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Maigret se plaint à Janvier que les affaires sont trop calmes. C'est alors qu'il est appelé en urgence devant le directeur de la P. J. parisienne. Une mission urgente est requise auprès du ministère des Affaires étrangères . Maigret doit y rencontrer un certain Cromière.
Cromière reçoit Maigret et Janvier en présence de Jacqueline Larrieu la gouvernante depuis 46 ans du comte Berthier-Lagès, ancien ambassadeur aujourd'hui retraité, célibataire sans enfant, qu'elle vient de découvrir assassiné, moins d'une heure auparavant. Ils se rendent à son domicile de la rue de Bellechasse et découvrent le corps percé de cinq balles, la première dans la tête, mortelle, par sa gouvernante. Jacotte Larrieu, un peu sourde, se montre laconique et très réservée. Maigret apprend que Berthier-Lagès entretenait une liaison épistolaire régulière, dans le cadre d'un amour platonique, presque mystique, depuis une cinquantaine d'années avec "Isi", son grand amour de jeunesse. Maigret interroge encore Jacqueline Larrieu puis le neveu de Berthier-Lagès, Alain Mazeron, un antiquaire séparé de sa femme et inhibé, qui ne paraît pas avoir de mobile. Son oncle finançait largement son activité d'antiquaire et il était le seul héritier. Cette dernière est d'ailleurs devenue veuve récemment : son mari, épousé dans le cadre d'un mariage de raison, est décédé trois jours auparavant. Elle envisageait d'épouser, après la période de convenance de deuil, Berthier-Lagès qui avait jadis renoncé à elle faute d'argent.
Rentré chez lui, rouelle de veau aux carottes qu'il déguste après un muscadet, il se plaint de n'avoir rencontré que des vieillards et attend des révélations des milliers de lettres d'Isi.
Maigret interroge Maître Aubonnet, le vieux notaire de famille, qui lui apprend que le comte de Berthier-Lagès était apprécié de tous et que, si Mazeron sera effectivement le seul héritier, Jacotte ne sera pas oubliée. La médecin légiste, qui a effectué l'autopsie rapidement, indique que le comte était en excellente santé lors de son assassinat. Jacotte est de nouveau interrogée et Maigret lui apprend la différence entre un pistolet et un automatique qui éjecte les douilles. Maigret se rend ensuite de nouveau dans la boutique de Mazeron pour des renseignements au sujet de lettres d'Isi ce qui indispose l'antiquaire qui répond néanmoins à la curiosité de Maigret au sujet d'un tableau de Guillaume Courtois... comme d'un autoportrait de sa mère.
L'épouse de Mazeron dresse ensuite à Maigret un portrait bien peu flatteur de son époux, décrit comme étant aimable avec les gens extérieurs, mais froid et cruel au sein de la famille avec une mère encore pire que lui. Elle le dit incapable d'un acte agressif. Elle ne le croit pas coupable du meurtre.
Le procureur fait part à Maigret les plaintes de Mazeron et l'incite surtout à rendre visite à Isi.
Auditionnée, Isi dit qu'elle se faisait une joie de revoir Berthier-Lagès après toutes ces années et de vivre avec lui. La veille au soir, elle était entourée de sa famille et de serviteurs en raison de la mort récente de son époux : ce n’est sûrement pas elle qui a tué Berthier-Lagès. Maigret rencontre aussi le fils d'Isi, Philippe. L'homme lui révèle que la veille au soir, il a fréquenté une prostituée aux Champs Élysées, dont il donne les principales caractéristiques. Philippe semble être sincère et n'avait aucune acrimonie à l'encontre de Berthier-Lagès.
Le soir, Maigret a donné rendez-vous à sa femme dans un bistrot où il commande des escargots et de la tête de veau. Sans doute indisposé, il se réveille dans la nuit. Il apprend le lendemain matin à sa femme qu'il a fait un cauchemar dans la nuit où il avait l'impression que tous les vieillards se moquaient de lui : Il n'avait pas de pantalon.
Le lendemain, les résultats de l'enquête de routine concernant Philippe, le fils d'Isi, prouvent que la veille au soir, il avait effectivement recouru aux services tarifés d'une prostituée aux Champs Élysées. L'homme dispose donc d'un alibi sérieux. Au demeurant, Maigret ne lui voyait aucun mobile. Le directeur de la PJ met aussi la pression à Maigret. C'est alors que l'enquête sur les vêtements mis aux pressing par Jacotte révèlent des traces de poudre. Elle est donc impliquée dans la mort du comte. L'enquête semble bouclée.
Arrêtée, Jacotte s'enferme dans le mutisme le plus complet, puis demande à voir son confesseur, l'abbé Gauge. A ce moment Lucas interrompt Maigret car l'un des fils de Philippe, Julien de Vuynes, demande à le voir. Il avait un rapport privilégié avec la victime, plus qu'avec ses parents trop traditionalistes pour accepter son homosexualité. La veille du meurtre, la victime était terrorisée: on ne lui laisserait pas épouser Isi.
Son vœu est exaucé et le prêtre, autre octogénaire, lui conseille de dire toute la vérité. Jacotte révèle que, depuis quelque temps, Berthier-Lagès se croyait atteint d'une maladie incurable, malgré l'avis contraire du docteur Ourgaud, son médecin. Le comte n'avait pas voulu qu'Isabelle, devenant son épouse dans un futur proche, ne connaisse de lui "que les misères d'un corps usé et malade". Il s'est donc suicidé avec son revolver afin de ne pas ternir un amour parfait et éthéré qu'aucune contingence n'avait troublé pendant cinquante années. En découvrant le corps, Jacotte avait craint que l'Église, qui condamne le suicide, refuse au comte les derniers sacrements et une sépulture chrétienne. Elle avait pris le revolver, avait tiré au jugé sur le mort, simulant un meurtre, puis avait jeté l’arme dans la Seine avant de se rendre au Quai d'Orsay.
Maigret explique cela au directeur de la PJ tout en se disant déçu d'une telle fin où Berthier-Lagès a renoncé à son amour de toujours. Maigret prépare du râble de lapin au pruneaux pour le retour de sa femme à la maison.
"Quelques mois plus tard". Maigret se rend à la boutique d'antiquaire de Mazeron. Il a la surprise d'y rencontrer Jacotte, devenue au moins employée, et peut-être la compagne, de l'antiquaire. Une conversation avec la vieille femme donne à penser que les conclusions de l'enquête désormais bouclée et jugée ne sont peut-être pas pertinentes, et que Jacotte a pu avoir, par manipulation psychologique, un rôle causal important dans la mort de Berthier-Lagès.
Maigret et les vieillards est avant tout un roman psychologique. Maigret éprouve un intense soulagement en apprenant le suicide de celui qui semblait assassiné. Pascal Bonitzer transforme assez radicalement ce roman en film noir avec la figure maléfique de Jacotte, sorte de monstre dans la lignée de Mrs. Danvers, la gouvernante de Rebecca (Alfred Hitchcock, 1940). Il faut certes attendre la fin du film pour en avoir confirmation, notamment avec un tableau représentant la mère de Mazeron. Tous les hommes semblent finalement être des marionnettes, à commencer par Maigret, personnage assez nonchalant et effacé qui n'existe que grâce à l'interprétation de Denis Podalydès.
Maigret et les vieillards
Le roman débute par un dîner chez des amis des Maigret avec comme sujet de discussion de savoir qui, du psychiatre, du maître d'école, du romancier ou du policier, est le plus capable de « sonder » l'âme humaine. L'enquête qui est menée aboutit à la conclusion d'un suicide. Maigret éprouve alors un intense soulagement en apprenant le suicide de celui qui semblait assassiné : alors qu'il semblait perdu au milieu de "personnages surgis d’un autre siècle" il ne devra inculper aucun des vieillards vivant de façon candide et débonnaire qu'il avait rencontré.
Un "twist" habilement préparé
Bonitzer change la fin du roman et fait de Jacotte la meurtrière du comte. Elle garde ainsi la maîtrise sur un homme plus jeune, en l'occurrence le neveu de sa victime, l'antiquaire Alain Mazeron. Le jeu très sec d'Anne Alvaro, ses répliques toujours très précises pour éviter de s'engager, en fait dès l'abord un personnage plus mystérieux qu'une simple gouvernante. Son ascendant sur des hommes est évident avec le jeune Cromière qu'elle domine sans peine dès la première rencontre avec Maigret. Sa domination sur Mazeron ne se marque qu'à la fin mais celui-ci avait déjà installé le portrait de sa mère dont il n'ose dire du mal dans son magasin. C'est sa femme, dont il est séparé, qui révèle à Maigret qu'elle était un monstre, tenant son fils sous sa coupe.
La séquence finale, qui voit Jacotte se substituer au tableau, dit bien que c'est désormais elle qui exerce sa domination sur l'homme qu'elle a convaincu qu'il pourrait tirer profit de la mort de son oncle.
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Si l'on excepte la scène finale, le film se déroule sur un rythme plutôt paresseux et il faut pas mal de bonne volonté pour accepter cette fin. Comment la police scientifique a pu croire à un suicide par une balle dans la tête, en fait tirer par un assassin ? L’intervention de Julien de Vuynes qui met Maigret sur la bonne piste est un peu laborieuse tout comme la description de la mère de Mazeron par sa femme.
Un Maigret féministe
Jacqueline Larrieu a ainsi berné le commissaire Maigret, ce qui est totalement inhabituel chez Simenon. Tout comme sont inhabituelles les trois séquences avec sa femme. Si la première fois c'est elle qui prépare la rouelle de veau aux carottes, c'est ensuite lui qui l'invite au restaurant puis qui cuisine le râble de lapin aux pruneaux. Un Maigret prêt pour la retraite ?
Jean-Luc Lacuve, le 7 août 2026