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(1938-2026)

Néo-expressionnisme

Au milieu des années 1960, Georg Baselitz devient une des figures de l'esprit de Berlin-Ouest et du néo-expressionnisme allemand. Sa peinture figurative est caractérisée par la présentation des tableaux « haut-en-bas », dessinée et peinte à grands coups de brosse, avec des couleurs franches. Sa sculpture, le plus souvent sur bois, est pratiquée à la tronçonneuse. Par sa violence expressive, l'art de Baselitz évoque le primitivisme et l'expressionnisme berlinois des années 1920.

Les grands amis 1965 Cologne, Museum Ludwig
B.j.M.C. – Bonjour Monsieur Courbet 1965 Collection Thaddaeus Ropac
Un Vert déchiré en morceaux 1967 Stuttgart, Staatsgalerie
La forêt à l'envers 1969 Cologne, Museum Ludwig
Modèle pour une sculpture 1980 Cologne, Museum Ludwig
Les filles d'Olmo II 1981 Paris, MNAM
L'aigle dans la fenêtre 1982 New York, MoMA
Le dernier autoportrait II 1982 San Francisco, Museum of Modern Art
Un Vert kaputt (remix de 1967) 2007 San Francisco, Museum of Modern Art

Georg Baselitz, pseudonyme de Hans-Georg Kern, naît le 23 janvier 1938 à Deutschbaselitz (aujourd'hui un quartier de Kamenz en Saxe). Il passe son adolescence en Allemagne de l'Est, puis il vient vivre et étudier en Allemagne de l'Ouest.

Le père de Georg Baselitz est instituteur et la famille vit dans les locaux de l'école ; dans la bibliothèque attenante, Baselitz découvre des albums de dessins du XIXe siècle qui constituent son premier contact avec l’art. Il travaille comme assistant avec le photographe de nature Helmut Drechsler pour d’occasionnelles « photographies ornithologiques ».

En 1950, la famille déménage dans la ville de Kamenz. Il lit les écrits de Jakob Böhme. Vers 15 ans, il peint des portraits, des sujets religieux, des natures mortes et des paysages, dont certains avec un style futuriste.

En 1955, à 17 ans, Georg Baselitz tente de s'inscrire à l'Académie des beaux-arts de Dresde, sans succès. En 1956, il passe l'examen d'entrée de la Forstschule de Taranth, pour y devenir garde-forestier, et est simultanément admis à la Hochschule für bildende und angewandte Kunst (École des arts plastiques et des arts appliqués) de Berlin-Weißensee à Berlin-Est. Il y étudie la peinture avec les professeurs Walter Womacka et Herbert Behrens-Hangeler. Parmi ses amis, on compte Peter Graf et Ralf Winkler (connu plus tard sous le nom de A. R. Penck). Après deux semestres, il est expulsé pour « immaturité socio-politique ».

En 1957, il est admis à l'école des Beaux-Arts de Charlottenburg de Berlin-Ouest et poursuit ses études dans la classe de Hann Trier. Il s'immerge dans les théories d’Ernst Wilhelm Nay, Vassily Kandinsky et Kasimir Malevitch. Il se lie d'amitié avec Eugen Schönebeck et Benjamin Katz. En 1958, Baselitz s'installe à Berlin-Ouest, fuyant Berlin-Est. Là, il rencontre sa future femme, Elke Kretzschmar. Il réalise les premières œuvres empreintes de son style distinctif, dont les portraits imaginaires Oncle Bernard. Il commence à travailler la série Tête de Rayski. Il visite l'exposition de nouvelle peinture américaine au musée d'Art moderne et découvre la peinture de Jackson Pollock, de Willem de Kooning et de Philip Guston à la Hochschule der Künste de Berlin. En 1959, il se rend en auto-stop à Amsterdam où il admire le Bœuf écorché de Chaïm Soutine et Le Grand Verre de Marcel Duchamp au Stedelijk Museum. Il s'arrête sur le chemin du retour à Cassel pour assister à la Documenta 2. Au retour, il quitte l'atelier de l'école et commence à travailler chez lui pour mieux se concentrer.

En 1961, il prend le pseudonyme de Georg Baselitz en souvenir de son village natal. Premier voyage à Paris où il découvre la peinture d'Eugène Leroy à la galerie Claude Bernard. Baselitz s'intéresse également aux travaux de Hans Prinzhorn sur l'art des malades mentaux. Baselitz et Schönebeck exposent leurs travaux dans une maison abandonnée et rédigent en livret d'accompagnement leur manifeste, Premier manifeste Pandémonium. Ils sont tous deux admis dans la classe de doctorat de Hann Trier. En 1962 est rédigé le Deuxième manifeste Pandémonium. Baselitz se marie avec Elke Kretzschmar ; naissance de son premier fils, Daniel (qui se fait appeler aujourd'hui « Daniel Blau »). C'est aussi le début de l'amitié avec le galeriste Michael Werner. Il finit ses études à l’Akademie.

En 1963 a lieu la première exposition personnelle de Baselitz à la galerie Werner & Katz, Berlin, qui donne lieu à un scandale pour atteintes à l'ordre public : deux des œuvres, Die große Nacht im Eimer (La Grande Nuit foutue) et Der nackte Mann (L'Homme nu) sont saisies par un huissier. Le procès qui s'ensuit se poursuivra jusqu'en 1965 où les peintures lui seront restituées. Un nouveau manifeste est rédigé sous la forme d'une lettre adressée à « Cher M. W ! ». La série P.D.-Füße (Pieds de P. D.) est terminée. La peinture de Baselitz présente alors de manière volontairement grossière de jeunes hommes habillés de vêtements militaires, en morceaux ou en haillons, des images oniriques de guerre, de pieds et de mains déchiquetés, de sexe, de masturbation.

En 1964, il réalise la série des Idoles. Il passe le printemps au Schloß Wolfsburg et y réalise ses premières gravures à l'eau-forte. Il expose Obéron au premier Orthodoxer Salon de Michael Werner. Début de son amitié avec Johannes Gachnang. À l'automne, Michael Werner expose ses eaux fortes. En 1965, il obtient une bourse d'études de six mois pour la villa Romana de Florence. Il y étudie le dessin maniériste. À Florence, il réalise la série Tierstücke (Bouts d'animaux). À son retour, il travaille et ce jusqu'en 1966 sur la série des Héros qui inclut une composition de grand format, Les Grands Amis. La peinture de cette époque est comme déchiquetée, morcelée, recollée et assemblée en désordre. Les figures sont distendues, marbrées, meurtries. Il les appelait des héros, car elles tentent, une fois de plus, d'affirmer une force du caractère allemand, émergeant d'une société profondément meurtrie et dévastée. Ces tableaux évoquent des situations psychologiques très troublantes. Une atmosphère sombre et pesante. La relation entre le paysage et la figure est telle que la figure semble accablée, oppressée.

En 1966 naît son second fils, Anton. Il déménage à Osthofen, près de Worms. Avec ses premières gravures sur bois, il réalise une série de peintures vertes aux motifs ruraux, les Frakturbilder (Images fracturées) qu'il poursuivra jusqu'en 1969. Dans ces œuvres, les sujets sont traversés de fissures ou fragmentés à la manière d'un collage, de sorte que leur cohérence organique n'est plus clairement discernable. Les fissures donnent l'impression que l'humain est pulvérisés, suggérant des dommages et des blessures. Cependant, la fragmentation du sujet ne sert que d'étincelle initiale pour libérer l'imagination picturale. . En 1967, il peint B für Larry (B pour Larry).

En 1969, Georg Baselitz prend Wermsdorfer Wald de Louis-Ferdinand von Rayski pour modèle et il en répète le motif tête en bas. Ce retournement du tableau, un portrait figuratif mis à l'envers du sens de lecture, devient la signature de sa peinture, son identité : sa peinture sera dorénavant longtemps présentée ainsi.

Dans les années suivantes, il expose régulièrement à la galerie Heiner Friedrich. La plupart de ses travaux représentent alors des paysages dont le thème est mis en abyme. Au musée d'Art de Bâle, Dieter Koepplin expose la première rétrospective de ses travaux graphiques et de ses dessins. À la Galeriehaus de la Lindenstraße de Cologne, Franz Dahlem expose ses peintures « inversées ». En 1971, il déménage à Forst. Il utilise l'école du vieux village comme atelier et commence à peindre des oiseaux. Pour le foyer de la Clinique neurologique de Berlin-Ouest, il réalise le triptyque Dans la forêt près de Pontaubert-Seurat.

En 1972, la Kunsthalle de Mannheim expose ses peintures et dessins. Les travaux de la période 1962-1972 sont exposés à la Kunstverein de Hambourg. Participation à la documenta 5 de Cassel. Il loue les locaux d'une usine à Musbach pour y installer son studio. Il exécute une série de peintures avec ses empreintes digitales. Les éditions de la galerie Heiner Friedrich commercialisent ses sérigraphies sous la direction de Fried Jahn. Johannes Gachnang expose la série des portraits Amis de 1969 au Goethe Institut d'Amsterdam.

En 1975, il achète le château Derneburg, en Basse-Saxe, un ancien monastère du XIIe siècle où il s'installe avec sa famille et ses collections. La même année, il effectue son premier voyage à New York et participe à la Biennale de São Paulo. La même année, il installe son atelier à Florence jusqu'en 1981. En 1977 et 1978, il enseigne à l'Académie des beaux-arts de Karlsruhe. Jusqu'à la fin des années 1980, Baselitz peint essentiellement a tempera et sa peinture devient plus abstraite.

En 1977 alors que Georg Baselitz participe avec Markus Lüpertz à la documenta 6, ils décrochent leurs œuvres en protestation contre la présence de peintres d'Allemagne de l'Est. Le scandale qui suit les rend célèbres. En 1980, il participe à la Biennale de Venise avec Anselm Kiefer, puis à l'exposition A New Spirit in Painting à la Royal Academy de Londres. Il est alors reconnu avec Lüpertz comme une des figures de proue du néo-expressionnisme allemand. Il apparaît dans les écrits d'Achille Bonito Oliva comme une figure de la trans-avant-garde des années 1980.

Dans les années 1980, il enseigne la peinture à Berlin et les thèmes chrétiens deviennent déterminants dans sa production jusqu'à la fin de 1984. En 1985, il participe à la Biennale de Paris. La Bibliothèque nationale de France organise la première rétrospective de ses gravures. Cette même année, on compte pas moins de dix-sept expositions personnelles en galerie en Allemagne, en Autriche, en France, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, aux États-Unis…

En 1987, il installe son atelier à Imperia en Italie, et fait une lecture publique de Rüstzeug des Malers (L'Attirail du peintre) à Amsterdam, à Londres et aux Beaux-Arts de Paris. Il y explique sa méthode, son travail par l'utilisation du hurlement, par la rhétorique du cri : il ne dit pas « rouge », il hurle littéralement « rouge » ; il ne peint pas de manière décorative, sa peinture hurle la décoration ; ce qu'il fait, il le fait en « énorme ».

En 1989, Georg Baselitz présente deux béliers renversés sur l'étiquette du Château Mouton Rothschild, en référence à l'évènement marquant de l'année 1989. Il y ajoute la phrase Drüben sein jetzt hier, soit « L'autre côté est maintenant chez nous ».

En 1993 et 1994, il crée les décors de Punch et Judy de Harrison Birtwistle pour l'Opéra d'Amsterdam. Il présente son manifeste Malen aus dem Kopf, auf dem Kopf oder aus dem Topf (« Peindre de la tête, sur la tête ou hors du pot »).

Reconnu comme une des figures majeures de la peinture allemande et de la nouvelle Allemagne réunifiée avec Gerhard Richter, A. R. Penck, Markus Lüpertz ou Anselm Kiefer, Baselitz enchaîne les expositions rétrospectives dans les musées internationaux. En 1996, il peint des portraits de famille et présente une grande rétrospective au musée d'Art moderne de la ville de Paris. En 2000, il réalise des peintures et estampes autour du thème de Marcel Duchamp. En 2007, il présente une grande rétrospective à la Royal Academy of Arts de Londres. En 2013-14, une rétrospective de son œuvre sculptée a lieu au musée d'Art moderne de la ville de Paris. En 2017, son « ouvrier pensant » (Volk Ding Zero) est placé à côté du plâtre original du Penseur de Rodin, pour l'exposition du centenaire Rodin au Grand Palais de Paris. L’exposition Baselitz, la rétrospective est organisée par le Centre Pompidou du 20 octobre 2021 au 7 mars 2022.

Georg Baselitz décède le 30 avril 2026

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