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Mémoire de fille

Judith Goedrèche
2026

D'après le récit de Annie Ernaux. Avec : Tess Barthélemy (Annie en 1958), Valérie Dréville (Annie en 2026), Maïwène Barthèlemy (Claudine), Victor Bonnel (H), Louise Labeque (Jeannie), Anja Verderosa (Catherine), Mamadou Sidibé (Pierre), Lancelot Courcieras (Jacques). 1h57.

2016. Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu'elle monte sur scène elle prise d'un vertige et replonge dans le souvenir de l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

Dans Mémoire de fille (Gallimard, 2016) Annie Ernaux ne cherche pas pas seulement à retrouver les souvenirs de la jeune fille de 1958 qu'elle fut. Elle veut comprendre comment cette jeune fille, marquée par une première expérience sexuelle pour le moins décevante mais y trouvant, contre toute vraisemblance, les raisons de croire à un grand amour, porte aujourd'hui un regard plus cinglant car devenue plus lucide par sa compréhension des contexte sociologiques aliénants qui ont marqué sa jeunesse. Cet écart entre passé et présent est la raison, le moteur de l'écriture d'Annie Ernaux.

Judith Godrèche fait un choix tout autre : entre son préambule et sa conclusion, situés en 2016, la réalisatrice filme le seul parcours de la fille de 1958 avec toutefois, dans la seconde partie après la colonie, quelques commentaires sur l'aveuglement qui fut le sien à croire au grand amour. Néanmoins, l'entrelacement des deux discours de femmes tenus par la même personne à près de 60 ans de distance est bien moindre. Il n'est toutefois pas bien difficile au spectateur de percevoir cet écart, celui pour lui devenu de 1958 et 2026, surtout en connaissant l'engagement politique et féministe de Judith Godrèche. Que ce soit sa fille Tess Barthélemy qui incarne Annie est une bonne idée. Elle renforce l'implication de la mère et de la réalisatrice à transmettre ses convictions.

On appréciera aussi la place faite aux personnes racisées dans cette œuvre de combat, que ce soit pour interpréter l'un des détestables moniteurs de 1958 et ou la performeuse qui ouvre l'Annie du film à une dimension artistique possible.

L'esprit de l'œuvre et de l'engagement personnel d'Annie Ernaux sont ainsi défendus avec conviction; la mise en scène se contentant d'illustrer ce propos.

Jean-Luc Lacuve, le 15 octobre 2026.

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