|
|
|
|
|
Lúcio Flávio, criminel des années 1970 célèbre pour ses attaques de banques. Jeune, éloquent, insaisissable, fugitif invétéré, bandit bavard. chacune de ses évasions faisait la une des journeaux. Chaque incarcération est l'objet d'une photo. Puis il dénonce la violence de l'escadron de la mort...
Pour Babenco criminels et policiers sont les rouages d'une même machine pourrie. Lúcio Flávio n'est pas un héros. Il vole, il triche, il exploite, il vit du crime et ne s'en excuse pas. Parce qu'il en sait trop, il devient un problème.
Ce que construit le film n'est pas une biographie criminelle. C'est une cartographie de la déliquescence sociale. Babenco filme un monde où tout va mal. La corruption ne choque pas, elle devient banale. Personne ne s'indigne vraiment quand la police protège les criminels. Personne n'est surpris quand le criminel paie. Les armes, l'argent, la peur et l'information sont ce qui compte. Le récit avance parce que les intérêts s'affrontent, et non parce que quelqu'un « fait ce qu'il faut ». La police n'est pas défaillante. Elle est fonctionnelle. Elle travaille pour ceux qui sont au pouvoir. Elle travaille pour ceux qui profitent. Elle travaille pour ceux qui éliminent. L'escadron de la mort n'apparaît pas comme une aberration, mais comme la conséquence logique d'un État qui a normalisé la violence comme méthode. La torture n'apparaît pas comme une exception, mais comme une procédure. La torture n'est pas sensationnalisée, mais elle n'est pas non plus moralisée. Elle est montrée comme une pratique administrative. C'est du travail. C'est une routine. Cela confère au film un réalisme cruel : le mal n'a pas besoin de haine, seulement de routine.
Lorsque Lúcio Flávio se met à trop parler, ce n'est pas qu'il est devenu moralisateur mais parce qu'il a compris la règle fondamentale de ce monde : ceux qui en savent trop ne vivent pas longtemps. Lorsque Lúcio dénonce la torture, la corruption, la collusion, il ne fait pas un geste noble, mais tente plutôt de se repositionner dans le jeu. C'est presque une ultime manœuvre stratégique. Mais Babenco est clair : il n'y a pas d'issue honnête au sein d'un système corrompu. Le système ne pardonne pas à ceux qui rompent le pacte du silence. Lúcio meurt (sans doute) non pas parce qu'il est un criminel, mais parce qu'il est devenu une archive dangereuse. Babenco n'a pas besoin de montrer le meurtre en détail. L'agonie était déjà palpable. Le film tout entier est un couloir de la mort.
Le fameux carton final de Lúcio Flávio, affirmant que tout le monde a été puni, sonne comme une plaisanterie amère ; chaque spectateur sait que c'est un mensonge.
Le Rio de Janeiro des années 1970 est un organisme malade. Rues étroites, immeubles délabrés, bars faiblement éclairés, vieilles voitures, intérieurs claustrophobes