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Le titre de ce tableau participe du flou ethnique qui entoure la représentation des femmes noires ou métisses chez Matisse dans les années 1940, dix ans après une phase orientaliste, marquée par la multiplication d'odalisques alanguies. Pour cette peinture et Jeune fille en blanc, fond rouge, Matisse fait poser Elvire Van Hyfte : cette figure stylisée est inscrite dans un opulent dispositif décoratif – arabesque du corps redoublant celles du fond rouge et du collier, chatoiement des matières et des motifs. En dehors de la chevelure noire, rien ne permet d'identifier ses origines belgo-congolaises. Ambiguïté qui rappelle que les considérations formelles l'emportent toujours chez Matisse.
Le titre de l’œuvre est peut-être inspiré de l’un des costumes préférés du peintre : un manteau chinois doublé de fourrure blanche de tigre de Sibérie, ici rendu en violet et bleu et porté sur une robe rayée haute couture. Les tons ocre doré de la peau du modèle sont caractéristiques des peuples asiatique. De plus, ses yeux sont bleus et verts, comme s’ils reflétaient les perles colorées de son collier.
Matisse travailla à L’Asie entre son retour à Vence fin novembre 1945, et son départ pour Paris en juin 1946. L’œuvre fut peinte dans son atelier de la Villa Le Rêve. La surface finement peinte et le dessin fluide confèrent à l'œuvre une apparence de facilité qui masque les efforts minutieux que Matisse a déployés pour sa création. Une photographie conserve une version antérieure de la composition : un cadre noir en bas à gauche, animé de lignes arabesques, et une signature ainsi que la date de 1946 gravées dans la peinture, révélant le fond blanc. Dans sa version finale, Matisse a effacé le cadre au profit d'un rouge flamboyant, unifiant ainsi le fond en un espace décoratif, et a redessiné les lignes arabesques, ainsi que sa signature et la date, au crayon noir. Cette version antérieure de L’Asie, visible sur la photographie, n’était peut-être qu’une des nombreuses révisions effectuées avant qu’il ne parvienne à sa brillante conclusion. Il écrivait en 1948 : « J’ai toujours cherché à dissimuler mes efforts et je souhaitais que mon œuvre ait la légèreté et la joie d’un printemps qui ne laisse jamais deviner le labeur qu’elle a exigé. »