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Le cerf

1963

Hirsch
Gerhard Richter, 1963
Huile sur toile, 150 cm x 200 cm
Collection privée

Réalisée à partir d’une photographie prise des années auparavant dans un parc zoologique d'Allemagne de l'Est, Le cerf est l’une des œuvres les plus singulièresde Richter. Symbole de l’état sauvage dans le Romantisme allemand et les légendes nordiques, un cerf apparaît ici au sein d’une forêt. Estompée par de larges coups de brosse, cette image affirme sa présence en même temps qu’elle s’éloigne dans un espace infranchissable. Ne subsistent des arbres et de leurs ramures que les contours nettement dessinés, des formes tubulaires et curvilignes qui enveloppent l’animal dans une brume hivernale.

Ce cerf dans un sous-bois fait penser aux dessins et gravures du XVIe siècle allemand, à la légende de saint Hubert et scènes de chasse. Mais la toile a un revers, sur lequel, à deux reprises, Richter a entrepris de peindre la figure du Führer, sous la forme d’un double portrait tête bêche comme le roi d’un jeu de cartes. Sans doute l’aurait-il traité en grisaille pour se démarquer explicitement des portraits officiels que les artistes du régime avaient exécutés et dont Richter, dans son enfance, n’a pu manquer de voir les reproductions. En réalité, puisque Richter a recouvert de blanc ces têtes, qui demeurent cependant reconnaissables – mais invisibles aux spectateurs –, Le cerf est donc, littéralement, une toile hantée par le nazisme : une peinture d’histoire. Elle est d'une part empêchée comme si Richter ne pouvait ni oublier le nazisme ni le représenter. Mais d'autre part, elle est aussi cryptée. Le cerf était en effet valorisé dans la culture nazie, très protectrice des animaux et Hitler lui-même se revendiquait végétarien. Il pronait ainsi les images ducerf dans les familles allemandes. L'animal, rendu velouté par la tehnique de Richter, semble ainsi empêché, prisonnier d'une idéologie.

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