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Avant de partir pour le week-end, la mère de Clara lui rappelle les consignes pour passer la soirée prévue avec ses copines :pas de garçon, pas d'alcool, commander des pizzas. Elle ne veut pas que quelque chose de mal lui arrive.
Clara regarde un feuilleton télé avec Lee Marvin, un tueur qui a assassiné pour 18 dollars un type qui a croisé par hasard,quand ses copines sonnent à la porte. Elles passent l'après-midi dehors et décident de se faire peur en livrant, tour à tour, des récits terrifiants. Une voix off dit alors vouloir répondre à ses visiteurs au sujet d'une chose terrible qui s’est passée cette nuit de 1996 et qu'elle veut bien tout raconter dans les détails.
La première à raconter une histoire, ce fut Mel, une histoire moyenâgeuse dont la voix off dit avoir oublié les détails alors qu'elle se souvient surtout des mimiques de Mel, toujours volontaire pour être la première. Une fois rentrées à la maison, les filles veulent déchiffrer une poésie ancienne, dans un livre Clara du père de Clara. Elles y découvrent une coupure de presse au sujet d'une adolescente de 15 ans découverte étranglée à San Francisco. Pourquoi l'a-t-il gardée ; serait-il l'assassin ?
Alors que la nuit tombe, les filles écoutent Emily raconter l'histoire d'Agnès, une jeune chrétienne de douze ans qui avait promis sa vie au Christ et refusa toutes les propositions de mariage, même celle du fils du préfet qui finit par découvrir sa foi, alors combattue par Dioclétien. On la traîna au bout d'une corde jusqu'à un bordel où elle fut violée sur un balcon à la vue de tous. Mais elle se débattit tant qu'elle creva les yeux de l'homme faisant tomber sur elle le sang de ses yeux. Elle fut alors traînée de nouveau jusqu'à une autre place pour l'exécution, la peine de mort étant requise. Là, le bûcher refusa de s'enflammer mais le fils du préfet exigea qu'elle fut tuée d'un coup d'épée puis décapitée.
Becca proposa alors un jeu horrifique avec un miroir et une bougie. Si en remontant l'escalier à reculons, une fille voyait apparaître la tête d'un homme, ce serait son mari ; si elle voit un crâne, c'est qu'elle mourra avant de se marier. Mel refusa et c'est Clara qui accepta de faire l'expérience. En remontant l'escalier, elle vit un crâne, lâcha le miroir de surprise et s'excusa en disant qu'il était tombé sans qu'elle n'ait rien vu.
C'est ensuite au tour de Suzie de raconter son histoire horrible, le visage encadré de bougies. La voix fait comprendre qu'il s'agit d'elle, adolescence. Suzie raconte l'histoire de Mary-Ann, amoureuse de Jeanne, ce qui suscita la jalousie de Melinda. Celle-ci en parla tant à ses trois amies que celles-ci lui dirent que la seule façon de se débarrasser de cette haine serait de tuer Mary-Ann. Que ferait celle-ci si on l'embarquait dans une voiture et que Melinda surgissait devant elle, de dessous une couverture, avec un couteau ? Un soir, elles décident donc de faire croire à Mary-Ann que Jeanne la demande près du château aux sorcières, lieu de drague connu des jeunes. Mary-Ann ne pouvait sortir en douce que deux heures plus tard et les filles en profitèrent pour se saouler dans l'intervalle. Mary-Ann accepta de les suivre et commença son long calvaire, agressée, lynchée et finalement brûlée vive.
Becca, que l'histoire a ennuyé, propose un autre jeu, qu'elle promet plus angoissant. Elle entraîne les filles dehors et prétend faire venir le diable en utilisant la bague d'Emily où chacune devra verser une goutte de sang. Même si les deux mains noires d'une figure étrange apparaissent, les filles en sont quittes pour une belle frousse et regagnent la maison sans avoir retrouvé la bague. Clara et Emily sortent pour fumer quand Emily retrouve soudain la bague éperdue. Elle regarde devant elles une forme qui s'avance.
La voix off de Suzie, désormais vieille, explique que c'est ainsi que se termine cette horrible histoire dont elle n'a pas à raconter les détails puisqu'ils figurent dans tous les journaux.
Graham Swon
explique dans le dossier de presse "Il me fallait travailler non pas à la manière traditionnelle du cinéma narratif, mais plus proche de celle de la radio ou des débuts de la télévision - un style narratif que le cinéma institutionnel avait toujours dédaigné, une structure fixe dans laquelle le personnage fait le récit des événements plutôt qu’il ne les joue. Cette façon de procéder est issue du théâtre grec antique, dans lequel les meurtres et les suicides horribles ne sont jamais représentés, seulement annoncés par l’intermédiaire de la musique et des paroles. Le sang n’existe que dans l’esprit du spectateur. Je veux que le spectateur soit en communion directe avec la cruauté des événements. Je veux qu’il s’abandonne à la multiplicité des récits, qu’il les laisse se mêler à son sang, de manière qu’à cet instant seulement, il prenne conscience avec horreur de l’atroce réalité de chaque histoire".
Pour se faire Graham Swon met en scène un choix de plus en plus radical avec l'utilisation du plan fixe. Si la première histoire est rapidement interrompue, celle d'Emily dure une vingtaine de minutes et celle de Suzie près du double avec un plan qui plus est resserré sur son seul visage.
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Emily raconte son histoire alors que le soir tombe, obscurcissant l'arrière-plan où se dégage la forme d'une croix. Ainsi, telle une vierge chrétienne Emily s'identifie à son personnage. Suzie est cadrée entre quatre bougies rappelant les histoires de fantômes et autres récits démoniaques.
Ces plans rendent grâce à la réelle performance des actrices qui savent capter notre attention par des détails oratoires ou des mimiques (adresse à l'auditoire, relance, humour même) sans perdre la dimension horrifique du récit. "J’avais envie de plans-séquences, pour que l’on voie l’actrice en train d’essayer de jouer son texte, plutôt que de mêler plusieurs prises et de choisir les meilleurs moments. On aurait alors perdu cette dimension humaine de la comédienne au travail". Il ajoute : "J’ai pris soin aussi de caster des actrices qui ont à peu près l’âge des personnages, avec des visages qui ne sont pas tout à fait adultes".
Le thème de l'innocence perdue d'adolescentes au sommet de leur beauté, de leur liberté et de leurs espoirs rappelle celui de Virgin Suicides ou de son modèle affirmé, Pique-nique à Hanging Rock. Mais, sur ce thème, c'est l'univers inquiétant de David Lynch qui est convoqué, celui de Blue Velvet (1986) mais plus encore, selon les dire du réalisateur celui de Twin Peaks : Fire Walk With Me (1992) avec la fameuse bague de Lil et pour la scène qui est, inconsciemment, à l'origine du titre : au One High Jacks où avec une musique très forte en fond, Laura pose une question à un client, une autre fille lui répond : "Laura, le monde est plein de mystères, tu ne peux pas tout comprendre". Les références du réalisateur, extrêmement cinéphile, se déploient aussi autour de tous les films effrayants sans – ou très rarement – qu’il y ait un cadavre : La Féline (Jacques Tourneur, 1942) ou Vaudou (Jacques Tourneur, 1943) et plus tardivement Halloween (John Carpenter, 1978) ou Creepshow (George Romero, 1982) pour les histoires emboîtées.
Si couleurs,et éclairages sont soignés, il en est de même de la musique, celle un peu atmosphérique ou horrifique utilisée lors des scènes dans les bois, pendant l’histoire de Agnès, composée par Rae, la femme du réalisateur ; la musique de François Couperin pendant l’histoire racontée par Suzie Et il y a un thème mélodique qui apparaît pendant les transitions, entièrement composé par Lena Raine qui travaille principalement pour des BO de jeux vidéo.
Jean-Luc Lacuve, le 10 avril 2026.
Sources :