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(1938-2024)
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| Minimalisme |
Richard Serra naît en 1938 à San Francisco d'un père espagnol de Majorque, Tony Serra et d'une mère ukrainienne d'Odessa, Gladys Fineberg.
Tout en travaillant dans des aciéries (son père ait travaillé sur des chantiers navals) pour subvenir à ses besoins, il étudie à l'Université de Californie à Berkeley et à Santa Barbara de 1957 à 1961, où il obtient une licence en littérature anglaise. Il poursuit ensuite ses études de peinture à l'Université Yale, à New Haven, de 1961 à 1964, où il obtient son BFA et son MFA. À Yale, il collabore avec Josef Albers à son ouvrage The Interaction of Color (1963). Au début des années 1960, il entre en contact avec Philip Guston, Robert Rauschenberg, Ad Reinhardt et Frank Stella. En 1964 et 1965, il bénéficie d'une bourse de voyage de Yale et se rend à Paris, où il visite fréquemment la reconstitution de l'atelier de Constantin Brancusi au Musée national d'Art moderne : « C'est là que s'est produit mon passage vers la sculpture» dira-t-il.
L'année suivante, il passe une grande partie de son temps à Florence grâce à une bourse Fulbright et voyage à travers l'Europe du Sud et l'Afrique du Nord. Le jeune artiste bénéficie de sa première exposition personnelle à la Galleria La Salita de Rome en 1966. Plus tard dans l'année, il s'installe à New York où il côtoie des personnalités telles que Carl Andre, Walter De Maria, Eva Hesse, Sol LeWitt et Robert Smithson.
En 1966, Serra réalise ses premières sculptures à partir de matériaux non traditionnels comme la fibre de verre et le caoutchouc. De 1968 à 1970, il crée la série des Splash, dans laquelle du plomb en fusion est projeté ou coulé à la jonction entre le sol et le mur. Sa première exposition personnelle aux États-Unis a lieu au Leo Castelli Warehouse de New York. Dans les années 70, il se concentre avant tout sur le travail de l'acier, qu'il façonne tout d'abord en grands cercles posés à même le sol, puis en plaques et en blocs de grandes dimensions. Au fil du temps, outre le matériau lui-même, les formes réalisées deviennent en quelque sorte les signes distinctifs de ce sculpteur d'envergure mondiale. Les premières œuvres réalisées par Richard Serra — des projections de plomb fondu sur les murs — sont directement influencées par l'expressionnisme abstrait. Mais très vite, il se tourne vers le minimalisme et des œuvres plus ambitieuses. Il réalise alors d'imposantes sculptures en acier Corten avec de grandes plaques posées en équilibre sur le sol. Il met en scène ces lourdes plaques comme une épreuve de force dramatique imposée au fer, à l’acier, au plomb, et transpose ainsi en qualités plastiques le poids, les masses, la pesanteur et leur développement vers l'orientation, le déroulement, l'horizon. Il utilise alors une nuance d'acier résistant aux intempéries, le DIWETEN 235 qui, — par un ajout de cuivre dans sa composition — vient former à la surface de la tôle une sorte de patine. Les tôles sont laminées et la surface de la tôle doit rester libre de tout marquage, poinçonnage ou traces de graisse, afin de conserver l'aspect le plus brut possible. Il n'y a après formage/fabrication de la pièce aucune intervention sur la surface : c'est avec le temps et le contact avec l'air que le matériau doit se patiner.
Dès 1969, il entame la série des Prop, dont les éléments, non soudés ni fixés d'aucune autre manière, tiennent en équilibre uniquement grâce à leur poids et à la gravité. Les sculptures permettent une vision nouvelle d'un lieu et d'un espace. Elles participent à un subtil dialogue avec leur environnement. Les jeux d'équilibre, le poids de l'acier et la hauteur des plaques créent pour le spectateur — qui peut souvent circuler entre celles-ci — un sentiment d'insécurité et de petitesse, nuancé par la beauté de la couleur de la rouille ou les perspectives offertes par les lignes courbes, élancées et pures des plaques en équilibre avec leur environnement. Le côté instable des montages est parfois amplifié par la matière utilisée dans certaines œuvres : le plomb, destiné, tôt ou tard, à s'affaisser. Ainsi, il réalise One Ton Drop (house of cards), en 1969, faite de quatre plaques de plomb en équilibre à la manière d'un château de cartes.
Cette même année, Serra est sélectionné pour l'exposition « Nine Young Artists: Theodoron Awards » au Solomon R. Guggenheim Museum de New York. Il réalisa le premier de ses nombreux courts métrages en 1968 et, au début des années 1970, expérimenta la vidéo. Le Pasadena Art Museum organisa une exposition monographique de son œuvre en 1970, année où il reçut également une bourse de la Fondation John Simon Guggenheim. Cette même année, il collabora avec Smithson à la réalisation de Spiral Jetty sur le Grand Lac Salé, dans l'Utah. Serra, cependant, est moins fasciné par les vastes paysages américains que par les sites urbains, et, en 1970, il installe une œuvre dans une impasse du Bronx.
Il reçoit la médaille Skowhegan de sculpture en 1975 et se rend en Espagne en 1982 pour étudier l'architecture mozarabe.
Serra est honoré par des expositions monographiques à la Kunsthalle de Tübingen, en Allemagne, en 1978 ; au Musée national d'Art moderne de Paris, en 1984 ; au Museum Haus Lange de Krefeld, en Allemagne, en 1985 ; aue Museum of Modern Art de New York en 1986.
Les années 1990 sont marquées par d'autres distinctions pour l'œuvre de Serra : une rétrospective de ses dessins au Bonnefantenmuseum de Maastricht ; le prix Wilhelm Lehmbruck de sculpture à Duisbourg en 1991 ; et l'année suivante, une rétrospective au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid. En 1993, Serra est élu membre de l'Académie américaine des arts et des sciences. En 1994, il reçoit le Praemium Imperiale de la Japan Art Association et un doctorat honoris causa en beaux-arts du California College of the Arts d'Oakland. Serra continue d'exposer dans des expositions collectives et individuelles, notamment à la galerie Leo Castelli et à la galerie Gagosian de New York. Il réalise toujours des structures en acier de grande envergure pour des sites du monde entier et est particulièrement reconnu pour ses arcs, spirales et ellipses monumentales, qui invitent le spectateur à une expérience spatiale inédite.
Richard Serra travaille également sur le cube. Sollicité au monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse, il préfère — pour ne pas rivaliser avec « l'objet parfait » que constitue l'église — s'inscrire dans un intérieur-extérieur, un des cloîtres du monastère. Écho des tombeaux du couple princier à l'origine du lieu, deux blocs d'acier Corten incitent le visiteur à renouer avec la « déambulation spirituelle.
Conçue pour le jardin des Tuileries en 1983, puis installée de 1985 à 1990 au parc de Choisy à Paris, avant d'être reléguée dans un entrepôt, Clara-Clara a été réinstallée sur son site initial en 2008 pour quelques mois. Cette œuvre est représentative des jeux d'équilibres et des perspectives entre de longues plaques d'acier. Son actuel emplacement, dans un lieu fermé qui limite la force de l'œuvre, montre bien que les sculptures de Serra sont indissociables du lieu pour lequel elles ont été créées.
Les œuvres de Richard Serra ont souvent suscité des réactions violentes. Ce fut le cas en France, à Chagny. La polémique la plus connue est celle suscitée dans les années 1980 à New York autour de sa sculpture monumentale, Tilted Arc, commandée en 1979 et inaugurée en 1981. À la suite d'une pétition des riverains et malgré les protestations de l'artiste, cette œuvre fut démontée en 1989.
Entre 1997 et 1998, ses Ellipses torsadées sont exposées au Dia Center for the Arts de New York, qui en a fait l'acquisition. En 2005, huit œuvres majeures de Serra sont installées de façon permanente au musée Guggenheim de Bilbao, et en 2007, le Museum of Modern Art de New York organise une importante rétrospective de son œuvre.
Les uvres de Richard Serra tirent avant tout leur force du dialogue qu'elles entretiennent avec leur environnement, s'inscrivant dans une relation de symbiose ou d'opposition aux éléments architectoniques, paysagers ou urbains qui les entourent. Sa décision d'inclure pour ainsi dire l'environnement dans ses uvres a valu à Richard Serra de délaisser l'atelier traditionnel au profit de lieux toujours changeants. Les composants d'acier de ses sculptures voient le jour dans des chantiers navals ou des aciéries, avant d'être assemblés à l'endroit même où ils seront exposés: places publiques, parcs ou cours de bâtiments. Ingénieurs, monteurs et urbanistes sont impliqués durant tout le processus de conception et de réalisation, qui débouche ainsi non pas sur une uvre d'art détachée de tout contexte, mais sur un lieu soigneusement pensé d'expérimentation spatiale et sensorielle.
En 2014, il réalise une installation permanente nommée Est-Ouest/Ouest-Est, dans la réserve naturelle de Brouq au Qatar au milieu du désert, composée de quatre plaques d'acier de 14 à 16 mètres de hauteur chacune. Selon l'artiste, « ces plaques connectent les mers situées à l'est et à l'ouest de ce paysage ». Cette œuvre a été commandée par Cheikha Al-Mayassa qui dirige l'Autorité des musées du Qatar (QMA).
Âgé de 85 ans, Richard Serra meurt chez lui à Orient (New York), le 26 mars 2024, des suites d'une pneumonie.