Hamnet

2025

Genre : Mélodrame

D'après le roman de Maggie O'Farrell. Avec : Paul Mescal (William Shakespeare), Jessie Buckley (Agnes Shakespeare), Emily Watson (Mary), Joe Alwyn (Bartholomew), Jacobi Jupe (Hamnet), Noah Jupe (Hamlet), Bodhi Rae Breathnach (Susanna), Olivia Lynes (Judith). 2h05..

"Hamnet et Hamlet sont en fait le même prénom, parfaitement interchangeables dans les registres de Stratford de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle."

Angleterre, 1580. William, un professeur de latin pauvre, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Elle vit chez sa belle-mère depuis que son père s'est remarié avant de mourir. C'est Bartholomew, son frère, qui est le chef de famille. Tous deux se souviennent de l'extraordinaire personnalité et de leur mère qui les a initié aux secrets de la nature, les plantes médicinales surtout. Agnes, en compagnie de son faucon, a ainsi pour réputation de passer pour une Gitane, une quasi sorcière. Mais, dès qu'il la voit, William en tombe amoureux et la séduit en lui racontant l’histoire d’Orphée et d’Eurydice. William donne des cours de latin aux demi-frères d'Agnes pour éponger les dettes de son père, tyrannique, pour lequel il exécute aussi sans grand talent le métier de gantier.

Agnes et William entament une liaison fougueuse mais savent que leurs parents respectifs s'opposeront à leur mariage. Ils décident de faire un enfant pour leur forcer la main. Ainsi naît Susanna qu'Agnes met au monde en pleine nature.

William n'est cependant pas heureux et Agnes le surprend en transe dans la nuit n'arrivant pas à finir ce qui a entamé d'écrire. Elle comprend qu'il a besoin d'aller à Londres pour s'épanouir. Un deuxième enfant s'annonce mais Agnes assume de le mettre au monde seule. Mais ce sont deux jumeaux qui naissent Hamnet puis Judith qui semble morte à la naissance avant que Agnès ne la réchauffe et jure de veiller sur elle.

Les années passent dans le bonheur même si, à dix ans, Hamnet souffre de l'absence de son père qui travaille à Londres. Il aimerait lui aussi être acteur plus tard et se battre à l'épée sur scène comme son père l'y entraîne.

Survient la peste qui semble devoir emporter Judith avant que Hamnet qui veut tromper la mort lui offre sa vie en échange et s'allonge près d'elle pendant qu'Agnes, des soins prodigués à Judith, se soit endormie. William épuise plusieurs chevaux pour rentrer de Londres en urgence mais ne peut que constater le décès de son fils. Agnes lui en veut de ne pas avoir été là et de son départ rapide pour Londres. Elle n'aime par ailleurs pas devoir déménager à Stratford-sur-Avon où William a pourtant acheté la plus belle maison de la ville.

Pendant ce temps, William  écrit Hamlet (1603), se récitant au bord du fleuve la célèbre tirade : Être ou ne pas être, telle est la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et d'y faire front pour y mettre fin ?

Agnes est invitée à la première au Théâtre du Globe mais sans même jeter un coup d’œil au titre de la pièce. Arrivée à Londres avec son frère, elle est surprise de la chambre spartiate qu'occupe son mari, si loin des fastes de la maison de Stratford-sur-Avon.

Au globe, elle se fraie un chemin sur scène d'abord horrifié que William se soit servi du nom de leur fils pour écrire une pièce. Son frère la calme : "non pas refermer son cœur mais garder son cœur ouvert". Agnes est bientôt séduite par le rôle que William s'est attribué celui du fantôme devant avec ses larmes dire adieu à son fils. Puis c'est la célèbre tirade qui apaise son chagrin avec l'acception de la mort :

Être ou ne pas être, telle est la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et d'y faire front pour y mettre fin? Mourir... dormir, rien de plus... et dire que, par ce sommeil, nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le lot de la chair: c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur.

Lors de l'avant-dernière scène, Hamlet se bat à l'épée avec Léartes et Agnes ne manque pas de se souvenir combien il était entraîné avec son père puis il meurt. A l'image d' Hamlet s’enfonçant dans la sortie noir de la scène, lui revient l'image de Hamnet s'enfonçant dans le trou noir de la mort. Lorsqu'il revient pour dire un dernier adieu, la main de Agnes vient le toucher bientôt suivie de toutes les mains des spectateurs, des premiers rangs aux loges.

Apaisée, réconciliée avec son mari, Agnes l'embrasse fougueusement comme au temps de leur jeunesse.

La première partie pourrait passer pour du panthéisme à la Terence Malick mais, hormis le premier plan qui descend des cimes de l'arbre pour trouver Agnes nichée danses racines, seule la jolie photographie de Lukasz Zal vient ensuite exalter la nature avec un joli champs à la lumière rasante ou une grange destinée à faire sécher les pommes qui sera le cadre de l'enfantement de Susanna.

Néanmoins la romance des années heureuses reste la moins mauvaise partie du film. Car en écho à la pénible naissance des jumeaux vient s'adjoindre la très longue scène de la mort de Hamnet donnée comme la conséquence de celle-ci (il n'est pas né dans la nature et seuls deux enfants doivent survivre). Cette mort annonce la réconciliation finale avec Hamnet errant dans dans les limbes dont on perçoit la toile peinte qui sera le décor de la pièce.

Reste le morceau de bravoure: la représentation d'Hamlet au théâtre du Globe. Las, l'unanimisme du public donné comme un bloc compact, aussi admiratif que compatissant et concquis, touche au grotesque qui plus est fort peu crédible d'après le consensus historique qui décrit un public indiscipliné.

C'est d'autant plus dommageable que l'hypothèse de l'écrivaine qui veut que Hamlet ait été inspiré à Shakespeare par la mort de son fils, à défaut de suffire à exprimer la beauté universelle de la pièce, est plutôt bien travaillée. Aussi bien la célèbre tirade qui offre une alternative entre s'offrir au chagrin immédiatement et le retarder pour mieux en finir que l'appel à la mort comme un repos bienfaisant ou encore la scène de duel à l'épée qui plaisait tant à Hamnet. C'est la mise en scène trop scolaire et appliquée de Chloé Zhao échoue à la rendre émouvante et l'unanimisme de son public qui la rend ridicule.

Jean-Luc Lacuve, le 25 janvier 2025

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