevauchant rapidement à travers une prairie. Kandinsky représente le cavalier plus par une série de touches colorées que par des détails précis. En elle-même, cette peinture n’est pas exceptionnelle, lorsqu’on la compare aux tableaux d’autres peintres contemporains, mais elle montre la direction que Kandinsky suit dans les années suivantes, et son titre annonce le groupe qu’il fonde quelques années plus tard.

De 1906 à 1908, Kandinsky passe une grande partie de son temps à voyager à travers l’Europe, jusqu’à ce qu’il s’installe dans la petite ville bavaroise de Murnau. A cette époque, ses œuvres sont de petites peintures, souvent des paysages dans un style impressionniste, comme des notes de voyages, qui le font passer pour un dilettante auprès du milieu parisien.

Pendant son séjour à Paris en 1907, il peint La Vie mélangée, toile qui clôt le grand ensemble de peintures de son œuvre précoce, réalisée entre 1902 et 1907, et qu'il nomme des « dessins colorés ». Prenant à contre-pied le mouvement des Ambulants, qui proposent des sujets concernant le peuple et qui peignent dans une manière réaliste ou naturaliste, Kandinsky évoque dans ces toiles empreintes de nostalgie le passé lointain, où se côtoient des figures de la vieille Russie, de la vieille Allemagne, ou encore de la période Biedermeier. Dans La Vie mélangée, il « semble qu'en faisant l'amalgame entre la figure et le fond, l'artiste s'exerce déjà dans ce genre de scènes à des visions presque abstraites ».

Ce n’est qu’en 1908, de retour en Allemagne, où il vit avec Gabriele Münter à Murnau, que commence sa véritable carrière d’artiste. Si ses thèmes de prédilection - les paysages, la culture populaire - restent les mêmes, il les traite de manière de plus en plus abstraite grâce à l’autonomie croissante des couleurs.

La Montagne bleue (1908-1909), peinte à cette époque, montre davantage sa tendance vers l’abstraction pure. Une montagne bleue apparaît entre deux grands arbres, l’un jaune et l’autre rouge. Un groupe de trois cavaliers et quelques autres personnages traversent le bas de la toile. Le visage, les habits et la selle des cavaliers sont chacun d’une couleur unie, et aucun des personnages ne montre de détail réaliste. Le large emploi de la couleur dans La Montagne bleue illustre l’évolution de Kandinsky vers un art dans lequel la couleur elle-même est appliquée indépendamment de la forme.

À partir de 1909, ce que Kandinsky appelle le « chœur des couleurs » devient de plus en plus éclatant, il le charge d’un pouvoir émotif et d’une signification cosmique intense. Cette évolution a été attribuée à un ouvrage de Goethe, le Traité des couleurs (Farbenlehre), qui a influencé ses livres Du spirituel dans l’art et Regards sur le passé. L'année suivante, il peint la première œuvre abstraite réalisée à partir d’une conviction profonde et dans un but clairement défini : substituer à la figuration et à l’imitation de la « réalité » extérieure du monde matériel une création pure de nature spirituelle qui ne procède que de la seule nécessité intérieure de l’artiste. Ou, pour reprendre la terminologie du philosophe Michel Henry, substituer à l’apparence visible du monde extérieur la réalité intérieure pathétique et invisible de la vie. Kandinsky a expliqué que l'intuition qui l'avait mené vers l'abstraction s'était produite en 1908, à la vue d'un de ses propres tableaux posé sur le côté, méconnaissable dans la lumière déclinante du crépuscule : A. et L. Vezin, Kandinsky et le cavalier bleu, éd. Terrail, 1991, p. 62 : « C'était l'heure du crépuscule naissant… lorsque je vis soudain un tableau d'une beauté indescriptible… et dont le sujet était incompréhensible… c'était un de mes tableaux qui était appuyé au mur sur le côté. »

Le Cavalier bleu (1911-1914)

Les peintures de cette période comportent de grandes masses colorées très expressives, évoluant indépendamment des formes et des lignes qui ne servent plus à les délimiter ou à les mettre en valeur, mais se combinent avec elles, se superposent et se chevauchent de façon très libre pour former des toiles d’une force extraordinaire.

La musique a eu une grande influence sur la naissance de l’art abstrait ; étant abstraite par nature et ne cherchant pas à représenter vainement le monde extérieur, mais simplement à exprimer de façon immédiate des sentiments intérieurs à l’âme humaine. Kandinsky utilise parfois des termes musicaux pour désigner ses œuvres : il appelle beaucoup de ses peintures les plus spontanées des « improvisations », tandis qu’il nomme « compositions » quelques-unes parmi les plus élaborées et les plus longuement travaillées, un terme qui résonne en lui comme une prière. Kadinsky présente en effet une forme de synesthésie par laquelle il associe des couleurs et des formes aux sons.

En plus de la peinture elle-même, Kandinsky se consacre à la constitution d’une théorie de l’art. Il a contribué à fonder l’association des Nouveaux Artistes de Munich, dont il devient le président en 1909. Le groupe est incapable d’intégrer les approches les plus radicales, comme celles de Kandinsky, du fait d’une conception plus conventionnelle de l’art et se dissout fin 1911.

Il rencontre le peintre Franz Marc et assiste avec lul à un concert d'œuvres d'Arnold Schönberg. Kandinsky entame une longue relation avec le compositeur. Kandinsky fonde alors une nouvelle association, Le Cavalier bleu, avec des artistes plus proches de sa vision de l’art, tels que Franz Marc. Cette association réalise un almanach, appelé L’Almanach du Cavalier bleu, qui connaît deux parutions. C'est le 19 juin 1911 que Kandinsky annonce dans sa lettre à Marc l'idée de faire l'almanach. « une sorte d’Almanach avec images et articles exclusivement réalisés par des artistes ». Le but est de montrer que toutes les formes d’art, si différentes soient-elles, peinture, musique, mais aussi arts populaires, dessins d’enfants, tendent toutes dans la même direction. Car pour Marc et Kandinsky, « la question de l’art n’est pas celle de la forme, mais du contenu artistique ». L’Almanach du Cavalier Bleu renvoie aux cavaliers des mythes populaires. Pour Kandinsky, le cavalier est une métaphore de l’artiste : « Le cheval porte son cavalier avec vigueur et rapidité. Mais c’est le cavalier qui conduit le cheval. Le talent conduit l’artiste à de hauts sommets avec vigueur et rapidité. Mais c’est l’artiste qui maîtrise son talent » (Regards sur le passé).

Davantage de numéros étaient prévus, mais la déclaration de la Première Guerre mondiale en 1914 met fin à ces projets, et Kandinsky retourne chez lui en Russie via la Suisse et la Suède.

Son premier grand ouvrage théorique sur l’art, intitulé Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, paraît fin 1911. Il expose dans ce court traité sa vision personnelle de l’art, dont la véritable mission est d’ordre spirituel, ainsi que sa théorie de l’effet psychologique des couleurs sur l’âme humaine et leur sonorité intérieure. L’Almanach du Cavalier bleu est publié peu de temps après. Ces écrits de Kandinsky servent à la fois de défense, de promotion de l’art abstrait et de démonstration que toute forme d’art authentique est également capable d’atteindre une certaine profondeur spirituelle. Il pense que la couleur peut être utilisée dans la peinture comme une réalité autonome et indépendante de la description visuelle d’un objet ou d’une autre forme. Ce travail éditorial s'accompagne d'une première exposition organisée à Munich en décembre, incluant notamment des peintures d'Arnold Schönberg. Achève Tableau avec cercle, sa première peinture non objective (c'est-à-dire abstralte). En décembre, parution de l'ouvrage Du Spirituel dans l'art, et dans la peinture en particulier, qui fonde un nouvel art de peindre sur le modèle abstrait de la musique.

En 1912 il peint Avec l'Arc noir une des premières œuvres abstraites (qui ne représente rien de la réalité), et conçue comme telle, de l’histoire de l’art. Elle ne représente rien d'autre que des formes et des couleurs libérées de la « figure », de la « représentation » du monde. Cette liberté des formes tend à provoquer des émotions, des sentiments par le jeu de la composition, des harmonies colorées, des équilibres, des masses et du mouvement organisé autour de l'arc noir. Il est comme le chef d’orchestre de toute la toile. Le geste improvisé du peintre révèle malgré tout une mise en scène réfléchie, pensée, où rien n'est laissé au hasard, pour déclencher chez le spectateur une « vibration ». Kandinsky cherche ici à restituer la musique de Wagner, d’où le terme abstraction « lyrique » (lié à la musique). Il est d’ailleurs l'ami du compositeur Arnold Schoenberg, qui écrira la première partition atonale.

Retour en Russie (1914-1921)

En 1914, alors que la guerre éclate, il quitte Munich pour se réfugier en Suisse, puis part pour Moscou où il restera jusqu’en 1921. Là, il commence la rédaction d’un texte, conçu comme le pendant de Du Spirituel dans l’Art, « Du Matérialisme dans l’Art », qui ne sera publié qu’en 1926 : Point et ligne sur plan. Durant cette période, il peint peu, privilégiant, pour des questions matérielles, le dessin et les œuvres sur papier. Puis, tandis que se met en place le nouveau régime, il se consacre à la création des nouvelles structures artistiques du pays, telles que l’IZO, l’organisme d’Etat gérant les arts plastiques.

De 1918 à 1921, Kandinsky s’occupe du développement de la politique culturelle de la Russie, il apporte sa collaboration dans les domaines de la pédagogie de l’art et de la réforme des musées. Il se consacre également à l’enseignement artistique avec un programme reposant sur l’analyse des formes et des couleurs, ainsi qu’à l’organisation de l’Institut de culture artistique à Moscou. Il peint très peu durant cette période. Il fait la connaissance, en 1916, de Nina Andreievskaïa qui devient son épouse l’année suivante. Toutefois, sa situation, tant artistique que financière et politique, est devenue précaire. En 1921, profitant d’une mission officielle, se rendre en Allemagne, au Bauhaus de Weimar, sur l’invitation de son fondateur, l’architecte Walter Gropius, il s’installe en Allemagne avec son épouse Nina. L’année suivante, les Soviétiques interdisent officiellement toute forme d’art abstrait, car jugé nocif pour les idéaux socialistes.

Walter Gropius, directeur du Bauhaus, lui propose un poste d’enseignant : il l’occupera jusqu’à la fermeture de l’école en 1933 et son départ pour la France

Le Bauhaus (1922-1933)

S'installe à Weimar, enseigne à partir de juin 1922 au Bauhaus et dirige l'atelier de la peinture murale. Le Bauhaus est alors une école d'architecture et d’art novateur, qui a pour objectif de fusionner les arts plastiques et les arts appliqués, et dont l’enseignement repose sur la mise en application théorique et pratique de la synthèse des arts plastiques. Kandinsky y retrouve ses anciens condisciples auprès de von Stuck, Paul Klee et Josef Albers. Il donne des cours dans le cadre de l’atelier de peinture murale, qui reprennent sa théorie des couleurs en y intégrant de nouveaux éléments sur la psychologie de la forme. Le développement de ces travaux sur l’étude des formes, en particulier le point et les différentes formes de lignes, conduit à la publication de son second livre, Point et ligne sur plan, en 1926.

Les éléments géométriques prennent dans son enseignement comme dans sa peinture une importance grandissante, en particulier le cercle, le demi-cercle, l’angle et les lignes droites ou courbes. Cette période est pour lui une période d’intense production. Par la liberté dont témoigne chacune de ses œuvres, par le traitement des surfaces riches en couleurs et en dégradés magnifiques, comme dans sa toile Jaune-rouge-bleu (tableau de 1925, dans lequel il transpose l'un des théorèmes du Traité des couleurs de Goethe, la naissance du rouge à partir de la rencontre et de l'intensification mutuelle de la lumière, soit la couleur jaune, et de l'obscurité, la couleur bleue), Kandinsky se démarque nettement du constructivisme ou du suprématisme dont l’influence était grandissante à cette époque.

Les formes principales qui constituent cette toile de deux mètres de large intitulée Jaune-rouge-bleu sont un rectangle vertical jaune, une croix rouge légèrement inclinée et un grand cercle bleu foncé, tandis qu’une multitude de lignes noires droites ou sinueuses et d’arcs de cercle, ainsi que quelques cercles monochromes et quelques damiers colorés, contribuent à sa délicate complexité. Cette simple identification visuelle des formes et des principales masses colorées présentes sur la toile ne correspond qu’à une première approche de la réalité intérieure de l’œuvre, dont la juste appréciation nécessite une observation bien plus approfondie, non seulement des formes et des couleurs utilisées dans la peinture, mais également de leur relation, de leur position absolue et de leur disposition relative sur la toile, de leur harmonie d’ensemble et de leur accord réciproque.

Kandinsky obtient sa première exposition personnelle à New York, à la "Société anonyme". Confronté à l’hostilité des partis de droite, le Bauhaus quitte Weimar pour s’installer à Dessau dès 1925. En 1928, Kandinsky (assisté de Félix Klee) met en scène Tableaux d'une exposition de Moussorgski au Friedrich-Theater à Dessau, seule œuvre scénique de Kandinsky à avoir été jouée en public de son vivant. Il obtient la nationalité allemande. En 1929, Solomon Guggenheim et sa conseillère, l’artiste Hilla Rebay, rendent visite à Kandinsky à Dessau et commencent leur collection. En 1931, décoration murale en céramique d'un Salon de musique pour une exposition d'architecture sous la direction de Mies van der Rohe, à Berlin.

À la suite d'une campagne de diffamation acharnée de la part des nazis, le Bauhaus est fermé à Dessau en 1932 et Kandinsky s’installe à Berlin-Südende car l’école poursuit ses activités à Berlin jusqu’à sa dissolution en juillet 1933. Kandinsky quitte alors l’Allemagne pour s’installer à Paris où il expose en octobre et novembre 1933 au Salon des surindépendants. En décembre, il s'installe à Neuilly-sur-Seine.

La grande synthèse (1934-1944)

À Paris, déchu de la nationalité allemande obtenue en 1928, Kandinsky est apatride. Il se trouve relativement isolé, d’autant plus que l’art abstrait, en particulier géométrique, n’est guère reconnu : les tendances artistiques à la mode sont plutôt le cubisme ou l'Art déco. Il vit et travaille dans un petit appartement dont il a aménagé la salle de séjour en atelier. Des formes biomorphiques aux contours souples et non géométriques font leur apparition dans son œuvre, des formes qui évoquent extérieurement des organismes microscopiques, mais qui expriment toujours la vie intérieure de l’artiste. Il recourt à des compositions de couleurs inédites qui évoquent l’art populaire slave et qui ressemblent à des ouvrages en filigrane précieux. Il utilise également du sable qu’il mélange aux couleurs pour donner à la peinture une texture granuleuse.

Cette période correspond en fait à une vaste synthèse de son œuvre antérieure, dont il reprend l’ensemble des éléments tout en les enrichissant. Il peint en 1936 et 1939 ses deux dernières grandes toiles particulièrement élaborées et longuement mûries qu’il avait cessé de produire depuis de nombreuses années. Composition IX est une toile aux diagonales puissantes fortement contrastées dont la forme centrale évoque un embryon humain dans le ventre de sa mère. Les petits carrés de couleur et les bandes colorées semblent se détacher du fond noir de Composition X comme des fragments ou des filaments d’étoiles, tandis que d’énigmatiques hiéroglyphes aux tons pastels recouvrent la grande masse marron qui semble flotter dans le coin supérieur gauche de la toile.

Dans les œuvres de Kandinsky, un certain nombre de caractéristiques sautent immédiatement aux yeux, tandis que certaines sonorités sont plus discrètes et comme voilées, c’est-à-dire qu’elles ne se révèlent que progressivement à ceux qui font l’effort d’approfondir leur rapport avec l’œuvre et d’affiner leur regard. Il ne faut donc pas se contenter d’une première impression ou d’une identification grossière des formes que l’artiste a utilisées et qu’il a subtilement harmonisées et mises en accord pour qu’elles entrent efficacement en résonance avec l’âme du spectateur.

1937 :Rétrospective « Kandinsky » à la Kunsthalle de Berne. 14 œuvres figurent dans l'exposition « Art dégénéré » à Munich.

1939 : Les Kandinsky obtiennent la nationalité française. L'œuvre Composition IX (1936) est acquise par l'État français.

1941 Malgré l'invitation d'émigrer aux États-Unis d'Alfred Barr, le premier directeur du MoMa de New York, les Kandinsky décident de rester à Paris.

Expose en janvier 1944 chez Jeanne Bucher. Tombe malade en mars et cesse de peindre en juin, Kandinsky meurt d'une attaque cérébrale le 13 décembre à Neuilly-sur-Seine, à l'âge de 78 ans. Il est inhumé au cimetière nouveau de Neuilly-sur-Seine

La beauté est une correspondance entre la nécessité intérieure et la signification expressive. Cette dernière consiste à composer avec des formes et des couleurs et ne doit pas obligatoirement imiter la nature.

Très lié avec Arnold Schöenberg, qui vient de mettre au point son système dodécaphonique, Kandinsky utilise une métaphore musicale : La mélodie (figuration) joue un rôle épisodique et subordonné. L'élément essentiel réside dans l'équilibre et l'arrangement systématique des parties.

Kandinsky distingue trois sources d'inspiration dénommées respectivement :

Ces trois sources d'inspiration vont successivement dominer son oeuvre jusqu'en 1921. A partir de 1922 s'ouvre la période classique où prédominent les grandes compositions.

"Du spirituel dans l'art", 1910-1912:

"Une oeuvre d'art consiste en deux éléments, l'intérieur et l'extérieur. L'intérieur est l'émotion dans l'âme de l'artiste; cette émotion a la capacité d'éveiller une émotion similaire dans l'âme de l'observateur."

"Liée au corps, l'âme est touchée par l'intermédiaire des sens- le senti. Les émotions sont mises en branle et touchées par ce qui est senti. Le senti joue donc un rôle de pont, la relation physique entre l'immatériel (qui est l'émotion de l'artiste) et le matériel, et de la résulte une oeuvre d'art. Et une deuxième fois, le senti sert de pont entre le matériel (l'artiste et son oeuvre) et l'immatériel (l'émotion dans l'âme de l'observateur ). La séquence est donc la suivante: émotion (dans l'artiste)--> le senti--->l'oeuvre d'art--->le senti--->l'émotion (dans le spectateur). Les deux émotions seront semblables et équivalentes dans la mesure où l'oeuvre d'art sera réussie... L'élément intérieur, c'est à dire l'émotion doit exister; autrement, l'oeuvre d'art n'est qu'une tromperie. l'élément intérieur détermine la forme de l'oeuvre d'art."

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