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Pour le maillot jaune

1940

Avec : Albert Préjean (Albert Brégeon), Meg Lemonnier (Colette Monnier), René Génin (Milou), Robert Arnoux (Regrattier), Marcel Delaître (le directeur du Tour). 1h28.

Juillet 1939. A six jours du départ du Tour de France, le directeur de la course s'inquiète : Albert Bourgeon, un grand champion, quatre tours de France dont celui gagné en 1938, favori des sportifs comme du public, n'a pas donné de nouvelles. Il rudoie pour cela Milou, son soigneur et ami. Albert Brégeon est en effet sur la plage en charmante compagnie. C'est ce que ne manque pas de supposer dans Paris-Mondial, Colette Monnier, une jeune journaliste. Néophyte en sport, elle vient de la rubrique cinéma, son style mordant est apprécié du directeur du journal qui décide de lui faire suivre les trois semaines du Tour de France en compagnie de Bardu, le photographe blasé.

Brégeon, 43 ans, démotivé, est bien décidé à arrêter le cyclisme après avoir gagné le Tour. Mais il ne fait pas grand-chose pour cela et arrive à Paris seulement la veille du départ sans entraînement.

Les coureurs partent du siège de l'Auto, organisatrice du Tour, traversent Paris et se rendent au Vésinet pour le départ de la première étape. Là, Brégeon, reconnaissant celle qui s'est moquée de lui dans ses articles se moque de la tenue "sportive"de Colette qu'elle avait crue appropriée :"le costume est au repassage ?" ce à quoi elle réplique "et la forme, au vestiaire ?"

C'est bientôt la 5e étape et le belge Salanbrook à déjà près de deux minutes d'avance sur Brégeon et Colette redouble d'ironie sur lui qui prétend vainement retrouver bientôt la forme. L'étape en "départs séparés" confirme l'avance des Belges et Brégeon pointe à la 14e place.

Le départ de la 6e étape se donne de nuit et bientôt la pluie tombe sur les coureurs. Brégeon toujours en méforme chute sur une route pourtant droite et, exaspéré, blessé au bras décide d'abandonner. Il se fait faire un pansement par le fermier du coin et est bientôt rejoint par Colette qui s'inquiétait de ne pas le voir passer et auprès de laquelle malgré ses moqueries, il confirme son abandon. Le directeur de la course vient à son tour l'encourager à reprendre la route : de lui dépendent de nombreux contrats publicitaires et c'est toute une industrie qu'il risque de mettre en danger. Meurtri d'avoir maintenant 17' de retard, Brégeon reprend la route et, à l'arrivée, réduit son écart à 14'.

Au repas du soir, le mécontentement gronde au sein de l'équipe de France qui se choisit un nouveau leader. Malgré le soutien du fidèle Regrattier, dépité, Brégeon annonce qu'il quitte le Tour. Le manager des Belges lui indique que sa mauvaise performance du jour conduit à l'annulation d'un contrat dans son pays. les marchands de photographies sont aussi exaspérés de ne pas vendre celles de Brégeon, acquises en masse et dorénavant bonnes à jeter.

Colette vient voir Regrattier, qui fait la course pour la publicité de son magasin de cycles  à Bourges, et se débrouille pour que Brégeon écoute son article incendiaire à propos de son abandon, digne d'un cabot. Piqué au vif, Brégeon accepte de s'expliquer sur la dureté du métier et poursuit la conversation par une promenade en calèche dans la ville avec Colette qui maintient qu' une vie de champion a des exigences auxquelles on ne peut se soustraire. A l'issue de l'après-midi, Brégeon avoue son attirance pour Colette et décide de reprendre le Tour pour elle qui promet de reprendre cette conversation après sa victoire au Parc des Princes.

Brégeon heureux et motivé reprend 2' dans les Pyrénées et avant une arrivée à Toulon ,il raccourcit la pause fraîcheur dans la fontaine s'échappe pour gagner en solitaire. Sa romance avec Colette se poursuit à Monte Carlo et il refuse le dîner avec sa maîtresse qu'il renvoie chez elle. A L'approche des Alpes il est 4e avec seulement 6' de retard. Les articles de Colette sont maintenant élogieux à son égard.

Lors de la montée de l'Izoard, Brégeon décide d'attaquer huit kilomètres avant le sommet et de descendre en trombe, sa spécialité. D'abord retardé par une crevaison, il parvient aux prix d'efforts constants à refaire son retard et enfile le maillot jaune. Ne restant plus qu'une étape de plaine avant Paris, tous le donnent vainqueur. Néanmoins très affaibli et malgré les soins attentifs de Milou et Colette et cachant sa méforme aux Belges, Brégeon décide de se doper pour continuer. Mal lui en prend, il s'écroule et doit cette fois abandonner en pleine gloire. Émue par les efforts accomplis pour elle, Colette reste à son écoute et l'aidera à se reconvertir tout en poursuivant leur conversation amoureuse.

Bien que centré sur la relation amoureuse entre une journaliste sportive et un coureur cycliste pendant le Tour de France, le film bénéficie d'un fort aspect documentaire du fait de plans filmés lors du Tour de France 1939, d'ailleurs gagné par un Belge (Sylvère Maes) devant un Français (René Vietto).

Les plans de routes de France bordées de travailleurs (paysans, sabotiers, artisans), de coureurs sous la pluie, à la peine dans la montagne, casse-cou dans les descentes sont bien plus nombreux que les quelques plans de Brégeon avec ses coéquipiers, en décors réel ou devant quelques rares transparences.

La dureté du métier de coureur y est mis en avant alors qu'ils n'en tirent souvent qu'un maigre profit. Regrattier fait la course principalement pour la publicité qu'il pourra en tirer pour son magasin de cycles à Bourges. Salanbrook, pourra, s'il gagne, tenir un estaminet dans les Flandre où il élèvera une famille nombreuse. Ce sont les journalistes, associés à des parasites bons-vivants mais totalement blasés, mais surtout les directeurs de la course et des journaux qui peuvent vendre des espaces publicitaires qui comptent sur le prestige de la course et des coureurs ainsi que les fabricants de cycles (Peugeot) et de pneus (Dunlop).

Cet aspect assez cru du cyclisme se manifeste par le choix d’un héros désabusé, âgé, 43 ans, qui aura recourt au dopage, portera le maillot jaune mais ne gagnera pas.

Jean-Luc Lacuve, le 6 juillet 2026

 

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