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Birkenau

2014

Birkenau
Gerhard Richter, 2014
Huile sur toile, 260 x 200 cm chacune
Berlin, Neue Nationalgalerie

Gerhard Richter a toujours été hanté par l’idée de créer une œuvre traitant de la Shoah. Au début des années 1950, alors qu’il est étudiant à l’académie de Dresde il voit un documentaire sur les camps de concentration au moment de leur libération. Depuis, il a abordé ce thème à plusieurs reprises.
En 1967, il inclut dans Atlas de nombreuses photographies liées à la Shoah trouvées dans des livres et dans la presse comme celle montrant des femmes contraintes de se déshabiller et de se diriger vers la chambre à gaz du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Quarante ans plus tard, l'artiste retrouve cette image dans la version allemande du livre du philosophe Georges Didi-Huberman, Images malgré tout, qui prend pour sujet quatre photographies prises par des membres d’un Sonderkommando du camp d’extermination de Birkenau.

Richter les a recadrées pour les ajuster au format des toiles et les a ensuite projetées dans l'intention de les reproduire. Cependant, insatisfait du résultat, il a tout recouvert de peinture. À l’utilisation prédominante du noir, du blanc et du gris, se mêlent des touches de vert et de rouge.

Alberto Errera aidé par Abraham Dragon, Shlomo Dragon et Alter Fajnzylberg. Photographies négatives n° 277, n° 278, n° 282, n° 283. The Archive of The State Museum Auschwitz-Birkenau in Oswiecim.

Ces images sont les reproductions recadrées des quatre photographies qui ont servi de point de départ à Richter pour créer les tableaux du cycle Birkenau. Prises secrètement par des membres d’un Sonderkommando - des détenus d’Auschwitz-Birkenau contraints par les nazis d'accompagner les autres prisonniers à la chambre à gaz, puis d'évacuer les corps, de les brûler, de trier leurs vêtements - elles constituent un témoignage rare sur la Shoah du point de vue des victimes. Plusieurs personnes furent impliquées dans la réalisation de ces prises de vues effectuées au péril de leur vie. Pour prendre les deux premières photographies à gauche, Alberto Errera a dû se cacher à l’intérieur de la chambre à gaz, comme l'indique le cadre noir qui compose l’image. Les deux photographies à droite sont dominées par la forêt de bouleaux qui a donné son nom au camp de Birkenau. Sur l’une, dans la partie centrale de l'image, on voit des femmes nues conduites vers la chambre à gaz. Sur l’autre, on aperçoit des cimes d'arbres qui se détachent du ciel - un cadrage qui fait prendre conscience de l'extrême difficulté de réalisation de ces images. Le déclencheur a dû être actionné sans que l’auteur de la photographie ait eu le temps de la cadrer. La pellicule, aujourd’hui disparue, fut ensuite remise au mouvement de résistance polonais dans un tube de dentifrice.

En 2019, l'artiste a ajouté quatre vitres peintes en gris selon un principe qu'il avait commencé à utiliser dans les années 1980, Le spectateur devenant ainsi partie prenante.

Elles furent exposées pour la première fois en Allemagne, puis en Angleterre et à la rétrospective présentée au Metropolitan Museum of Art de New York en 2020. Des versions photographiques de Birkenau sont installées de façon pérenne au Reichstag de Berlin et au Mémorial d’Auschwitz-Birkenau.

Miroir gris, 2019. Verre avec couche colorée 228x228 cm chacune. Berlin, Neue Nationalgalerie.
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