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Les Sabines

1799

Les Sabines
Jacques-Louis David, 1799
Huile sur toile 385 cm X 522 cm
Paris , Le Louvre, Denon 1

Ce n'est pas l'enlèvement des Sabines qui est ici évoqué (comme dans le tableau de Poussin, au Louvre), mais, plus tard, le moment où celles-ci s'interposent entre leurs maris romains (à droite) et leurs frères sabins (à gauche), en leur montrant leurs enfants. À la vue de sa femme Hersilie, Romulus suspend le javelot qu'il s'apprête à lancer contre le père de celle-ci, Tatius, roi des Sabins. Frappés par le courage des Sabines, les deux peuples fraterniseront. En traitant ce sujet, David a souhaité prôner la réconciliation des Français après la Révolution. Son style, de plus en plus simple et pur, est inspiré de l'Antiquité grecque.

Des héroïnes

David a peint un épisode légendaire des débuts de Rome au VIIIe siècle. Après l'enlèvement de leurs filles par leurs voisins romains, scène dont Poussin a fait un chef-d'oeuvre, les Sabins ont tenté de les reprendre. David a représenté les Sabines s'interposant pour arrêter le combat, qui avait commencé sous les remparts du Capitole à Rome. Le peintre donne de l'événement un résumé frappant. Hersilie s'interpose entre son père Tatius, le roi sabin, à gauche, et son mari Romulus, le roi de Rome, à droite. Parmi les autres femmes, l'une montre ses enfants, l'autre se jette aux pieds d'un combattant. Le tableau évoque les conséquences heureuses de cette action. Un cavalier sur le côté remet son sabre au fourreau. Plus loin, des mains se lèvent et quelques casques sont brandis en signe de paix. Contrairement aux précédents tableaux de David (Le Serment des Horaces, Brutus, musée du Louvre), les femmes occupent ici un rôle essentiel.

Un tableau d'actualité

Député à la Convention, David avait été un des fidèles partisans de Robespierre. En 1794, après la chute de ce dernier, il fut incarcéré. C'est en prison qu'il commença à penser au sujet des Sabines. En choisissant ce sujet, il entendait désormais se montrer homme de paix et être ainsi en accord avec l'air du temps. Il termina cette toile, fort attendue par le milieu artistique parisien, cinq ans plus tard, en 1799. Très fier de ce tableau qu'il considérait comme son chef-d'oeuvre, il ne le présenta pas au Salon mais lors une exposition indépendante et payante dans son atelier du Louvre. Ce type de manifestation était appelé à un grand avenir. À cette occasion, il écrivit un texte justifiant tout à la fois cette forme d'exposition et la nudité des guerriers qui suscitait le débat.

"Je veux faire du grec pur"

En préparant cette toile au sujet pourtant romain, David avait affirmé : "Je veux faire du grec pur." Il souhaitait se renouveler en abandonnant le style romain et sévère du Serment des Horaces (1784) et Les Sabines fut donc pour lui, quinze ans plus tard, un nouveau manifeste. Désireux de se confronter aux grands artistes de l'Antiquité grecque, il adhérait également aux théories de l'Allemand Winckelmann sur le Beau idéal. Dans son tableau, David choisit donc de représenter les guerriers nus, comme les représentait la sculpture grecque. Plastiquement, il prend le parti d'une composition en frise, sans effet de profondeur. Cette impression est renforcée par le dessin qui prédomine, une lumière égale et un coloris simplifié. La nouvelle orientation de l'art de David était une réponse à certains de ses élèves, les "primitifs". Ceux-ci, dont Ingres était proche, critiquaient l'inspiration romaine du maître et prônaient un style archaïque.

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