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Dans le métro, Laurence se fait voler son téléphone. Adam, 25 ans, poursuit la voleuse et rend son téléphone à sa propriétaire. Quelques instants plus tard, Adam est interpellé par la police qui le croit coupable. Laurence les détrompe et, ayant appris que le jeune homme était sans emploi, s'approche de lui.
Sylvie, une écrivaine âgée en quête d’inspiration pour son nouveau roman, espionne ses voisins d’en face qui ont transformé une grande partie de l'appartement en studio de doublage pour toutes sortes de son.
Sylvie reçoit la visite de sa nièce, Laurence, enceinte après un don de sperme, qui a engagé Adam pour nettoyer son appartement d'une saleté redoutable et l'aider à faire ses cartons en vue d'un démanagement prochain. Adam, efficace, voit Sylvie espionner l'appartement-studio d'en face qaund elle écrit son roman : Nicolas emploie Théo et Anna qui sont amants. Sylvie est fascinée par Anna qui lui rappelle sa mère. Anna quitte le studio et fait comprendre à Théo qui l'accompagne jusqu'à son vélo par une nuit d'orage qu'elle souhaite rompre. Une fois, celui-ci parti, elle regagne l'appartement-studio où elle a l'habitude de dormir et voit sans surprise Nicolas la rejoindre. Elle se laisse faire l'amour. Théo enregistre leur ébats grâce à un micro qu'il avait laissé ouvert. Le lendemain, Théo, dévasté, prend prétexte d'une prise de son en pleine campagne, pour se faire conduire en voiture par Nicolas et lui reproche sa conduite alors qu'il est marié. Décidé à tout, il lui dit faire parvenir ses enregistrement sonores à sa femme. Nicolas le frappe et Théo n'en est que plus décidé à l'étrangler avec le cordon de son enregistreur.
Sylvie va chez son éditrice, Céline, accompagnée d'Adam dont l'emploi consiste aussi à veiller sur elle. L'éditrice est peu convaincue par la lecture du roman que fait Sylvie, trouvant vieillot cette histoire d'adultère.
Adam en revanche est fasciné. Il recopie le tapuscrit de Sylvie et s'arrange pour rencontrer la femme de l'appartement studio, Nita...

Farhadi propose de nouveau un scenario complexe avec de nombreuses péripéties et rebondissements, le tout marinant dans le moralisme et le puritanisme (érotisme soft). La mise en scène repose sur l'idée que la réalité inspire la fiction mais surtout du pouvoir de la fiction de transformer la réalité. Mais elle ne propose rien d'autre que le désuets aller et retour entre imaginaire et réalité, le tout à grands coups de dialogues en champ contrechamp. En gros beaucoup de maniérisme pour un fond qui tourne à vide.
Tu ne seras pas luxurieux, du tout.
Le générique initial indique que Farhadi s'inspire du décalogue N°6, Tu ne seras pas luxurieux, et sans doute de sa version longue que constitue Brève histoire d'amour, on est loin de l'érotisme amoureux qui s'en dégageait.
Comme le lui fait remarquer Céline, son éditrice, la façon qu'a Sylvie de raconter une relation de couple perturbée par un amant et à laquelle on assite pendant une demi-heure est vieillotte. Farhadi se rattrape par le canon impeccable de la façon de réagir à une agression sexuelle qui clôt son histoire.
Il a par ailleurs fait preuve d'un puritanisme à toute épreuve avec le doublage de scène d'amour puis la scène d'amour entre Nicolas et Anna focalisées sur les ressorts du matelas et rien sur l'image. Le son n'est par ailleurs pas très explicite (ce n'est pas" Je t'aime moi non plus). A l'image, érotisme soft devoilera une épaule nue, deux jambes qui se croisent et un regard surprenant l'enlèvement d'un pull sur un dos alors dénudé.
Le canard (boiteux) dans la bouteille (vide)
L'intrigue se nourrie de laborieux aller et retour entre la vie réelle et la vie imaginée ou l'inverse. Dans la première catégorie entrent le morceau de verre dans le pied, le désodorisant dans la pièce. De l’autre côté, on a l'orage initial imaginaire et l'orage réel de la fin ainsi que l’étranglement par cordon à celui envisagé par Pierre au moment de raccompagner Christophe.
L'ensemble est aéré par des histoires annexes reliées à la vie réelle de Sylvie : 'histoire du père qui se suicide en attendant le regard de sa femme sur lui de l'autre coté de la rue. Elle contribue au moralisme du film : tromper ou soupçonner ne peut conduire qu'à tuer, au suicide ou à l’agression. On a aussi le vieux Frank qui meurt seul et, plus léger, la leçon de doublage des pas de Nita.
Deux devinettes viennent donner la morale de tout cela. L'une est sur la morale : "Quelle est la différence entre l'homme et l'animal ? - L'homme sait qu'il va mourir, l'animal non." L'autre porte sur l'art : "Comment fait-on entrer un canard dans une bouteille ? - Le canard existe, la bouteille existe, mais le canard dans la bouteille c'est une fiction". Ici, l'assemblage qui fait la fiction est bien tarabiscoté.
Jean-Luc Lacuve, le 15 mai 2026.