L'argent de Marcel L'Herbier

Editeur : Carlotta-Films, avril 2008. Nouveau master restauré.

Suppléments sur DVD 2:

  • Présentation par Jean-François Zygel (0h03)
  • Autour de l'Argent (0h40). Making-off d'époque réalisé par Jean Dréville pendant le tournage et sonorisé en 1971
  • Marcel L'Herbier, poète de l'art silencieux (0h54). Un documentaire exemplaire réalisé par Laurent Véray, enseignant et président de l'AFRHC.
  • L'arrivée à Paris de Brigitte Helm (0h01)
  • Essais des acteurs (0h017)
  • Accompagner le cinéma muet (0h07) par Jean-François Zygel
  • Scène de la bourse avec bruitages d'époques (0h004).

 

Un financier véreux, Nicolas Saccard, est rudement concurrencé dans ses spéculations boursières par le banquier Gunderman, homme plus avisé et plus honnête. Acculé à la ruine, Saccard joue son va-tout sur l'aviateur Jacques Hamelin, un brave garçon qui possède une option sur des terrains pétrolifères en Guyane. Sa cote remonte d'un coup. Le jeune homme est porté à la vice-présidence de la société et s'apprête à accomplir un raid aérien particulièrement audacieux....

Pour Noël Burch, L'argent est le meilleur film de L'Herbier et un des tous meilleurs films muets. Pas aussi parfait que Loulou de Pabst mais du même niveau que Le Mabuse de Lang ou La roue de Gance.

Noël Burch aime l'entrain, l'enthousiasme et même l'ostentation dans les mouvements de caméra. Saccard, le méchant, est le personnage le plus sympathique du film, le seul qui désire, qui a un corps. Dans la scène du tapis, Saccard se repaît de la pauvreté des Hamelin. Son désir érotique prévoit le chantage sexuel, le même que celui du Forfaiture de De Mille, auquel il pourra soumettre la jeune femme.

 

Autour de l'Argent (0h40)

Making-off d'époque réalisé par Jean Dréville pendant le tournage et sonorisé en 1971

Marcel L'Herbier poète de l'art silencieux (0h54).

Un documentaire passionnant réalisé par Laurent Véray, enseignant et président de l'AFRHC qui commence à Bois d'Arcy, aux Archives Françaises du Film où l'on restaure les films de Marcel L'Herbier selon ses notes et dessins ce qui conduit à teindre les films et à insérer des trucages pour les intertitres.

L'herbier critique défendra le cinéma comme art nouveau en opposition avec Canudo pour qui il est l'aboutissement et la synthèse des arts qui l'ont précédé. pour L'Herbier, le cinéma est un moyen d'expression nouveau, en rupture avec ce qui s'est passé précédemment
Plutôt que l'avant garde accueil de l'art moderne de l'avion, de l'automobile du téléphone mais aussi la modernité dans l'art et en particulier avec l'architecte Robert Mallet-Stevens.

Noël Burch découvre L'Herbier à la cinémathèque de Belgique en 1968 et fait paraître un dossier dans Les Cahiers du cinéma : L'Herbier est présenté comme le chef de file de la première vague du cinéma français. Cinq ans plus tard, Noël Burch publie un ouvrage sur L'Herbier dans la collection Cinéma d'aujourd'hui chez Seghers.

Pour Noël Burch, L'argent est le meilleur film de L'Herbier et un des tous meilleurs films muets. Pas aussi parfait que Loulou de Pabst mais du même niveau que Le Mabuse de Lang ou La roue de Gance. Il aime l'entrain, l'enthousiasme et même l'ostentation dans les mouvements de caméra. Saccard, le méchant, est le personnage le plus sympathique du film, le seul qui désire, qui a un corps. Dans la scène du tapis, Saccard se repaît de la pauvreté des Hamelin. Son désir érotique prévoit le chantage sexuel, le même que celui du Forfaiture de De Mille auquel il pourra soumettre la jeune femme. Le couple des Hamelin est un couple de mélodrame avec un mari aveugle proche du naturalisme de Stroheim avec le trio infernal : le banquier, la baronne Sandorf.

La bourse est laissée à l'Herbier pendant les trois jours des vacances de l'Assomption. Le budget passe de 3 à 5 millions de francs ce qui ira jusqu'à générer le pugilat dans le bureau de Jean Sapene. L'herbier refuse d'avoir à demander l'aval des héritiers Zola. Il fait campagne dans la presse : "Adapter c'est créer" écrit-il rappelant les exemples de Molière avec Don Juan de Corneille avec Le cid, de Goethe avec Faust qui avaient toute liberté pour transformer le matériel de départ.

 

Accompagner le cinéma muet (0h07) par Jean-François Zygel

Jean-François Zygel rappelle qu'il faut se défaire de l'image de l'accompagnateur solitaire au piano devant un film. Il s'agissait le plus souvent d'un groupe de musiciens, jusqu'à 70 au Gaumont Palace, place Clichy.

A leur disposition : un répertoire de brasserie, ou des thèmes connus, Le clair de lune de Beethoven, La méditation de Thaïs de Massenet.

Les cinéma avaient aussi en stock des partitions plus ou moins longues pour chaque situation : pour des scènes de meurtre, de voyage, de départ avec espoir de se revoir ou sans espoir...

Chaque début de semaine, les musiciens du cinéma avaient trois heures pour choisir et répéter la musique du film de la semaine. Il n'y avait ainsi pas de musique spécifique pour un film. Florent Schmitt compose une partition pour Salammbo de Pierre Marodon mais jouée uniquement pour la présentation de gala. En province, il était impossible de rejouer cette partition.

Différentes façons d'interpréter :

  • Décor sonore sans suivre la psychologie comme une lumière qui éclaire doucement la scène
  • interprétation psychologique : on est avec le jaloux ou la dame amoureuse.
  • Musique comme moteur rythmique, lent ou rapide, plus ou moins grande mobilité, suspens avec des basses piquées dans le grave avec quelques trémolos (l'assassin n'est pas loin).
  • Compléter le film, contrepoint à l'image.

Pour Jean-François Zygel, au cinéma muet, le film n'est pas conçu une fois pour toutes comme un objet qui ne bougera plus jamais. Le cinéma muet est un art offert à l'interprétation. Un film muet n'est jamais terminé parce qu'un nouveau musicien peut en proposer une nouvelle lecture.

 

Carlotta-Films
 
présente
 
L'argent de Marcel L'Herbier