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Le jour de son retour

2026

(Geunyeoga doraon nal). Avec : Song Sunmi (Bae Jeong-su), Cho Yunhee (Kim Young), Park Miso (Park Jun-hee), Kim Sun-jin, Kang Soyi, Oh Yunsu, Ha Seong-guk (Le cinéaste), Shin Seok-ho (Le manageur). 1h25.

Suite à son récent divorce, une grande actrice coréenne Bae Jeongsuretourne sur le devant de la scène douze ans après sa dernière apparition à l’écran. À l’occasion de la sortie du film, elle s’entretient successivement avec trois jeunes journalistes venues l’interroger sur son nouveau projet, mais aussi sur sa vie personnelle et les raisons de sa séparation...

Dans ce film chapitré en cinq parties, le dispositif est sans doute plus complexe qu'il n'y paraît, les trois premières parties étant filmées après les deux dernières. Au lieu de diffracter une personnalité en autant de variations possibles, Hong filme cette fois trois jeunes femmes, débutantes dans l'interview, appelées à chaque fois par une actrice expérimentées à être elles-mêmes et s'aimer. Foi dans la jeunesse.

Le film de trois interviews puis sa préparation

Les trois interview qui constituent les trois premières parties sont filmées dans un beau noir et blanc alors que la répétition qui en constitue la quatrième, puis, cinquième et dernière partie, la séparation de Bae avec sa professeur ont des contours plus granuleux. Le cinéaste, hors champ lors des trois interviews dont il signale la fin, est entraperçu à la fin de la première partie.

Cette présence du cinéaste est pour le moins étrange. A-t-on jamais vu un cinéaste filmer lui-même les interviews données par une actrice ? Il est donc bien plus probable qu'il soit le cinéaste (joué par Ha Seong-guk) qui filme ces interviews dans le but de faire le film que nous voyons. Et comment dans la quatrième partie, Bae, qui a joué avec tant de naturel lors des trois interviews, pourrait se montrer aussi maladroite et empruntée lorsqu'elle les retranscrit puis les joue dans son atelier d'écriture ? Il est bien plus vraisemblable que ce à quoi nous assistons dans cette quatrième partie ce sont les répétitions de ce qui donne les trois premières parties du film.

Quatrième partie : apprendre à répondre à une interviews

Les interviews elles-mêmes comportent un seul plan pour la première, deux par la deuxième et un à nouveau pour la troisième. Ils sont émaillés par un recadrage, un zoom avant pour la première par un zoom arrière pour la deuxième. Quelques plans d'extérieur viennent aérer le dispositif ou le compléter lorsque Bae regrette d'en avoir trop dit et demande à ne pas publier certains passages. Pour obtenir des dialogues fluides durant de longues minutes dans un film qui comporte si peu de plans, il faut bien entendu des acteurs d'exceptions, ainsi ceux qui gravitent autour de Hong Sang-soo depuis des années. Ce travail ne s'obtient pas tout seul. C'est le but de cette quatrième partie de montrer qu'à partir d'une improvisation, on va progressivement obtenir ce jeu fluide. Il est d'ailleurs à noter que Song Sunmi qui jouait dans Matins calmes à Séoul fait son retour dans le cinéma de Hong Sang-soo alors que l'expérimentée Park Miso joue l'expérimentée répétitrice face à la première.

Être soi-même, s'aimer, trois fois

La limite de l'exercice est cependant que les interviews, ne reposant pas sur un film préalable, sont un peu ternes. Dans la première, c'est la vie privée de Bae qui est interrogée, la naissance de sa fille il y a onze qui l'a éloigné des plateaux, son divorce récent, ses antécédents alcoolique. Le jeune intervieweuse est sensible à la fin du film : comment le personnage interprété par Bae malgré sa solitude continue d'aller de l'avant.

En revanche, la seconde prétend ne pas bien avoir compris le message d'un film qui lui a semblé aller dans tous les sens. Bae en est ravie, las des interprétations. Réconfortée peut-être par la bière qu'elle a enfin pu prendre, elle expose alors le moment de bonheur le plus intense qu'elle a ressenti : l'existence d'un paradis que l'on pourrait dire "de pleine conscience", éprouvé en haut d'une montagne la délivrant de la charge de l'interprétation pour "voir les choses telles qu'elles sont".... Un comble pour le cinéma sophistiqué de Hong Sang-soo, sa capacité à générer des interprétations multiples par la répétition des mêmes scènes à quelques variations près.

Mais c'est ici moins la personnalité de Bae qui est émouvante que les maladresses de trois jeunes intervieweuses, à chaque fois pourtant réconfortées chaleureusement par la grande actrice : "Aimez vous, soyez vous-même". Une incontestable fois dans la jeunesse pour Bae comme pour Hong qui, à chaque fois, remettent l'ouvrage sur le métier.

Jean-Luc Lacuve, le 18 octobre 2026.

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