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Impression III (Concert)

1911

Impression III (Concert)
Vassily Kandinsky,1911
Huile sur toile, 78,5 x 100,5
Munich, Musée Lenbachhaus

Impression III (Concert) apparait d'abord est un assemblage de couleurs vives et de formes abstraites. Les couleurs utilisées sont principalement les couleurs primaires : le bleu, le jaune et le rouge.

En réalité, le peintre a voulu transposer les émotions ressenties à l'écoute d'une musique en peinture. Pour lui, chaque couleur représente un son, et les formes associées à ces couleurs amplifient ce ressenti. Ainsi, le jaune représente un son aigu, souligné par la forme triangulaire. Les formes du côté gauche du tableau évoquent un orchestre, la forme noire au centre pourrait représenter un piano.

« Impression III (Concert) » fut créée peu après que Wassily Kandinsky eut assisté à un concert d'œuvres d'Arnold Schoenberg le 2 janvier 1911 à Munich, en compagnie de Franz Marc et d'autres membres de la « Nouvelle Association des Artistes ». Impressionné par les audacieuses innovations de la musique dodécaphonique, Kandinsky entama une correspondance suivie avec le compositeur, qui aboutit notamment à la participation de Schoenberg à l'exposition « Der Blaue Reiter » à la fin de l'année, avec ses peintures réalisées en autodidacte, ainsi qu'à la rédaction d'un article pour l'almanach.

Kandinsky décrivit le captivant tableau « Concert » comme une « impression », une « impression directe de la nature extérieure ». Cela démontre qu'il concevait les « impressions » comme englobant non seulement les impressions visuelles, mais aussi les impressions sensorielles de toutes sortes, qu'il cherchait à illustrer sans recourir à l'approche figurative conventionnelle. « Impression III (Concert) » est fondée sur une expérience acoustique et en incarne la transposition picturale. Le jaune et le noir, avec des accents de blanc essentiels, dominent l'image. Disposée en diagonale, la bande noire forme un triangle irrégulier dans la moitié supérieure du tableau, tandis qu'en dessous, le jaune se déploie dans un mouvement ample et fluide. Il semble inonder la toile de droite à gauche et inversement, enveloppant de son charme les taches colorées de la moitié gauche et leurs arabesques linéaires.

À y regarder de plus près, l'image se révèle être l'essence même d'un concert : on reconnaît le piano à queue noir et les dos courbés et captivés du public. Deux croquis préparatoires au crayon (Centre Georges Pompidou, Paris) montrent clairement les auditeurs assis et, pour certains, debout, adossés au mur de la salle ; pourtant, même là, la division verticale blanche de la colline est déjà visible, qui, provenant peut-être d'un élément architectural du lieu, semble se métamorphoser dans l'image en une « colonne de son » blanche.

L'élément dominant est le « son jaune », l'émanation de l'impression tonale, dont le flux transforme la peinture elle-même en une expérience globale, presque symphonique. Kandinsky semblait associer la couleur jaune à des impressions musicales particulières ; dès 1909, il esquissa une pièce pour une œuvre scénique avec musique, qui fut plus tard publiée dans l’Almanach sous le titre « Le Son Jaune ».

Aucune autre peinture de Kandinsky n’aborde aussi directement le lien avec la synesthésie. Dans son ouvrage « Du spirituel dans l’art », il développe abondamment les correspondances entre les couleurs et certains instruments ou sons. Mais pour lui, l’analogie avec la musique repose essentiellement sur le style de composition abstrait, qu’il considère également comme exemplaire pour la nouvelle peinture non figurative de « l’Âge du Grand Spirituel » : « À cet égard, la peinture a rattrapé la musique, et toutes deux développent une tendance toujours croissante à créer des œuvres “absolues”, c’est-à-dire des œuvres parfaitement “objectives” qui, comme les œuvres naturelles, surgissent purement par loi comme des entités indépendantes “d’elles-mêmes”.»

Texte extrait de : Friedel, Helmut ; Hoberg, Annegret : Der Blaue Reiter im Lenbachhaus München. Éditions Prestel, 2007.

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