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Et Dieu... créa la femme

1956

Avec : Brigitte Bardot (Juliette Hardy), Curd Jürgens (Eric Carradine), Jean-Louis Trintignant (Michel Tardieu), Jane Marken (Madame Morin), Jean Tissier (M. Vigier-Lefranc), Isabelle Corey (Lucienne) ,Christian Marquand (Antoine Tardieu). 1h35.

Saint-Tropez. Juliette, orpheline de 18 ans, d'une beauté sensuelle et involontairement provocante, a été recueillie par les Morin, vieux ménage sans enfants. Éric Carradine, la quarantaine séduisante, propriétaire d'une boite de nuit tourne autour d'elle. Mais elle est amoureuse d'Antoine Tardieu qui dirige, avec sa mère et ses deux frères Michel et Christian. un petit chantier naval. Comprenant qu'Antoine ne voit en elle qu'un passe-temps, elle se refuse à lui. Menacée d'être renvoyée à l'orphelinat, elle accepte d'épouser Michel, son amoureux transi.

Antoine travaille maintenant avec son frère pour le compte d'Éric. Son retour provoque des tensions entre les deux frères. Antoine sauve Juliette de la noyade alors que son bateau a pris feu. Ils deviennent amants. Michel l'apprend. Folle de honte, Juliette s'enfuit mais Antoine s'oppose à son frère lorsqu'il veut la retrouver, ils se battent violemment, Michel a le dessus.

Michel retrouve Juliette dans une boite de nuit où elle danse un cha-cha-cha effréné. Éric est là... Michel sort un revolver de sa poche. Éric tente de lui faire comprendre que sa femme l'aime encore malgré les apparences mais il tire, blessant légèrement Eric. Michel gifle Juliette violemment, elle ne dit rien et se laisse emmener par celui qui désormais sera le seul homme de sa vie.

"Et Dieu créa la femme est un film sensible et intelligent ; c’est un film typique de notre génération, car il est amoral (refusant la morale courante) et puritain (conscient de cette immoralité et s’en inquiétant)".

A l’instar de cette critique de François Truffaut dans Les Cahiers du cinéma, la réception du film en France fut plutôt tiède. Les journalistes reprochaient la facilité du sujet et le choix des acteurs, hormis Jurgens. Ils jugeaient Bardot sans indulgence, trouvant qu’elle avait le verbe traînant et l’articulation douteuse. Du coup, l’exclusivité des salles des Champs-Élysées ne dura que la moitié du temps prévu par le contrat. Par contre, les États-Unis réservèrent un accueil triomphal au film.

Ceux-ci étaient probablement en avance économiquement et sociologiquement ayant connu le développement impressionnant de la consommation de masse de l'après guerre. L’électroménager en pleine expansion libérèrent la femme d’un certain nombre de contraintes. Dans un tel contexte, les mentalités évoluèrent rapidement. Ainsi, les tenues provocantes de Brigitte Bardot surprirent moins les spectateurs que sa volonté de jouir sans entraves. Faisant fi des travaux ménagers, elle imposait une nouvelle féminité à la recherche de son plaisir, et en particulier de sa liberté sexuelle. Les codes moraux vacillants et les censures s’assouplissant progressivement, B.B. devient donc l’incarnation d’un rêve collectif, la réponse à une attente non formulée d’une nouvelle génération de consommateurs.

Juliette, le jeune personnage campé par Brigitte Bardot, trouve sa raison d’exister dans la jouissance de la vie. Aimer, sortir et danser, sans plus de malice, sont ses plaisirs. Ainsi dans la première scène une voiture décapotable s’arrête devant la porte d’entrée d’un pavillon. L’homme qui la conduit, Carradine en descend et se dirige vers la terrasse où sèche du linge. Derrière un drap Juliette, est étendue, nue. Mme Morin se rend compte que son mari a, lui aussi, profité du spectacle offert par Juliette. Juliette secoue ainsi la morale du village et provoque l’hostilité de son entourage. Ce personnage libéré – qui fit tout autant scandale que la sensualité de son actrice – illustre le phénomène naissant de la remise en cause de la morale qui mènera à la contestation des valeurs traditionnelles dans les années 60 (Lors du mariage, Juliette abandonne les réjouissances pour faire l’amour avec son époux).

Bien qu’antérieur à l’apparition de la pilule (légalisée en France en 1967), Et Dieu créa la femme préfigure également la révolution sexuelle des années 1960-1970. Plus spécifiquement, Juliette affronte la place traditionnelle accordée à la femme, illustrée dans le récit par le choix qui lui est posé entre le pensionnat et le mariage, tous deux assimilés à un moyen de restreindre sa liberté.

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