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Pierre est certainement le plus important des Douze apôtres. Non seulement parce que les quatre Evangiles s’accordent à montrer qu’il dominait de sa personnalité le groupe des disciples, mais parce qu’ils sont unanimes à affirmer que le Christ lui aurait confié une mission particulière, à laquelle Matthieu donne la formulation fameuse du pouvoir des clefs : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux » (Mt 16, 19).

L’ascendant qu’il exerce sur la communauté se poursuit après la mort de Jésus, puisque les Actes des apôtres le présentent comme le premier prédicateur du petit groupe (il prononce sept discours des chapitres 1 à 10 des Actes), le continuateur charismatique des œuvres de Jésus (il guérit les paralytiques, ressuscite les morts, chasse des démons), le missionnaire (en Samarie et sur la côte).

En revanche, il ne semble pas avoir dirigé la communauté de Jérusalem, aux mains de Jacques, le frère du Seigneur. Les Actes des apôtres disent que Pierre quitte Jérusalem après son emprisonnement (Ac 12,5-11), mais ne précisent pas où le mènent ses pas. Il faut donc se tourner vers les traditions, lesquelles sont unanimes : après avoir passé un long séjour à Antioche-sur-l’Oronte (actuelle Turquie), il gagne Rome, et y meurt en martyr.

Cette donnée est confirmée par l’archéologie. Les fouilles entreprises sous le Vatican ont mis au jour un lieu de culte remontant à la fin du Ier siècle. On peut débattre pour savoir s’il s’agit du véritable tombeau ou bien d’un monument funéraire à l’instar de ceux qu’affectionnaient les Romains (un trophée) : l’ancienneté du culte romain autour de sa mémoire est cependant établie.

Bien que l’utilisation de Pierre comme pierre de fondation du patriarcat romain (le jeu de mots est déjà dans les Evangiles) a eu tendance à en faire le « prince des apôtres » et le premier pape, ce n’est pas le souvenir que conservent les premières traditions. En effet, les « Actes de Pierre » remontant au IIe siècle le présentent en thaumaturge combattant ce faiseur de miracles un peu mythique qu’était Simon le Magicien.

Autour d’Antioche, on conserve aussi le souvenir d’un visionnaire extatique. Des textes comme l’« Evangile de Pierre » (IIe siècle), « L’Apocalypse de Pierre » (IIe siècle) et des écrits gnostiques des IIIe-IVe siècles comme les« Actes de Pierre et des Douze apôtres » ou « L’Apocalypse gnostique de Pierre », tous originaires de la région syrienne ou des contrées égyptiennes qui en dépendaient, prolongent l’image du mystique ayant fait l’expérience de la Transfiguration. Ce n’est qu’à partir des IIIe et IVe siècles que les traditions sont retravaillées pour donner à Pierre un ancrage romain plus ecclésiastique.

Saint Pierre guérissant un malade avec son ombre dans la chapelle Brancacci (1427) par Masaccio

Crucifixion par Le Caravage (1600)

Le reniement : Le Christ dit à Pierre qu'avant que la nuit ne soit sur lui, il le niera non une fois, mais trois fois. Quand tous les disciples fuient après que Christ est arrêté, Pierre suit à distance essayant de se tenir caché. Il est découvert par un domestique à l'extérieur du Sanhedrin qui l'identifie comme un disciple du Christ. Pierre renie le Christ trois fois avant que l'on entende le cri du coq et Pierre fond en larmes pour sa trahison. (Rembrandt, 1660).

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