Donbass

2018

Cannes 2018  : Un certain regard prix de la mise en scène Avec : Tamara Yatsenko (Plump-faced Woman), Irina Zayarmiuk (Creature), Grigory Masliuk (Le maire de la ville), Olesya Zhurakivska (La fille au seau),Lyudmila Smorodina (Femme en bleu), Boris Kamorzin (Mikhalych), Mikhail Voloshin (L'homme à la cape), Evgeny Chepurnyak (Le physicien). 2h02.

Dans le Donbass, territoire occupé, Ukraine orientale.

1- Dans une caravane, studio de maquillage pour un tournage, on maquille des figurants. Ils sont bientôt appelés à sortir alors que se font entendre des bruits d'explosions. Ils "témoignent" sur la place du village des bombardements incessants des Ukrainiens qui les terrorisent les empêchent de dormir.

2- Dans la salle de réunion de la mairie, une femme surgit et verse un seau de merde sur la tête du maire qui demeure interdit. Sa femme et première adjointe, insulte celle qui vient d'agir ainsi. Celle-ci explique avoir faits cela car on a sali sa réputation dans le journal.

3-Dans la maternité, Boris Kamrazine, tente de persuader infirmières et sages-femmes que la pénurie de médicaments étude vivre est le fait de leur ancien chef de service, Nikolaï Kovalenko qui a pris la fuite. Il montre l'arrière cuisine pleine de frigos  de viande, saucissons, farines te médicaments. Il se revendique une influence auprès des séparatistes pour dorénavant bien les approvisionner. Les infermières écoutent d’un air las cette propagande et retournent au travail.

4-Au check-point de l'armée ukrainienne Boris Karamzine est contrôlé.

5 - Dans l'autre sens, un car ramène des réfugiés en Ukraine occupée, près de Spartak. Ils sont mis torse nu par une cheffe militaire qui les insulte.

6 - Un journaliste allemand avec un guide local tente d'interroger des militaires qui ne se reconnaissent pas de chef. C'est Tchapaion qui se dit antifasciste qui vient lui faire la morale. On tire sur eux

7-Une autre équipe de télévision filme les conditions épouvantables dans lesquelles  des refugiés vivent dans  un abri sous-terrain. Une bourgeoise tente vainement d'en tirer sa mère

8- Elle se rend au siège du gouvernement régional en Ukraine oriental. Elle y est secrétaire. Le président de région rencontre une délégation minable de la fondation du martyre Théodose qui cherche reconnaissance et honneur en proposant une remise de médailles : l’exploit et sainteté main dans la main. Ils n'obtiennent pas grand chose

9-Dans la cour, Kamar et Bondar, deux miliciens sont accusés de vol à la tire non loin, à Lomovka. Le premier est violemment bastonné. Honteux de ce qu'ils lui ont fait, les miliciens renoncent à bastonner le second

10-Au QG de la police, Semion est venu récupérer sa jeep volée. En fait, il est obligé de signer une remise de son véhicule à la milice. Il est victime, comme d'autres d'une extorsion de fond.

11- Un prisonnier ukrainien, "un punisseur"  est exposé en place publique, la colère des habitants contre lui est proche du lynchage

12-Devant une mairie, les invitées arrivent pour le mariage d'Ivan et Angela. L'adjointe a du mal à ne pas se laisser entrainer par la vulgarité de l'assistance ultranationaliste. Des soldats sen font astiquer leur calibre: ils tirent sur un bus près d’un check-point avec des lance-roquettes depuis un champ en territoire occupé; départ des camions ; dans la nuit attaque de la voiture.

13-Dans la caravane, studio de maquillage, les mêmes figurants sont maquillés de nouveau, se plaignant de n'avoir pas été payés. Un militaire arrive et ordonne à ses soldats de les exécuter. La police et les ambulances arrivent immédiatement pour une nouvelle mise en scène de la "sauvagerie des ukrainiens"

Chaque séquence est liée à la suivante par un lieu ou un personnage en commun dans une sorte de jeu un peu absorbe de marabout-bout de ficelle. C'était déjà le cas dans Le fantôme de la liberté (Buñuel, 1974) dans lequel un personnage fait le lien entre un épisode et le suivant. Ici, la forme est inspirée par la volonté de montrer toute la palette de la folie de la guerre.

Sergueï Loznitsa est parti de vidéos qu'il a trouvé sur YouTube, filmées et postées sur Internet par des personnes vivant dans ce qu’il appelle dans le film "Territoire occupé, Ukraine orientale", c'est à dire dans le Donbass occupé par les séparatistes pro-russes. La petite ville souvent citée est une réplique de Donetsk dans laquelle Loznitsa n'aurait évidemment pas été le bienvenu. Sept des treize épisodes qui composent le film s’inspirent directement de ces vidéos. Loznitsa en a accentué la dimension dramatique et donné à chaque épisode une fin. Ainsi la scène où des prisonniers de guerre s’en prennent à des camarades et les rouent de coups de bâtons ou celle du mariage hystérique. La caméra produit une sorte de théâtralité qui accentue le chaos, la corruption, l'arbitraire, les mensonges, les manipulations et la régression de gens décomplexés qui se croient tout permis. Toutes les personnes qui se filment jouent à être quelqu’un. Sans idées propres, elles ne sont que de purs instruments de leur délire.

Ce carnaval burlesque se mue en horreur pure. Des personnes innocentes meurent dans un autocar au poste de contrôle près de Volnovakha lorsqu'il est pris pour cible par des roquettes, Puis c'est l'assassinat des figurants devenus trop exigeants et gênants et finalement plus utiles à la propagande morts que vivants

Sergei Loznitsa expose ainsi la barbarie dans laquelle a sombré l’est de l’Ukraine, passé sous occupation prorusse. Sa colère a pu apparaitre disproportionnée et non motivée en 2018. Les évènements 2022 lui ont cependant donné raison.

Jean-Luc lacuve, le 28 février 2022