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Les innocents

1961

Thème : Névrose

(The Innocents). D'après Le tour d'écrou Henry James. Avec : Deborah Kerr (Miss Giddens), Peter Wyngarde (Peter Quint), Megs Jenkins (Mrs. Grose), Michael Redgrave (l'oncle), Martin Stephens (Miles), Pamela Franklin (Flora), Clytie Jessop (Miss Jessel) . 1h39.

Mademoiselle Giddens postule pour son premier emploi de gouvernante. Son oncle, un riche célibataire qui la reçoit en entretien, ne s'inquiète pas de son manque d'expérience. Attaché à sa liberté de voyager et de fréquenter le monde, il avoue sans ambages n'avoir « ni la place, ni mentalement ni émotionnellement » pour sa nièce et son neveu. Orphelins, ils ont été placés sous sa tutelle dès leur plus jeune âge et il les garde à Bly, son vaste domaine à la campagne. La précédente gouvernante, Mary Jessel, est décédée subitement moins d'un an auparavant. Tout ce qui compte pour lui, c'est que Mademoiselle Giddens assume l'entière responsabilité des enfants et ne le dérange jamais, quels que soient les problèmes qui pourraient survenir.

À Bly, Mademoiselle Giddens est immédiatement séduite par Flora, la nièce. Elle se lie également d'amitié avec Madame Grose, la gentille gouvernante. Le garçon, Miles, est en pension, mais revient bientôt à Bly après avoir été renvoyé pour « mauvaise influence » sur ses camarades. Mme Grose affirme ne pas pouvoir imaginer Miles mal se comporter, et lorsque Mlle Giddens rencontre le garçon, elle aussi pense que ses professeurs ont dû exagérer. Il paraît charmant et mûr – peut-être même trop, avec ses flatteries coquettes envers sa gouvernante.

Mlle Giddens est bientôt troublée par les comportements étranges et le secret des enfants, et est perturbée par des voix désincarnées et des apparitions d'un homme et d'une femme qu'elle aperçoit dans la maison et le jardin. Mme Grose les identifie, d'après leurs descriptions, comme étant Mlle Jessel et le valet de l'oncle, Peter Quint, tous deux décédés. Mme Grose révèle également, à contrecœur, que les deux avaient entretenu une relation. Mlle Giddens en conclut que les fantômes de Quint et de Mlle Jessel possèdent les corps des enfants afin de pouvoir poursuivre physiquement leur relation. Déterminée à les sauver de cette possession, elle envisage d'abord de rompre sa promesse à leur oncle et de lui écrire, mais elle est contrariée par l'apparition en pleurs de Mlle Jessel dans la salle de classe. Elle envoie ensuite Mme Grose et Flora le rejoindre à Londres.

Seule avec Miles, Mlle Giddens l'interroge sans relâche sur les fantômes et sur les raisons de son expulsion. D'abord désinvolte et évasif, Miles finit par avouer avoir effrayé les autres garçons par sa violence et son langage vulgaire. Elle l'enjoint de révéler qui lui a appris ce langage et ce comportement. Soudain, Miles se met à hurler des insultes obscènes et à rire de façon démente. Le visage de Quint apparaît à la fenêtre derrière lui, se joignant à ses rires. Miles s'enfuit alors dehors ; Mlle Giddens le poursuit, le suppliant de « dire son nom ». Quint apparaît sur une haie non loin de là, mais Miles ne semble pas le voir. Finalement, Miles crie le nom de Quint, qui lui fait un signe de la main. Miles s'immobilise et s'effondre. Mlle Giddens le prend dans ses bras et lui assure qu'il est libre. Elle réalise alors que Miles est mort. En sanglotant, elle se penche sur lui et l'embrasse sur les lèvres.

La mise en scène très fluide et un soin évident apporté au cadrage et à la composition des images maintiennent jusqu'au bout la possibilité d'une malédiction d'outre-tombe pesant sur les enfants. Néanmoins l'hypothèse fantastique s'afface progressivement au profit d'une psychose sexuelle de la jeune préceprice anglaise.

Une photographie de film fantastique

La photo noir et blanc de Freddie Francis accentue les jeux d'ombres lors d'apparition de silhouettes sinistres dans la pénombre et délivre une atmosphère mystérieuse et onirique lors des séquence en plein jour. Ainsi les apparitions toujours surprenantes et mystérieuse de Miss Jessel près du lac. Clayton joue également très habilement de la profondeur de champ (il employa une focale au diaphragme réduit pour l'augmenter) et de la disposition des personnages à l'écran. Ainsi d'un visage ou d'une silhouette ectoplasmique se glissant à l'arrière plan derrière Deborah Kerr. Le décor du château de Bly est typique de la demeure gothique Victorienne avec ses pièces innombrables, son escalier immense et imposant et ses corridors inquiétants la nuit venue.

La petite ritournelle musicale qui se fait entendre sur fond noir avant même l'apparition du logo Fox reviendra tout au long du film. Constamment narré selon le point de vue de Deborah Kerr, le film bascule plusieurs fois par ses cadrages à de la vue subjective supposée surnaturelle. Clayton joue également très bien des éléments de son décors comme ses statues disposée tout au long de la propriété qui semble toujours épier. Voil de rideau flottant, bande-son chargée et portes qui claquent accentuent la dimension fantastique renforcée par de longs fondu-enchaînés. La mise en scène de Clayton qui cadre et éclaire sous des angles variés les deux enfants dévoile peu à peu une nature trouble de nature à renforcer l'hypothèse de la possession.

La névrose sexuelle

Le doute est maintenu tout du long entre la réelle présence de fantômes ou la folie gagnant peu à peu le personnage de Deborah Kerr. Jeune femme jolie, enjouée et souriante, progressivement rongée par l'atmosphère oppressante de la demeure, elle va sombrer dans la terreur et la psychose par sa peur doublée de frustration de la sexualité. Fille de pasteur, elle est venue s'enfermer au milieu de nulle part et se trouve confrontée au fantôme masculin et viril de Quint et à des rapports étranges, relevant presque de la séduction incestueuse, avec le jeune Miles. Lorsqu'elle traverse la maison en chemise de nuit, on entend le bruit des étreintes auxquels se livraient Quint et Miss Jessel avec des "Love me !" en écho. L'extrémité de la corde de rideau semble suivre les mouvements de va et vient en se cognant contre la vitre au même rythme que les cris. Miles s'avère particulièrement inquiétant, avec des remarques trop adulte pour son âge et la nature très séduisante avec laquelle il charme Deborah Kerr (dont un très appuyé baiser sur la bouche). Le tout culmine lors du face à face final entre les deux : Deborah Kerr tentant de l'exorciser coûte que coûte.

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