Voir : Films et cinéastes canadiens
Pour la suite du monde (Pierre Perrault, 1963)
A history of violence (David Cronenberg, 2005)

Les premiers films

Les premiers films canadiens, sur la vie des fermiers, sont réalisés en 1898 par James Freer. À Halifax, la Canadian Bioscope Company tourne en 1913 le premier long métrage national, Évangéline, sur le thème très identitaire de la déportation des Acadiens. En 1919, le producteur Ernest Shipman tourne à Calgary Back to God’s Country, qui connaît un véritable triomphe. Fort de cette reconnaissance, Shipman produit jusqu’en 1922 une douzaine de films, tournés principalement dans les paysages de l’Ouest.

Henry MacRae réalise en 1922 The Man from Glengarry, un film bien accueilli sur la police montée, sujet alors à la mode. Le premier long-métrage sonore est tourné à Terre-Neuve en 1930 (The Viking, de Goerge Melford et Varick Frissell). Au Québec, les prêtres-cinéastes Maurice Proulx (En pays neufs, 1934-1937) et Albert Tessier jettent les bases du documentaire québécois.

Outre son plaidoyer en faveur de la colonisation des régions éloignées, Maurice Proulx, professeur d’agronomie, s’intéresse à diverses cultures et à l’élevage. Il produit aussi quelques films d’actualité et de promotion touristique.

Albert Tessier est avant tout éducateur et historien. Animateur infatigable, il utilise le cinéma pour accompagner ses conférences et soutenir plus particulièrement son travail d’«inspecteur» des instituts familiaux. En 1980, le gouvernement du Québec créera le prix Albert Tessier.

L’orientation documentaire

En 1939, le documentariste britannique John Grierson fonde l’Office national du film (ONF), qui sera pendant vingt ans le principal foyer cinématographique au Canada, et accentuera la vocation documentaire des films. Le cinéma, lié à l’effort de guerre entre 1940 et 1945 (comme en témoigne la série World in Action), connaît dans l’après-guerre une effervescence sans précédent.

Les conflits politiques au Canada, aggravés par la guerre froide, provoquent pendant quelque temps certaines velléités de censure. La section B (anglophone), particulièrement dynamique, est à l’origine de quelques films importants, en général des courts-métrages (Corral, 1954, poème visuel sur le dressage d’un cheval ; City of Gold, 1957, à base de photos prises en 1897 lors de la ruée vers l’or, tous les deux de Colin Low). L’équipe de la série Candid Eye (1958-1960) annonce la révolution du direct (Back-Breaking Leaf ; The Days Before Christmas, de Terence Macartney-Filgate, 1958).

En 1956, le déménagement de l’ONF d’Ottawa à Montréal stimule la production francophone. On découvre alors les noms des cinéastes de la décennie à venir : Michel Brault (Les raquetteurs, 1958) et Pierre Perrault qui chez Crawley Films, produit une série de films intitulée "Au Pays de Neufve-France" dont il écrit également les textes de la narration(1959), à l’origine du renouveau documentaire ; Claude Jutra (Québec-USA, 1961) et Gilles Groulx (Un jeu si simple, 1964), qui mettront les techniques documentaires au service d’un nouveau type de fiction.

À l’ONF toujours, un Écossais appelé par Grierson, Norman McLaren, a fondé en 1941 un studio d’animation, où il révèle son style tout personnel en travaillant à même la pellicule (Là-haut sur ces montagnes, 1946 ; Il était une chaise, 1957).

Le cinéma commercial produit quelques films mineurs, entre la chronique villageoise (Le curé de village, 1949, de Paul Gury) et le mélodrame (La petite Aurore, l’enfant martyr, 1952, de Jean-Yves Bigras). À l’époque, un titre émerge de la production francophone : Tit-coq de Gratien Gélinas (1953). Côté anglophone, parmi les longs-métrages tournés à Toronto, figure notamment A Cool Sound from Hell (1958) de Sidney Furie, qui connaît un grand succès en Grande-Bretagne et surtout aux États-Unis.

Depuis les années soixante

Le cinéma francophone

Après une période hésitante, le cinéma canadien, essentiellement grâce à l’ONF, attire l’attention des cinéphiles du monde entier. L’apparition d’un matériel plus léger, qui offre des possibilités d’enregistrement simultané de l’image et du son, ouvre de nouvelles perspectives à certains cinéastes américains, français et québécois, qui échangent leurs idées et leurs expériences. C’est la grande période du cinéma direct, appelé par erreur Cinéma Vérité. Pour la suite du monde (1963), de Michel Brault et Pierre Perrault permet de mieux apprécier un domaine exploré à la même époque en France par Jean Rouch et par Chris Marker, et aux États-Unis par Richard Leacock. Perrault réalise avec la même acuité Le règne du jour (1967) et Les voitures d'eau (1968).

Simultanément, des films influencés par les nouvelles techniques introduisent dans la fiction un regard neuf dans des productions indépendantes réalisées par des cinéastes issus de l’ONF : en témoignent, par exemple, À tout prendre (1963) de Claude Jutra, et Le chat dans le sac (1964) de Gilles Groulx. Désormais, le documentaire québécois - coïncidant avec le regain culturel de la province - développe des formes diverses, du reportage au poème en passant par le film d’intervention sociale.

Parmi les plus grands réalisateurs de cette époque figurent notamment Arthur Lamothe, avec deux séries de films sur les Amérindiens (Carcajou ou le Péril blanc, 1973-1978 ; Innu asi, 1979-1980), Fernand Dansereau (Saint Jérôme, 1968) et George Dufaux (Au bout de mon âge, 1976). Perrault continue sa découverte du Québec, de l’île aux coudres de ses débuts à l'orignal de La bête lumineuse (1982) jusqu'aux aux boeufs musqués du Grand Nord (Cornouailles, 1994).

La plupart des cinéastes ayant débuté avec le documentaire à l’ONF poursuivent leur carrière dans la fiction : Gilles Carle (La vie heureuse de Léopold Z, 1965 ; La postière, 1992); Denys Arcand (On est au coton, documentaire, 1970 ; Le déclin de l’empire américain, 1986, et Jésus de Montréal, 1988, deux grands succès internationaux); Pierre Falardeau (Octobre, 1996) ; Michel Brault (Entre la mer et l’eau douce, 1967; Les ordres, 1974, subtile association documentaire-fiction; Mon amie Max, 1994); Jean-Claude Labrecque (La visite du général de Gaulle au Québec, documentaire, 1967; L’affaire Coffin, 1980; Le frère André, 1987); Jacques Leduc (On est loin du soleil, 1971).

Deux cinéastes, à l’écart du documentaire et de l’ONF, poursuivent une oeuvre singulière et forte : Jean-Pierre Lefebvre, auteur du Révolutionnaire (1965) et de Au rythme de mon coeur (1983), et André Forcier, réalisateur de Bar Salon (1974) et du Vent du Wyoming (1994).

Le cinéma anglophone

Le Canada anglophone se manifeste parallèlement par des films qui ont quelque mérite à rester hors du modèle hollywoodien. Le documentaire, outre les pionniers Colin Low et Wolf Koenig, fait preuve de sa vitalité à travers l’oeuvre de Donald Brittain ou de Robin Spry. Le cinéma de la côte Ouest se différencie de son homologue oriental dans le documentaire (Who Has Seen the Wind, 1977, Allan King) et dans la fiction (The Ernie Game, 1967, Don Owen). Il excelle dans le film expérimental (Canadian Pacific, 1974, David Rimmer), genre illustré à l’est par Michael Snow (la Région centrale, 1970-1971).

Deux cinéastes atteignent une audience internationale : Atom Egoyan, d’origine arménienne (The Adjuster, 1991; Calendar, 1993; Exotica, 1994; De beaux lendemains, 1997; Le voyage de Félicia , 1999), qui rappelle la diversité du creuset canadien. David Cronenberg, réalisateur de La mouche (1986), de Faux-semblants (1988) de Crash (1996), Spider (2002), A history of violence (2005) exploite avec raffinement des genres américains par excellence, horreur et fantastique, et s'impose comme l'un des meilleurs cinéstes des années 1990 et 2000.