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1962 (Jérôme). Pauline, dix-sept ans, est étudiante en terminale dans un lycée parisien. Elle chante dans une chorale et rêve de quitter sa famille. Rentrée dans la boutique d'un jeune photographe, elle regarde des photos de femmes qu'elle trouve trop tristes. Dans l'une d'elles, Pauline reconnaît Suzanne, une ancienne voisine qui avait déménagé suite à un scandale. C'est la compagne du photographe, Jérôme, qui lui donne leur adresse. A vingt-deux ans, Suzanne a déjà deux enfants et est accablée par les soucis. Jérôme multiplie les clichés pour obtenir la bonne photo sans pouvoir en vendre aucune et survit en développant des photos amateurs. Sans argent, sans pouvoir travailler avec ses enfants en bas âge, Suzanne se désespère d'être enceinte de son troisième enfant. Pomme devient l'amie de Suzanne et l'aide à trouver l'argent nécessaire pour avorter. Elle demande 20 000 francs à ses parents pour un stage de chorale à Avignon et garde les enfants de Suzanne pendant que celle-ci part en Suisse avorter. Lorsque Pauline rentre chez elle, elle reçoit une gifle : ses parents sont descendus à Avignon pour l'écouter. Pauline décide de les quitter et se lance dans la chanson grâce à une amie de la chorale qui l'héberge et lui trouve une place de choriste pour un chanteur de rock.
Jérôme, qui ne parvient pas à trouver sa voie dans la photographie, se pend dans son atelier. Suzanne et Pauline assistent à son enterrement à l'écart de la famille de la femme de Jérôme. Elles repartent avec les enfants. Suzanne, sans aucune ressource, revient dans la ferme de ses parents près de Soissons.
Dix ans plus tard, en octobre 1972, lors d'une manifestation devant le tribunal pour mineurs de Bobigny où Marie-Claire, une jeune fille de seize ans, est jugée pour avoir avorté, Suzanne qui travaille au planning familial, rencontre Pauline qui se fait désormais appelée Pomme depuis qu'elle chante avec un groupe d'amis. Suzanne doit rentrer à Hyères dans le Midi en autocar après n'avoir pu échanger que quelques mots avec Pauline qui lui a présenté son compagnon Darius, un iranien. Les deux femmes promettent de s'écrire longuement mais vont échanger de courtes cartes postales pour se tenir au courant de leurs vies respectives.
Suzanne raconte sa vie difficile après son départ de Paris auprès de ses parents qui condamnent sa situation de fille-mère. Elle est toutefois heureuse de voir ses enfants aimer la vie à la campagne, même dans la ferme au sol gelé. Après quelques mois, elle trouve la force de travailler dans une usine de jouets où elle se sent intégrée dans la communauté des ouvrières. Puis elle apprend à taper à la machine et trouve un emploi au planning familial.
Pomme raconte sa rencontre avec Darius à Amsterdam en 1971 où elle était venue avorter avec un groupe de femmes. Son attitude l'avait séduite et elle lui dédicaça une photo d'elle sur le bateau mouche où elle avait chanté Amsterdam-sur-Eau pour ses compagnes d'infortune. Pomme avait retrouvé Darius à Paris où il travaillait comme économiste. Pomme en compagnie de sa troupe parcourt les villages et les salles des fêtes et répète ses spectacles. A court d'argent, elle sollicite un fonctionnaire du ministère de la culture qui lui avait fait miroiter une subvention. Quand elle lui est refusée, elle éclate en sanglots et Darius lui propose alors de venir en Iran avec lui.
Suzanne raconte sa vie heureuse bien que solitaire avec ses enfants, Marie et Mathieu. Quand celui-ci se casse la jambe, elle rencontre le pédiatre Pierre Aubanel pour lequel elle éprouve le coup de foudre mais le tient éloigné car elle refuse une relation avec un homme marié. Ses enfants regrettent pourtant bientôt l'absence de Pierre.
En Iran, Pomme a l'impression de vivre dans une carte postale avant d'être séduite par le sud du pays et souhaite alors un enfant de Darius. Elle l'épouse mais bien vite, elle ne supporte pas sa vie de femme oisive et la répartition conformiste des taches dans le couple. Elle décide de rentrer en France pour accoucher.
Pomme retrouve ainsi Suzanne qui se réjouit de sceller leur amitié dans cette naissance qu'elles préparent ensemble. Suzanne avoue n'être jamais partie en Suisse pour avorter car elle avait besoin d'argent pour payer les factures. L'avortement clandestin s'était mal passé. Elle avait subi des complications l'obligeant à des visites quotidiennes à l'hôpital et elle ne peut plus avoir d'enfant. Pomme accouche d'un garçon auprès de Darius, rentré d'Iran tout exprès. Pierre annonce à Suzanne qu'il a divorcé. Pomme refuse de retourner dans le pays d'origine de son mari. Darius n'accepte pas de lui laisser l'enfant. Le couple conclut un accord : Darius pourra emmener le bébé à condition qu'il fasse un autre enfant à Pomme.
Pomme, enceinte, renoue avec sa vie de chanteuse à l'intérieur du groupe des Orchidées. Sur la route, elles rencontre Zorro et son papa, François, un fils-père qui, comme mime et magicien, les accompagne dans leur tournée.
Suzanne épouse Pierre. Ses deux enfants sont grands et Marie sait repousser les avances trop directes de son petit ami. Pomme et Les Orchidées chantent l'oppression des femmes au travail et dans le couple. François et Zorro s'en vont. Pomme accouche d'une fille qu'elle prénomme Suzanne, puis reprend sa tournée. Sans nouvelles de son amie Suzanne, elle vient à sa rencontre à Hyères. Pour le planning familial, Les Orchidées chantent La femme bulle ce qui suscite l'interrogation d'une femme trouvant les paroles culpabilisantes pour celles qui veulent avorte. Pomme dit son souhait d'exprimer toutes les facettes de ce qu'elle ressent. La chanson trouve un bon accueil autour en bord de mer.
1976 (épilogue). Dans une grande maison louée pour les vacances, les amis et amies de Pomme et Suzanne se retrouvent joyeux, font de la musique, examinent les anciennes photos. Marie a 17 ans, la vie ne sera sans doute pas plus facile pour elle mais peut-être plus simple et plus claire.


La comédie musicale d’Agnès Varda célèbre l'amitié indéfectible de deux femmes sur 15 ans, de 1962 à 1976. Elle enjambe les révoltes de mai 1968 pour traquer l’oppression patriarcale qui demeure tout au long des années 70 et contre laquelle les Suzanne et Pauline doivent "lutter pour conquérir le bonheur d'être femme".
Avec ses neuf chansons sur des textes d’Agnès Varda et la musique de François Wertheimer, de la bouleversante Amsterdam-sur-eau à la féerique Femme-bulle en passant par la combattante Papa Engels, c'est le seul film d’Agnès Varda proche de l'univers de Jacques Demy. La réalisatrice laisse néanmoins une large place à ses constantes de toujours : le féminisme, l'art de la photographie et la saisie documentaire avec des spectateurs de toutes générations et catégories sociales réagissant en direct aux chansons de rue.
Ode à l'énergie féminine. D'un côté l'mpertinence salutaire de Pauline. D'une part chez ses parents en 1962 : le mariage et la prostitution, c’est un peu pareil; frappe si ça te fait plaisir ; tu n’es pas au courant des tarifs en parlant de l'avortement. Mais tout du long : Suzanne, c'est comme l'amour mais sans salade ; Sans vrai argent pas de vrai enthousiasme ; Comme le dit Friedrich Engels : dans la famille, l'homme est le bourgeois et la femme le prolétariat. De l'autre le misérabilisme de Jérôme: "je travaille mais je ne sais pas gagner de l'argent" et il demande pardon avant de se pendre.
Espoir mesuré dans dans la transmission et l'avenir : C'est sûr, elles étaient différentes, l'une chantait l'autre pas mais elles étaient aussi pareilles. Elles avaient lutté pour conquérir le bonheur d'être femme. Peut être leur lutte optimiste pouvait servir à d'autres ; à Marie par exemple qui devenait une femme. Personne ne pensait que ce serait plus facile pour elle mais ce serait plus simple, plus clair.